Articles avec #article-s tag

Publié le 27 Mai 2017

Cet article fait suite au numéro 4200 de Valeurs Actuelles (du 25 au 31 mai 2017)

 

Je lis dans le Valeurs Actuelles de cette semaine un dossier complet sur la droite, c’est à dire celle qui part de Laurent Wauquiez jusqu’à l’aile droite du FN, en passant par Sens Commun et, dans une moindre mesure, Nicolas Dupont-Aignan. En résumé : cette droite qui se cherche et qui n’est bien nulle part, en particulier dans les partis politiques existants. Ce « point » réalisé sur la droite véritable est sans doute le premier d’une longue série, car, à moyen-terme, tout porte à croire que le sujet de la refondation de la droite, face à Macron, et face au FN version PCF souveraino-souveraniste, sera un thème politique majeur de ces prochaines années. Occasion pour nous de faire quelques commentaires.

 

Les partis politiques ont échoué

 

Le premier de nos commentaires portera sur la nature et l’efficience même des partis politiques pour porter nos idées. Une leçon de la campagne présidentielle fut le rejet des partis politiques classiques (Les Républicains, le Parti Socialiste, le Parti Communiste, et, dans une certaine mesure, le Front National) pour privilégier plutôt des mouvements de types nouveaux tels que « En Marche » ou « Les insoumis ». Ce processus entérine la défiance vis à vis des vielles structures et la goût pour les nouveautés, propre à notre siècle. A droite, une véritable réflexion doit s’opérer sur le sujet, car s’il y a bien dans un camp que les partis ont échoué plus qu’ailleurs, c’est chez nous. Regardons les choses clairement : les deux partis existants, Les Républicains et le Front National, sclérosent les bonnes volontés et entrainent dans leur pesanteur tout espoir de refondation véritable. L’un et l’autre s’assoient sur leur base électorale et sociologique, les stérilisent et les condamnent à l’impuissance. L’appareil politique des Républicains est gangréné par une multitude de centristes ayant plus à faire avec Macron qu’avec le moindre petit électeur qui votait auparavant RPR. Dès lors, les militants peuvent voter, lors de leur Congrès, pour des motions de « droite forte » ou de « droite populaire » sans infléchir aucunement la tendance lourde du mouvement à basculer toujours au centre. Cette droite, face au défi Macron, a déjà commencé à se fissurer. Quant à celle qui tient encore un peu debout, elle se prépare, contre Macron, à fabriquer une opposition qui se limitera à des questions économiques d’importance ridicule, sinon absurde. Déjà, dans cette campagne législative, l’opposition se cristallise autour des points de TVA ou de CSG. Baroin a tenté une sortie pour définir sa droite, et celle-ci se circonscrit manifestement à la question des impôts. Qu’est ce qu’une droite dont le seul projet de société serait de baisser les impôts ? Et pourtant, Wauquiez mis à part, la plupart des impétrants aux législatives, du côté des Républicains, n’ont que cela en tête, étant entendu que les leur ne sont, hélas, ni bien faites ni bien remplies.

 

Du côté du FN, Marine Le Pen s’est enfermée dans un piège dont elle ne pourra sortir sans difficultés majeures. La toute-puissance stratégique qu’elle a laissée à Philippot, couplée aux philippotistes bien placés pour les législatives, la met face à un dilemme inextricable. Florian Philippot ayant habilement, et, aussi, notons-le, courageusement, brandi la menace de son départ en cas de modification de sa stratégie (notamment sur l’euro), Marine Le Pen se doit de choisir entre deux inconvénients : soit elle ne change rien, sinon la façade, et persiste à donner un chèque en blanc stratégique à son lieutenant, ce qui l’expose, en conséquence, à subir une fronde majeure à l’intérieur même de son mouvement, soit elle assume un revirement stratégique et souffrira sans discussion du départ de Philippot et de ses hommes. Si elle opte pour la deuxième solution, Marine Le Pen sait qu’elle connaitra alors les foudres médiatiques qui ne manqueront pas d’interpréter son départ comme l’échec de la professionnalisation et de la dédiabolisation du FN, deux éléments que Philippot a su, bien illégitimement, incarner à lui tout seul dans le vieux parti nationaliste. Marine Le Pen est donc bloquée, et elle est trop intelligente pour ne pas le savoir. Ceci n’est, sans doute, pas étranger à la petite dépression qui la mine actuellement. Hélas pour elle, il lui sera de toute façon difficile d’opérer un virage de 180 degrés sur sa stratégie : son débat a laissé trop de traces et il lui sera impossible d’incarner demain celle qui pourrait rassembler la droite. En conséquence, le FN, même sous un nouveau nom, risque de stagner bien inutilement dans les années à venir. Il ressemblera de plus en plus au PCF des années 70 : assis sur une grosse base populaire mais incapable de le dépasser, il stérilisera tout une partie de l’électorat sans promesse de victoire. Gageons que de nombreux cadres de ce mouvement se contenteront de cette rente électorale pour continuer de gagner leur vie et d’empêcher aussi, à l’instar des Républicains, toute refondation utile.

 

Les orphelins

 

Au milieu de ces engeances, désespérés et lucides, vont vivre de plus en plus d’orphelins qui ne se reconnaitrons plus dans ces deux vieux partis ‘’de droite’’ (les guillemets sont, hélas, de rigueur). Même si ces gens seront nombreux, intelligents et plein de bonnes volontés, ils vont s’exposer à deux soucis majeurs : d’une, nous venons de l’évoquer, à la pesanteur des partis existants. De deux : aux attaques continuelles de la gauche et de ses relais médiatiques. Ceux-ci ont déjà compris que le danger, pour eux, pourrait venir de là, et ils ne manqueront donc pas de diaboliser tout rapprochement de la droite. Je le vois rien qu’à mon échelle : à la question « pourrais-tu participer à cette refondation de la droite ? » suit toujours immanquablement « ne penses-tu pas que tu es trop grillé ? ». Autant que je sache, je ne grille qu’au soleil. Et pourtant, cette question, étonnamment, se pose, vicieuse, malveillante, perverse au possible. Moi ? Grillé de quoi ? D’avoir rejoint le FN quand j’avais 20 ans pour le quitter ensuite ? Cela grille ? Jusqu’à quel point ? Ridicule. Et le même procès est intenté, sous des intitulés différents, certes, aux membres de la droite véritable, à Sens commun, aux buissoniens en tous genre, censés vouloir faire « gagner Maurras » plutôt que la France, et tutti quanti.

 

En conséquence, et ce sera là notre deuxième commentaire, cette droite qui veut vivre et gagner aura pour deux objectifs d’être capable de penser, d’abord, en dehors des partis existants (un mouvement d’un type nouveau se monte tellement vite…), puis de savoir résister aux journalistes et aux oukases. Non, cette droite n’est pas d’extrême-droite. Nous en avons assez de cette façon de penser diabolique qui consiste à situer à l’extrême-droite tout ce qui n’est simplement pas de gauche. L’extrême-droite répond à une définition politique assez claire : racisme, antisémitisme, volonté de prendre le pouvoir par la violence. Cette droite qui veut vivre n’a donc aucune de ces caractéristiques et elle porte seulement des valeurs, une vision, un projet, qui, certes, ne sont pas de gauche. Elle est la droite, point final.

 

Aussi, si ses représentants parviennent à injecter dans leur sang un peu de fronde, pour échapper aux partis, et un peu de courage, pour cesser de trembler face aux journalistes, l’espoir lui sera rendu. C’est à ces conditions qu’elle pourra être une force, et une force, permettez-moi, en marche.

 

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 2 Mai 2017

A propos de l'élection présidentielle Française. A destination des électeurs de François Fillon. 

Beaucoup de Français hésitent encore pour le deuxième tour de l’élection présidentielle française de 2017. Ils n’apprécient pas Macron, candidat surfait et faux dans bien des manières, héritier honteux – mais héritier quand même – d’un quinquennat honni. Mais en face, Marine Le Pen leur fait peur. Ils acquiescent à certaines de ses sorties, ils la trouvent courageuse, parfois même sympathique, mais doutent de sa capacité à présider la France. Ils craignent par dessus tout l’embrasement général et, disons le pour eux, la perte définitive des quelques acquis qu’ils possèdent encore. « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » dit un dicton populaire. La bourgeoisie française résume son esprit actuel par ce bon sens populaire. Ceux qui, en effet, ont pu se maintenir dans le cadre de la mondialisation, ceux qui possèdent encore quelques biens, des petites économies, un travail ou une rente, craignent le saut dans l’inconnu. On l’a vu dans les statistiques électorales : pour la plupart, ceux qui votèrent Marine Le Pen au premier tour sont ceux qui n’avaient plus rien à perdre, ou qui ont été gagnés par le fatalisme. Economiquement, ce sont des perdants, ou, savent-ils d’instinct, des futurs perdants. Pour la bourgeoisie, l’affaire est différente. Qui détient ne peut se résoudre au pire. Ce qu’on détient, on espère pouvoir le conserver encore. Alors, si Macron n’est pas la panacée, au moins pensent-ils que cela n’empirera pas, ou alors que la chute, constante depuis quelques décades, continuera à un rythme somme toute acceptable – supportable. Les yeux fermés et la mort dans l’âme, ils voteront donc Macron le 7 mai 2017.

 

La bourgeoisie et le populaire, pourtant, ont beaucoup de choses en commun, et peut-être la plus essentielle d’entre toutes : à eux deux, ils sont encore l’ancienne France qui demeure. Pendant longtemps, ils se regardèrent en chien de faïence : la lutte des classes faisait rage, mais tout ce conflit social se déroulait, en définitive, entre Français. C’était une affaire de famille, ni plus ni moins. Aujourd’hui, la donne est différente : cette ancienne France a perdu pied et se réduit partout à peau de chagrin. Deux catégories les remplacent petit à petit : une nouvelle bourgeoisie mondialisée, en Nike, en anglais et en starts-up, se substitue à l’ancienne bourgeoisie française ; quant au populaire Français, c’est tout un prolétariat et un lumpenprolétariat venu du Tiers-Monde qui lui disputent désormais sa condition existentielle. En fin de compte, ce que partagent les deux branches de l’ancienne France, c’est l’insécurité, qu’elle soit économique ou culturelle, à des degrés différents, et surtout, à des niveaux de conscience inégaux. Le populaire, lui, a tranché. Il vote et votera Marine Le Pen. La bourgeoisie, elle, tremble trop pour penser et voir correctement. La prochaine sur la liste du déclassement, c’est elle, mais elle préfère encore profiter de la dernière cigarette avant l’exécution plutôt que de tenter une échappée.

 

Cette bourgeoisie devrait regarder à nouveau le chef d’œuvre de Visconti, le Guépard, afin de réfléchir à la sentence qui sous-tend ce film magnifique : « tout doit changer pour que rien ne change ». Marine Le Pen au deuxième tour, rejointe peu à peu de quelques éléments de droite, est une situation inédite. Cette droite a été bien incapable durant des années à s’assumer comme telle et à faire le devoir qui incombait à son camp et à ses idées. Elle en est punie : désormais, c’est de la marge que viendra la recomposition. Cette marge, incarnée par Marine Le Pen, n’est pas parfaite. C’est un fait. Elle hésite, ou paraît hésiter (ce qui, en politique, revient au même), sur ses décisions économiques. Elle souffre encore d’une mauvaise réputation. Elle inquiète, elle interroge, elle fait frémir. Toutefois, certains « moments » historiques dépassent les personnalités qui en sont en charge. Ce qui se déroule sous nos yeux est une recomposition idoine aux exigences de notre siècle. La France qui demeure face à la Cefran qui veut vivre. Une droite nouvelle, qui se construit peu à peu, laborieusement, dans la douleur, mais qui se construit quand même, face à une gauche qui assume depuis longtemps son goût pour une civilisation nouvelle et le changement radical qu’elle dissimule habilement sous le vocable « progrès ». Nous étions habitués à notre ancienne droite et notre ancienne gauche, quand l’une et l’autre n’étaient que le miroir de l’ancienne et éculée lutte des classes. Les deux n’existent plus dans ce second tour et, je le crois, diminueront encore dans les années suivantes. Nous avons changé de siècle, et le clivage politique que nous connaissions doit aussi changer. Telle est la leçon de cette élection présidentielle.

 

L’adaptation est la marque des peuples forts. La bourgeoisie française, celle qui a voté François Fillon, doit s’adapter, sous peine de finir dans les poubelles de l’Histoire. Elle doit prendre en compte le nouveau clivage qui nait, mais doit aussi le prendre en mains, car la marge, Marine Le Pen et le Front National, a besoin d’elle. En joignant Marine Le Pen, alors elle pourra juguler l'hubris populiste, et donc se rassurer elle-même. Ce que le pays et le siècle demandent, c’est d’une grande alliance représentant l’ancienne France dans ses deux avatars, populaire et bourgeoise, pour penser et gérer les temps à venir. J’ajoute, toutefois, que cette alliance ne pourra se faire sur un projet uniquement réactionnaire, ou du « retour à (…)». Cette alliance devra avoir un projet pour l’avenir. C’est ce que, collectivement, nous devons créer et penser. En attendant, nous pouvons déjà commencer par mettre en l’air l'établissement politique en votant, ensemble, Marine Le Pen. A défaut du reste, voilà qui serait déjà un premier pas bien senti pour avancer et, surtout, être à l’heure. En définitive : pour commencer à tout changer pour que rien ne change.

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 19 Mars 2017

Chronique du livre de Laurent Ruquier "Histoire de la Résistance, de Jean Moulin à Clémentine Célarié" par Libération

-PASTICHE-

Article dans Libération, en date du 4 septembre 2017.  

Chronique du livre : 

Histoire de la Résistance : de Jean Moulin à Clémentine Célarié. Par Laurent Ruquier (Editions Grasset, 2017).

 

Laurent Ruquier n’est pas un écrivain. « Ecrire, ce n’est pas naturel chez moi, je suis vraiment un enfant de la télé, de l’audiovisuel » nous répète-t-il lorsqu’il nous reçoit dans son loft du 4eme arrondissement. « Mais certaines circonstances vous y poussent : j’ai dû trouver cette force ». Cette force, l’animateur le plus populaire de France l’a puisée dans ce qui constitue le fondement de sa philosophie, dans son sentiment le plus profond, le plus ancré, « le plus ardent » nous dit-il : la lutte pour la tolérance. C’est le samedi 18 mars, alors que son émission « On n’est pas couché » continue de régaler les Français de son si délicieux ton caustique, mêlé d’impertinence et d’analyses souvent très justes, que Laurent Ruquier prend le désir d’écrire, afin « d’aider les nouvelles génération à comprendre ». Ce soir là, l’émission est obligée de recevoir Florian Philippot à cause des règles du CSA (dont la légitimité est sujette à caution…). Laurent Ruquier et ses chroniqueurs jouent le jeu du système électoral, dont on sait pourtant, depuis une certaine élection en Allemagne dans les années 30, que celui-ci peut conduire au pire. « Alors que nous nous attendions à une émission sordide et nauséabonde, quelque chose est arrivée d’extraordinaire. Ca m’a changé. ». En effet, tandis que Monsieur Philippot, passé maître dans la manipulation et la dissimulation, comme chacun sait, commence par saluer tous les participants, ceux-ci, déboussolés et pris de court, tendent leur main au doctrinaire d’extrême-droite. « Florian Philippot cherche à serrer la main à tout le monde sur un plateau » analyse Dominique Albertini, spécialiste du FN, « c’est une technique qu’on apprend dans les écoles d’extrême-droite : dire « bonjour » n’est pas innocent. Par ce biais, il compromet son interlocuteur. Il extermine, d’une certaine façon, sa capacité à répondre dans le débat qui va suivre ». Laurent Ruquier a beaucoup réfléchi, depuis, à ce moment crucial de l’émission : « Ce qu’on s’aperçoit en fait, c’est que spontanément, beaucoup de gens sont susceptibles de tomber dans l’horreur du fascisme, pas parce qu’ils sont naturellement odieux, simplement parce qu’ils ne font pas attention ». Il nous confie alors, dans un râle, qu’il n’a pas beaucoup dormi cette nuit là, hanté par cette poignée de main qui ne pouvait que rappeler l’entrevue de Montoire. Mais pourtant, ce soir là, un éclair dans la nuit a illuminé le plateau, prouvant que l’être humain n’est pas condamné à l’horreur. Quand Laurent Ruquier nous raconte à nouveau la scène, c’est dans un émotion qu’il peine à dissimuler : « ce personnage multipliait les serrages de mains, nous étions abasourdis, tétanisés, mais lorsqu’il s’approcha de l’immense actrice qu’est Clémentine Célarié, tendant sa main comme on tend un bras, celle-ci ouvrit légèrement ses bras en signe de protestations, baissa les yeux, et refusa ce qui, a posteriori, s’apparente à de la collaboration. ». Reconnaissons que dans la télévision d’aujourd’hui, celle des Zemmour, des Elisabeth Lévy et des Jean-Pierre Pernot, des grands moments comme celui-ci sont rares. C’est ce souffle qui a donné le désir et la force à Laurent Ruquier d’écrire cette fabuleuse et monumentale « Histoire de la Résistance, de Jean Moulin à Clémentine Célarié » (éditions Grasset, 264pages, 2017). On regrettera peut-être, dans cette histoire pourtant d’intérêt public, que l’auteur passe si rapidement sur Jean Moulin et sur le Général De Gaulle pour en arriver à Benjamin Biolay et Clémentine Célarié (respectivement un chapitre sur Jean Moulin pour quatre sur Clémentine Célarié, plus la conclusion). Cependant, passé ce choix éditorial, force est de constater que l’œuvre de l’écrivain est maîtrisée de bout en bout, nous rappelant à chaque page ô combien est importante la résistance de tous les jours contre la bête immonde. « Je voulais faire partager aux jeunes générations la seule histoire qui fasse honneur à la France, celle de la lutte contre le fascisme, l’obscurantisme, le mal absolu. Par son geste, Clémentine Célarié a renoué avec cette grande Histoire, il ne faudra jamais oublier. ». Réussie, l’œuvre de l’animateur le poussera-t-il à continuer d’écrire ? « Je ne sais pas », répond l’intéressé, « un projet d’adaptation en film est en discussion… Ca me plairait de me lancer dans le cinéma, avec Clémentine Célarié dans son propre rôle. ». Enthousiaste, il continue : « La jeunesse a besoin d’exemples comme ça, car ce qu’il se passe est grave ». Comment lui donner tort ?

 

Laurent Joffrin

 

Le moment héroïque en question

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 29 Janvier 2017

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 31 Octobre 2016

Obama-Trump : les deux frères de l'hyperpuissance symbolique américaine

Dans ce qui révèle avec le plus d’acuité qu’une Nation conduit les destinées du monde, dominant à la fois son époque et ses rivales, sa capacité à projeter des symboles incarnant l’esprit du temps et l’aiguillonnant par la même occasion, est peut-être la manifestation la plus signifiante et la plus suggestive.

Nous connaissons le principe du hardpower américain, sa puissance militaire et sa force de frappe économique ; nous connaissons également l’impérialisme de son softpower, son way of life et ses produits dérivés. A cela pourrait s’ajouter un symbolpower qui permet parfois aux Etats-Unis d’incarner politiquement les enjeux du moment et de les projeter sur le monde, au moins dans sa partie occidentale.

En 2008, le président Barack Obama devenait président des Etats-Unis. Qu’un métis fût élu dans un pays qui connaissait la ségrégation raciale quelques dizaines d’années auparavant, fut célébré partout en Occident comme un totem d’une puissance symbolique magistrale. Ce fut « l’Obamania », une espèce de délire qui fit espérer des millions de personnes à la seule raison de la force symbolique. Barack Obama devint même Nobel de la Paix sans qu’il en sût, de son propre aveu, les véritables et concrètes raisons. C’est, qu’en politique, le symbole tient lieu, justement, de politique. Obama incarnait la destiné d’un Occident mélangé, multiculturel, ouvert à tous, tolérant et pacifié, c’est à dire tel que l’Occident avait envie de se voir.  Le reste eut moins d’importance.

Obama fut incontestablement l’un de ces grands symboles qui jalonnent l’Histoire et lui donne son La. L’Occident tout entier, à la suite des Etats-Unis, dansa sur cet air. Mais il est intéressant d’observer que le symbole Obama appartint à la catégorie de symboles politiques qui achèvent une époque, comme pour la parfaire, qui les désignent comme son expression la plus aboutie tout en la terminant du même coup. L’Obamania couronnait vingt ans d’Occident qui s’était voulu multiculturel, tolérant et sorti de l’Histoire. Mais l’Obamania n’impulsa rien dans le monde : au moment de son couronnement, l’Histoire avait déjà changé d’heure. Obama incarna son époque, mais n’en impulsa aucune. Un noir sur le trône du monde parachevait vingt ans d’Occident qui avait rêvé à cela, et au moment où son rêve se réalisait, un nouveau cycle s’enclenchait, appelant ainsi nécessairement d’autres symboles.

2016. Donald Trump a des chances de devenir président des Etats-Unis à la suite de Barack Obama. Et lui aussi est, avant tout, un symbole pour l’Occident. Mais, à la différence de son prédécesseur, Trump fait parti de la catégorie des symboles en mouvement, non pas de ceux qui achèvent, mais de ceux qui s’inscrivent dans les dynamiques historiques. A l’heure présente, l’époque est aux révoltes populaires contre les élites décriées, aux crispations identitaires, à la remise en cause de l’ère de la sortie de l’Histoire fukuyamesque. Partout en Occident, et notamment en Europe, ce mouvement prend de l’ampleur. Et voilà qu’il faut que ce soit encore une fois des Etats-Unis, chef incontesté d’Occident, que sorte un homme qui incarne ce processus aux yeux de tous.

Obama et Trump sont par conséquent, à leur manière, deux frères rivaux d’une Histoire en marche. Ils furent et ils sont deux de ces puissances incommensurables que constituent les symboles en politique. L’un a parachevé une époque ; l’autre en porte une nouvelle.

En 2008, les Etats-Unis furent à la hauteur du monde et de l’époque par le symbole qu’elles leur donnèrent. La question qui se pose à présent est de savoir si les Etats-Unis seront encore à la hauteur de leur destinée manifeste – celle d’imprimer au monde la marche à suivre – avec l’élection ou non de Donald Trump. 

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 7 Mai 2016

Sur l'immigration, droite et gauche votent mal

Le paradoxe des électorats

Je discutais la semaine dernière avec un intellectuel qui s’apprête à sortir un important livre d’enquête sur la crise identitaire Française. Débattant ensemble pour les besoins de son étude, je lui évoquai ce qui me paraissait être un sacré paradoxe de notre vie politique. Ce paradoxe est celui du vote des électorats de droite et de gauche au sujet de l’immigration.

Le désir de l’électorat de droite et de gauche

En simplifiant les choses et en grossissant les traits, on pourrait diviser l’électorat français en deux au sujet de l’immigration : l’un veut la séparation, l’autre l’unité.

Celui qui veut désormais la séparation est l’électorat que l’on pourrait appeler « de droite ». En somme, c’est le parti des gens qui râlent, qui n’en peuvent plus, qui ne veulent plus du « vivre-ensemble ». Leurs désirs est de se séparer des populations d’origine immigrée, en les fuyant géographiquement quand ils le peuvent, et en souhaitant les réduire (volonté d’arrêter l’immigration, ou même d’en « réémigrer » un maximum), sinon de les contraindre violement. Cet électorat vote Front National ou pour un candidat de la droite classique quand celui-là veut bien tenir un discours « dur » sur la question (comme Sarkozy durant ses deux dernières campagnes présidentielles).

Celui qui veut l’unité est l’électorat de gauche. Il s’agit de l’électorat français qui croit au respect, à l’égalité et à la fraternité entre les hommes et qui souhaite par dessus tout un métissage heureux. Il nie les fractures entre les populations (et lorsqu’il les voit quand même, il les attribut aux prêcheurs de haine, qu’ils soient d’extrême-droite ou salafiste). Son but, son rêve, est l’unité d’une population française quelles que soient ses bigarrures et sa diversité. Cet électorat vote généralement pour le Parti Socialiste ou le Front de Gauche

Les conséquences inverses de leur vote

Pourtant, il apparaît que le vote de l’électorat de gauche et celui de droite se portent sur des candidats et des discours qui, malgré les apparences, conduisent à l’inverse de leur volonté première.

Le programme et les discours du Front National et de la droite « dure » ont en réalité l’ambition de l’unité. Leur objectif est l’assimilation qui, précisément, est la praxis unitaire la plus accomplie. En régulant l’immigration, en punissant vraiment les délinquants pour dissuader leurs méfaits de tous les jours, en valorisant une culture française dans sa version universaliste et culturaliste (« est français celui qui respecte les mœurs et la culture française »), c’est à dire exactement  ce que se proposent de faire les « droites », alors et alors seulement la possibilité d’une unité prochaine se rendrait peut-être probable. Le vernis de l’assimilation appliqué à tous, toutes races et religions confondues, permettrait de différer, voire de supprimer, la dislocation de la société française prévue et déjà à l’œuvre.

Premier paradoxe donc : l’électorat qui veut la séparation vote en réalité, sans le savoir, pour l’unité.

Quant aux programmes dits « de gauche », tous concourent le plus surement à la séparation. Sous les discours des prétendues « valeurs de la République » et du métissage chantant et chanté en permanence, la gauche a abandonné l’assimilation pour l’idée d’une société multiculturelle dans laquelle tout le monde conserverait la fierté des racines et leur culture d’origine. Mieux que cela : les minorités et leurs spécificités sont défendues et promues en vertu – et en vertu seule – de leur condition de minorité. Et mieux encore, pour des raisons électorales, la gauche se permet de flatter les différentes communautés allogènes tout en exaspérant dans le même temps la communauté de souche, encore majoritaire et dépositaire depuis des siècles de la France. Rien ne pourrait, en définitive, plus générer de la séparation communautaire que ce type de politique. Pour preuve la crise identitaire violente dont nous ne vivons que les prodromes, conséquence directe de cette politique qui a présidé au traitement de l’immigration en France depuis plus de 30 ans.

Deuxième paradoxe donc : l’électorat qui rêve sincèrement d’unité vote en fait, sans le savoir lui aussi, pour la séparation.

Facéties quand l’Histoire pourrie

Marx reconnaissait lui-même qu’à certaines périodes historiques, l’Histoire n’avance ni ne recule pas, elle pourrie. Ces moments sont des tourbillons d’incohérence, de velléités inconséquentes, de rêveries inutiles. Nous vivons cette époque là. Sans doute, les choses sont plus compliquées que cela et ce paradoxe n’est pas aussi marquée qu’il semble l’être. Mais toutefois : se dire qu’un identitaire sérieux qui veut de toute sa colère la séparation, ferait mieux parfois de voter François Hollande, et qu’un idéaliste de gauche, plein de bons sentiments, ferait mieux de voter Marine Le Pen s’il souhaite véritablement qu’un jour des hommes de cent couleurs différentes soient main dans la main, est une facétie de l’Histoire qui mérite, sinon que l’on s’y attarde, au moins que l’on en sourit un peu. 

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 28 Mars 2016

Retour sur mon voyage en Syrie et sur le selfie avec Bachar

Le piège du selfie

 

Salut, vous êtes tombés dans le piège !

 

Il y a encore en France de nombreuses personnes, surtout parmi les politiques et les observateurs, qui n'ont pas compris, ou qui ne veulent pas comprendre, les nouvelles modalités de la communication. Certaines personnes m'ont reproché le côté ridicule, voire bouffonesque, d'un selfie avec Bachar El-Assad. D'autres sont venus m'expliquer doctement à quel point toutes ces affaires méritaient un peu de sérieux et de convenances. Merci bien, mais je sais évidemment tout cela. Mais je sais aussi autre chose : les trois-quart (si ce n'est beaucoup plus) des personnes qui sont en train de lire cet article ou qui le liront, sont et seront venus par le truchement de ce selfie un peu guignol. Sans cela, pas de buzz, pas de polémique, peut-être même moins d'informations médiatiques sur le voyage des parlementaires, et donc, au final, moins de fond, moins de personnes interpellées – en définitive : moins de Syrie. Qu'on le regrette ou non, telles sont les nouvelles conditions de la communication politique, et je ne vais pas m'en passer par excès de puritanisme, surtout quand d'autres n'ont pas ces précautions d'usage pour servir des causes que je crois bien moins nobles.

 

Le voyage

 

Qu'on le croit ou non, ma présence parmi des parlementaires des Républicains est plus une histoire de hasard qu'autre chose. Je devais partir en Syrie depuis longtemps pour des raisons qui me sont personnelles, affectives, amicales et professionnelles. Je suis donc parti dans le cadre d'une délégation de plusieurs personnes, chercheurs, écrivains, journalistes, hommes d'affaires, et aussi politiques. Il se trouve que cette délégation était composée, dans sa partie politique, de députés des Républicains. Mais, à la vérité, cela aurait pu être des parlementaires d'autres bords si, au lieu de partir maintenant, j'avais plutôt décidé de partir plus tard, au sein d'une autre délégation.

 

Toutefois, pour ne pas faire de langue de bois, je vous dirai quand même que cela ne me dérangeait pas outre-mesure de partir avec des députés de la droite populaire. Évidemment. Désormais libre de tout parti politique, je gravite dans ce corps si nébuleux et à la fois si passionnant, de la « droite » au sens large. J'ai des amis au FN, aux Républicains, chez les indépendants de toutes sortes, et même jusqu'aux centristes. Je pense que ces gens doivent se parler car, comme je l'ai constaté durant ce séjour, nous avons tout de même des choses à nous dire.

 

Ce que j'ai vu

 

Je savais déjà pas mal de choses sur la Syrie et la guerre qui s'y déroule depuis cinq ans. Des informations complémentaires et annexes que celles diffusées par les grands médias m'avaient déjà pénétrées, et j'avais la chance, surtout, de connaître un certain nombre de Syriens qui me parlaient librement de ce qu'ils avaient vécu et de ce qu'ils pensaient. Je dois donc dire que ce voyage n'a fait que confirmer mes idées reçues. Mieux encore, il les a surenchéries. Je vais essayer d'être factuel :

 

La société syrienne est singulière. En plein cœur du Proche-Orient, confinant même au Moyen-Orient, elle nous offre un spectacle dont on a difficilement idée dans nos pays fatigués d'Occident.

 

Après vous, mesdames. Ce qui frappe, dans ce pays arabe, est la liberté des femmes. La plupart ne portent pas de voile, se maquillent et s'apprêtent, travaillent et sortent le soir, en toute liberté et, manifestement, avec joie. J'ai vu des artistes femmes peignant, sculptant à leur guise, dans le centre d'art de Damas. J'ai vu une femme gagner une course à cheval dans un concours d'équitation, se faisant acclamer par la foule. J'ai vu des femmes étudiant la médecine, la littérature ou la communication. J'ai vu des femmes qui engueulaient certains hommes, lesquels baissaient la tête et repartaient la queue entre les jambes. J'ai vu des femmes belles, enfin, dans la pure tradition de la beauté des femmes arabes, très féminines et à la fois très fortes.

 

Ce qui frappe également est la laïcité qui règne dans ce pays. Réunis autour d'un très fort nationalisme et habitués par des siècles de cohabitation, la confession des syriens ne compte pas vraiment pour eux. Au niveau du pouvoir, l'ancien premier ministre était un chrétien et s'est exprimé en premier devant le peuple du haut d'un minaret. J'ai vu le grand mufti de Damas se fendre la poire avec le patriarche orthodoxe, comme je l'ai vu prier pour les chrétiens. J'ai vu le patriarche latin, lors de la messe de Pâques, prier aussi pour son pays, pour tous les syriens. Au niveau de la population, j'ai vu les jeunes se mélanger et faire la fête ensemble sans considérations religieuses. Ce qui compte pour eux, c'est la Syrie, ils en partagent tous l'ethnicité et ceci est notable.

 

Ce nationalisme et cette fierté nationale nous sont étrangers. Quelle surprise de voir se lever d'un seul coup, sans injonction d'aucune sorte, des centaines de jeunes dans un hippodrome pour chanter des chants patriotiques et se mettre à danser frénétiquement. Les syriens sont un peuple fier, leur pays est ancien, prestigieux, important à leurs yeux. Certains m'ont dit en pleurant qu'ils avaient honte qu'on puisse désormais les identifier à des réfugiés misérables, et il est vrai que l'on peut noter qu'avant cette guerre, les seuls immigrés syriens que l'Occident pouvait connaître étaient des médecins ou des étudiants.

 

Deux choses maintenant : la première, je mets au défi n'importe quel journaliste, observateur, politique, n'importe quel citoyen, de ne pas constater exactement ce que je viens de décrire s'il part en Syrie. La deuxième enfin, qui en découle : qu'on le veuille ou non, en plein proche et moyen orient, une société pareille est une chance, une richesse. Que l'on puisse collaborer à vouloir la mettre en l'air, au profit d'islamistes, est d'une immoralité et d'une bêtise sans nom. Quelles que peuvent être ses imperfections, et il est normal qu'il y en ait – comme l'autoritarisme du parti baas – je suis convaincu qu'il faut être fou, naïf ou très mal intentionné pour vouloir abattre un tel modèle, si réjouissant dans le monde arabo-musulman. Avant de regarder ses vices, il paraît évident que la situation du monde musulman devrait nous faire plutôt admirer ses vertus.

 

La guerre

 

Les syriens se sont habitués à la guerre, mais ils ont toujours le cœur lourd lorsqu'ils évoquent la situation du pays avant que celle-ci ne se déclenche (tourisme en très forte hausse, économie de plus en plus prospère, etc.). Leur sentiment est celui de l'incompréhension. Les gens qu'ils affrontent sont des islamistes de la pire espèce, élevés dans des moquées wahhabites que les saoudiens finançaient. Le reste des forces non-islamistes qui, pourtant, s'opposaient à Bachar El-Assad, comme les Kurdes, travaillent désormais avec lui contre ces mêmes islamistes, car nous avons eu la confirmation que c'est désormais Damas (entre autres) qui les arme. Le jeu de la Turquie, avec cet Erdogan si hostile à l'Occident (déclarant il y a trois mois à peine à des jeunes turcs, en montrant Sainte-Sophie, que leurs ancêtres l'avaient conquise aux chrétiens comme ils devront le faire eux-mêmes en Europe), est tout aussi détestable.

 

J'entends bien le discours désormais en vogue chez quelques politiques ou intellectuels qui, en s'accrochant aux branches, nous racontent qu'il faut pratiquer un « ni Bachar ni Daech ». Ceci est bien beau, mais n'appartient qu'aux belles paroles et n'a aucune espèce de réalité dans cette partie du monde. La vérité est que Bachar incarne une garantie du mode de vie des Syriens dont je parlais plus haut, et que si cette garantie disparaîssait, la plus logique et évidente probabilité est que ce soient les islamistes qui recouvrent de leurs ombres cette société. Ceci explique le soutien impressionnant des syriens pour leur président. Je n'avais qu'à montrer mon « selfie » à des passants dans la rue pour qu'ils se pâment ou tombent en larmes. Pour eux, Bachar est leur seul bouclier contre Al-nostra et Daech. Et nous voudrions leur donner des leçons ? Nous ? Bien à l'aise dans nos foyers, leur expliquer qu'ils devraient foutre en l'air leur méchant dictateur sans se soucier de ce qui pourrait advenir après, comme nous l'avons vu et fait en Libye ? Non merci.

 

De même, à propos de cette guerre et comme nous en avons discuté avec le grand Mufti de Damas, si la Syrie laïque de Bachar El-Assad devait tomber, c'est un bouclier de plus qui tomberait pour l'Europe. Tout islamiste que la Syrie neutralise est aussi un islamiste en moins sur le sol européen.

 

Bachar El-Assad

 

Après ce que je vais dire maintenant, il est certain que les trolls sur internet ou les journalistes un peu imbéciles vont se contenter de résumer en une sentence : « Rochedy fan de Bachar » ou autres intelligences de genre. Tant pis pour eux.

 

David Pujadas l'a aussi dit, comme quasiment tous les hommes qui le rencontrent et parlent avec lui : nous avons à faire un homme doux, subtil, intelligent, et dont la timidité qui persiste en lui rend charmant. Bachar El-Assad n'a pas du tout les caractéristiques du dictateur arabe qui joue de son menton et de son autorité. Il vous accueille et vous demande, en français, de lui parler librement. Il rit et vous couvre de son empressement ainsi que de sa politesse. Ce sont là des faits. Bien entendu, les petits malins penseront que tout cela n'empêche pas un cœur froid et violent. Je donne juste mon sentiment. J'ai vu un homme dans la pure tradition du raffinement et de la civilisation syrienne, un homme qui m'a paru être soucieux de son pays et de la paix prochaine, dans un palais assez modeste protégé par un contingent ridicule de gardes (deux seulement à l'entrée!). On me reproche d'avoir fait un selfie avec un monstre ; je crois cette photo infiniment moins grave que la décoration par François Hollande, il n'y a que quelques semaines à peine, d'un ministre saoudien, c'est à dire ceux-là même qui financent et arment partout les pires islamistes et dont le pays ne connait pas le quart du centième de la liberté (des femmes, des minorités, etc.) de la Syrie.

 

Bachar n'a pas déclenché la guerre. Il s'est opposé tout de suite à des islamistes qui menaçaient son pays. Il leur a fait, sans doute durement, mais il n'y a pas lieu d'être une belle âme ayant de la pitié pour ces gens là, car eux n'en ont pas. J'aimerais qu'on arrête de véhiculer également ce mensonge éhonté selon lequel Bachar aurait tué 200.000 syriens, en lui attribuant tous les morts de la guerre, y compris ceux de son propre camp ! Mais comme dit le proverbe, rappelé par Thierry Mariani : « A la guerre, la première victime est la vérité. ».

 

Syrie, bonne chance

 

Pour terminer, que demander aux incrédules et aux méchants ? De partir visiter la Syrie, se faire une opinion par eux-mêmes. D'espérer en la paix prochaine et en la défaite des islamistes. La Syrie, qui n'est pas parfaite, est toutefois un bel exemple de pays musulman. Elle combat nos mêmes adversaires. Et elle ne nous menace pas.

 

Je crois qu'elle mérite qu'on s'y attarde. Qu'on la soutienne. Et, si vous êtes comme moi, qu'on l'aime.

 

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 17 Janvier 2016

L’État-zombie

Aux premières rencontres du Carrefour de l'Horloge, je fus gentiment convié à intervenir sur un sujet qui m'est cher aujourd'hui – celui, épineux, de l’État.

 

Je pus dès lors développer succinctement l'idée de « l'Etat zombie », dont je fais ici un compte rendu écrit à l'attention de tous ceux qui me le demandèrent.

 

1 – Je parlai de la question de l’État en France, au prétexte que cette question se pose avec plus d'acuité dans notre pays que sous d'autres tropiques. On a dit que, contrairement aux autres Nations, l’État, en France a existé avant la nation, tandis que, généralement, la nation préexiste avant qu'elle ne se dote d'un État. Par nation, vous pouvez entendre « peuple ». Cela peut paraître excessif ; disons plutôt que l’État et la nation en France se sont créés de façon concomitante. Cela fait de la France un Etat-Nation par excellence : l’État et la Nation étant à ce point chevillés charnellement dans l'Histoire qu'il semble que s'en prendre à l’État, pour un Français, c'est s'en prendre à la Nation du même coup.

 

2 – Sans entrer dans un long développement philosophique sur la nature de l’État, je me contentai d'en exprimer les objets, les sources de sa légitimité et les justifications de son existence. D'une manière générale, l’État est censé défendre des intérêts. Dans une conception marxiste, l’État est fondé pour défendre les intérêts de la classe dirigeante. Dans une conception nationale, l’État doit défendre les intérêts du peuple, ou des populations, ou des individus qui le composent, qu'il a l'honneur de présider. Par « défendre les intérêts », il faut entendre « garantir la survie et promouvoir la puissance ». Dans une conception hobbesienne, l’État trouve sa légitimité par la concorde civile, par la paix, qu'il établit dans la société, notamment en introduisant parmi les hommes l'ordre et la justice. En résumé, l’État trouve la justification de son existence dans la défense des intérêts du peuple qu'il permet, et dans la concorde civile qu'il assure.

 

3 – Le problème actuel, c'est que l’État (pour ne parler que du cas Français) a, absolument et systématiquement, inversé tous ses objets originels. Par voie de conséquence, il est désormais possible de s'interroger sur sa légitimité.

Je n'écrirai pas ici tous les reproches qu'il est possible d'émettre à l’État actuel. Ils sont connus : infantilisation du citoyen, désarmement moral et spirituel, fiscalité impossible, inflation législative, application méthodique en vue du changement de peuple, introduction des germes de la discorde civile par la société multiculturelle mise en place, interdiction de défendre son honneur, soit individuel, soit national, bureaucratie, lourdeur, absence de projet, etc. En somme, ni le peuple, ni l'individu, ne voit ses intérêts défendus par l’État : au contraire, il les voit menacés par lui.

 

4 – Nous nous retrouvons donc en face d'un État à son stade zombie. Les films sur les zombies font florès aujourd'hui, or, qu'est ce qu'un zombie ? Quelque chose autrefois bien portant, désormais mort, qui avance lentement, qui est lourd, qui ne ne pense plus, et qui n'a plus d'autres projets que de se retourner contre sa propre famille, ses anciens congénères, pour les dévorer. L’État actuel est zombie. Autrefois efficient, désormais lourd, incapable de penser, de se projeter, et dont l'unique objet, même s'il est inconscient, est de chercher à dévorer son propre peuple.

 

5 – Face à ce constat, une critique simpliste mais qui n'en demeure pas moins pertinente : « Ce n'est pas l’État qui est en cause, c'est ceux qui le président. Pourquoi incriminer le véhicule quand il ne s'agit que de la nullité du conducteur ? ». Façon de dire, changez de président de la République et de ministres, mettez Marine Le Pen, Philippe de Villiers, votre serviteur, Napoléon ressuscité ou Dieu le père, et tout pourrait entrer dans l'ordre. Réflexion d'une banalité confondante, à laquelle il faut répondre par l'Histoire : pourquoi un État est-il à son stade zombie ? D'abord, parce qu'il est mort.

 

Entendu que les morphologies politiques (la Citée, l'Etat-Nation, etc.) appartiennent à l'Histoire, alors il faut les inscrire dans une temporalité. Ce ne sont pas des « objets » absolus et éternels. Ils ont une jeunesse, un âge mur et une mort. L'Histoire montre des milliers de fois où des personnes de bon sens et de hautes capacités prirent le pouvoir à des moments où leurs empires étaient déjà moribonds. Ils parvinrent parfois à retarder l'échéance, mais ne renversèrent jamais la fatalité.

 

6 – Sans aller jusque là et ne pouvant, hélas, pas entrer dans les détails, il faut convenir que la réforme de l’État, à un stade où il est aujourd'hui à un niveau de complexité très élevée, que la corruption y règne, que ses ramifications sont partout et que son idée, en général, n'est plus soutenue, se révèle être d'une difficulté sans pareille. Quiconque prendrait le pouvoir sans avoir conscience que, face à un arbre qui est prêt à mourir (si l'on veut encore croire qu'il n'est pas déjà mort), il faille élaguer au maximum pour le voir refleurir, ne parviendrait pas à le diriger. Les nouvelles Lois qu'il ferait, les nouveaux règlements qu'il établirait, viendraient tous s'ajouter aux anciens et, tombant dans le tonneau des danaïdes, il en résulterait encore plus de lourdeur, d'incompréhensions et de complexité. A la tête d'un État zombie, pour le soigner, le diriger, il faut recourir au sécateur.

 

7 – Quoiqu'il en soit, ni vous, ni moi, n'avons le pouvoir, et nos amis qui espèrent un jour le prendre, n'en sont pas assurés. En attendant donc cette heureuse probabilité, si l'on souscrit à l'idée de l'Etat-zombie, il faut agir avec l’État comme on agirait en face d'un vrai zombie : il ne nous reste qu'à nous éloigner de lui, ou de lui tirer dans la tête.

 

L’État-zombie

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 22 Décembre 2015

A quoi peut servir la politique dans le monde nouveau ?

Réflexion sur le temps présent, c’est à dire du temps qui presse.

 

Dans la période que nous vivons, je tiens que la politique, entendu au sens d’une force qui réglementerait nos vies individuelles, n’a non seulement plus de pertinence, mais surtout plus d’objet.

 

D’abord, d’un point de vue historique, les formes politiques que nous connaissions sont au stade de l’agonie. Il est possible de se battre pour maintenir en état les choses, mais ce faisant, nous ne faisons que gagner du temps ; nous ne pouvons inverser le processus.

 

L’Etat pourrait contraindre les hommes à « vivre-ensemble », les enfermer de force dans la circonscription nationale,  mettre le paquet dans l’Education pour former des Français pensant, sentant, s’exprimant tel un Gaulliste des années 60 ou un hussard noir des années 1900, que tout cela serait vain, nécessairement emporté par les flots des évolutions historiques, du monde en marche, du temps qui coule et qui bouleverse.

 

Pour s’en convaincre, il faudrait un livre entier d’arguments, et celui-ci arrivera, mais en attendant, il suffit aussi de regarder autour de soi, et, peut-être, de connaître un peu l’Histoire. Dans celle-ci, il n’y a point de schéma idéal et figé comme tel. Tout se transforme en permanence, selon des logiques connues. La vérité d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui. Il faut agir et penser selon les forces en présence et les potentiels possibles ; il faut, en un mot, se contextualiser, seul droit, finalement, à la pertinence.

 

J’aime l’exemple des Empereurs romains du bas-Empire. Contrairement aux idées reçues, ils ne furent point des décadents. Au contraire, la valeur d’un Marc-Aurèle, d’un Julien, d’un Septime Sévère, Claude II, Probus, Aurélien, Valentinien, Théodose, Dioclétien ou d’un Constantin, est d’un rare mérite. Ce sont des hommes d’Etat et des soldats hors pairs, peut-être supérieurs à des Auguste ou des Césars. Pourtant, ils combattaient et régentaient dans le vent. Par leur puissance et leur énergie, ils parvinrent à ralentir la mort d’un corps politique qui pourtant l’était déjà, l’Empire.

 

De Gaulle, le dernier des grands Français, avait tout compris. Dans les Chênes qu’on abat, dialogues avec Malraux, il reconnaît qu’il aura écrit la dernière page de l’Histoire de France, et il sait que ce qui n’est qu’une morphologie politique parmi tant d’autres, la France, était vouée à se transformer considérablement, comme l’Empire Romain du Ve siècle commença lui-même  à se transformer pour voir apparaître de nouvelles formes politiques, et, en quelque sorte, une nouvelle Histoire.

 

Désormais, à quoi sert donc la politique, si elle n’est plus qu’un théâtre d’ombres jouant au  pouvoir et rêvant à des restaurations impossibles ? Plus grand’chose, assurément. Toutefois, la politique a encore un rôle à jouer.

 

Si elle ne cherche qu’à retarder, qu’à restaurer, alors elle échouera, et le temps qu’elle fera perdre aux hommes sera catastrophique.  Mais elle peut envisager un autre objet : permettre l’accouchement du monde en germes en protégeant dans le chérubin ce qu’il y a de plus utile. Pour y parvenir, sa dignité sera de se retirer au maximum.

 

Les Européens, et parmi eux les Français, crèvent de déresponsabilisation. Quand leur corps politique était encore vivant et vivace, ils jetaient leurs yeux au Ciel et voyait l’Etat, qui les embrassait dans une puissance commune ; il les protégeait, et les projetait. Aujourd’hui, quand leur corps politique n’est plus qu’une fiction, et qu’ils n’ont plus par conséquent qu’une fiction d’Etat, ils persistent à jeter leur yeux au Ciel mais ne voient plus rien. Le Salut par la politique n’est plus ; mais, misérables qu’ils sont, il attendent, à cause d’une trop longue habitude, les genoux à terre et les mains suppliantes. D’où les angoisses actuelles, la turbidité, la nervosité qu’aucune force ne semble pouvoir épancher.

 

C’est que la politique s’occupe encore trop d’eux. Elle n’a plus la force du père, mais elle a gardé celle de la mère. Elle n’est plus qu’une assistante sociale qui doit « s’occuper de leurs problèmes », « écouter leurs préoccupations », « leur trouver du travail », « bien les soigner », et au final, bien les dorloter. Les hommes et les femmes de notre personnel politique ont pris le pli de cet état de fait ; celui qui gagnera l’élection sera celui qui rassurera le plus, comme s’il s’agissait d’un concours de la meilleure maman.

 

Le véritable intérêt de la politique serait de réparer cette situation, et non pas d’y souscrire. Il faudrait que la politique reflue d’elle-même, qu’elle arrête de s’occuper des hommes.  Que la politique cesse de se préoccuper de l’éducation des enfants, qu’elle arrête de maintenir des foules entières dans l’assistanat,  qu’elle ne se mêle plus de morale (démocratisme, droits-de-l-hommisme, vivre-ensemble etc.), qu’elle oblige même les individus à s’intéresser eux-mêmes à leur sécurité, et en quelques décennies seulement, les hommes, les citoyens, accoucheraient du monde nouveau, avec ses nouvelles formes d’organisation, ses nouvelles élites, ses sanctuaires, sa nouvelle morale et ses nouveaux desseins.

 

Laissez une province tranquille. Ne lui faites plus la morale. Ne l’assistez plus. Obligez là à se prendre en main. En somme, mettez Paris sous cloche de verre. Revenez quelques années plus tard : vous trouverez là des hommes qui s’en seront sortis, qui auront renouvelé leurs élites,  qui se seront organisés de telles façons qu’ils auront d’eux-mêmes chassés les perturbateurs ou les inutiles, qui auront trouvé comment avoir un intérêt économique dans la mondialisation et auront revivifié leur culture populaire et traditionnelle, etc. Ou alors, cette province sera morte, vidée de ses meilleurs habitants, et dans ce cas, c’est qu’elle vivait sous perfusion et qu’elle devait, historiquement, crever. Et à ce compte là tout est bien.

Revenez ensuite encore quelques décénnies plus tard, et observez un nouvel Etat regénéré qui  se fera fort de concentrer ces provinces et leurs nouvelles organisations dans une volonté commune. De là, il pourra s'appuyer sur des forces renouvellées et donc briller. Puis, quelques siècles plus tard, il dégénerera, et ainsi de suite. l'Histoire est fabuleuse. 

 

De toutes façons, c’est exactement ce qu’il se passe actuellement. La politique n’a plus de volonté, car elle n’a plus de force ; elle n’est que velléitaire. Sa nature de père est morte avec De Gaulle, sa nature de mère n’en a plus pour très longtemps. Le seul souci, c’est qu’en ne le voyant pas, cette transition risque de se faire dans l’anarchie la plus complète, tandis qu’un homme politique avisé pourrait accompagner cette transition en sauvant au maximum ce qui pourrait l’être.

 

Les hommes ont besoin de liberté et de responsabilité. Par là, ils arrêteraient de courir après de chimères, et, se prenant en mains, ils s’organiseraient comme ils doivent s’organiser naturellement, car telle est leur nature. Il ne faut pas brider la nature et ce qu’elle porte en elle, il faut, au contraire, lui permettre d’accoucher en douceur.  Voici ce que serait encore, en ce début de millénaire, l’honneur de la politique.  

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 25 Novembre 2015

Castel del monte

Castel del monte

Texte à la demande de Polémia (http://www.polemia.com/)

 

Il faut toujours demander à un écrivain de formuler les choses. Tandis que je me perdais dans mes clarifications à propos du thème des communautés qui, accolé à son générique, le communautarisme, faisait que ceux-là même à qui il devait le plus parler se trouvaient bien gênés de l'entendre et de le reprendre, Renaud Camus est venu tout dénuer d'un seul trait. « Les sanctuaires » m'a-t-il dit. « Les sanctuaires », plutôt que « les communautés ». Tout est désormais plus clair.

 

Des hypothèses

 

Le problème, dans lequel nous sommes empêtrés, est que nous conditionnons la survie de l'Europe et de la France, dans leur âme, leur essence et dans les peuples qui les composent, à la prise de pouvoir étatique. Parce que, finalement, nous restons très 20eme siècle, voire 19eme, 18eme et 17eme siècle, nous continuons à rester bloqués sur l'idée que la solution à tous nos problèmes ne peut venir que de Papa-Maman l’État. Au prétexte que celui-ci est au service de forces qui nous nient, pour parler comme Venner, on suppose qu'il suffirait de le reprendre, en envoyant des « patriotes » au pouvoir (que ce soit par la démocratie ou la violence, pour les plus chauds d’entre-nous), pour que l'avenir des nos peuples soit assuré. Belle idée, qui fut véritablement effective au siècle passé, quand les peuples européens étaient homogènes et prêts à basculer dans des totalitarismes qui, effectivement, démontraient que la puissance étatique pouvait, à elle seule, changer les mentalités et mettre en mouvement toutes les dynamiques nationales.

 

Je tiens que cette idée est passée de date, et comme un malheur ne vient jamais seul, le fait que la plupart des gens de bonnes volontés, c'est à dire non-remplacistes, pour parler encore comme Camus, ou simplement encore vivants (et non suicidaires, pour parler comme je l'entends), s'accrochent encore à cette dernière, induit que, finalement, nous perdons un temps fou à courir après des chimères quand il y aurait bien d'autres choses à faire pour sauver ce qui peut encore l'être.

 

Regardons les choses en face : la prise de pouvoir, un jour, est une hypothèse. Elle est même assez saugrenue. Qu'un parti cohérent, puissant, intelligent, puisse faire 50,01% des voix dans une France remplie de personnes âgées (qui, par nature, fuient en nombre le changement) et de personnes d'origine immigrés (qui, encore par nature, n'ont pas nécessairement les entrailles patriotes) est déjà difficile. Mais soit. Croyons-y. Et après ? Une fois au pouvoir, ce parti, cohérent, puissant, intelligent, que pourrait-il réellement faire ? Engagerait-il, avec le soutien miraculeux des populations, une grande politique de remigration de 15 millions de personnes ? Ou bien, encore par miracle, parviendrait-il à assimiler ces 15 millions de personnes, au point d'en faire de parfaits Français ? Reconnaissons ensemble que tout cela semble compliqué. Mais, encore, soit. Admettons. Il est certain qu'un parti, disons « ami », pourrait déjà faire du bien là ou les autres ne peuvent faire que du mal, et, en effet, je ne crois pas qu'il soit absolument nécessaire d'arrêter touts combats politiciens en vue de prendre l'Etat. Mais reconnaissons ensemble que les chances pour que cela survienne sont, pour être gentil, faibles. Que cela puisse arriver, c'est une hypothèse. Et je ne veux pas conditionner la survie de l'Europe et de la France à, finalement, ce qui n'est qu'une hypothèse. Pour faire simple, il y a trop à perdre pour tout miser sur ce pari.

 

Besoin de sanctuaires

 

Quand le monde s'écroule autour de soi et qu'on a compris qu'on ne le sauvera pas, il reste à protéger ce qui est essentiel. Cet essentiel pourra, demain, après demain, bâtir à nouveau de grandes choses, un nouveau monde. Peu m'importe que ma génération et celle de mes enfants perdent l'Etat Français, son administration et son drapeau, si mes petits enfants sont encore des européens, qu'ils vivent en sécurité, savent lire et écrire, qu'ils héritent encore, en quelque sorte, et qu'ils pourront à leur tour transmettre afin que, sans doute, leurs enfants puissent récupérer les terres que nous auront perdu. En attendant que l'hypothèse de la prise de pouvoir disparaisse ou se réalise, il est urgent d'avoir la volonté de sanctuaires.

 

Le monde dans lequel nous entrons sera – et est déjà – un monde en grappes. Le peuple, tel que nous l'avons connu, c'est à dire homogène et chevillé à un État qui lui est propre, est déjà une fiction. On peut le pleurer, mais personnellement je ne fais pas parti de ceux qui pleurent. Je sais que la condition principale de la survie est l'adaptation. Il va donc falloir entraîner les peuples européens à s'adapter aux conditions nouvelles du monde dans lequel ils sont projetés.

 

J'écris tout un essai sur ces conditions nouvelles, donc vous ne m'en voudrez pas si je reste lapidaire dans un texte qui ne peut être que succinct. Toutefois, l'idée-force est que nous sachions nous adapter à ce monde en grappes pour en constituer, nous aussi, un noyau, un pépin, un fruit qui en portera d'autres (car il faut avoir foi en nous). Savoir organiser ceux qui ne veulent pas mourir, les organiser économiquement, culturellement (nécessité d'écoles), esthétiquement, pour leur sécurité aussi, car la réalité nous montrera vite que l'Etat ne pourra pas nous protéger longtemps : voilà quels sont, ou plutôt quels devraient être, les objectifs des derniers Bons européens. Nos sociétés peuvent changer, s'écrouler, pourrir, mais elles ne doivent surtout pas nous changer.

 

Dans ce besoin essentiel de recevoir et de transmettre, il va falloir avoir la volonté de sanctuaires, lieux, immatériels ou, peut-être bientôt, géographiques, dans lesquels nous pourrons protéger ce qui mérite de l'être au milieu d'un flot de barbaries. Entreprises, écoles, associations, villages, familles, ou que sais-je encore, tout ce qui n'appartient pas à l'Etat et qui surtout ne doit plus lui appartenir, du moins tant qu'encore un parti politique miraculeux n'arrive au pouvoir.

 

N'oublions jamais que lorsque l'Empire Romain s'est effondré, ses plus beaux éléments (la culture, le droit, etc.) ont pu être sauvés et être transmis car certains romains, qui avaient compris ce qui se tramait, s'étaient réfugiés dans des sanctuaires. Ils purent ainsi transmettre pour les générations futures. De même, je pense souvent à ces Russes qui avaient compris avant les autres que le soviétisme allait s'écrouler, et qui s'étaient réfugiés près d'un lac en Ingrie pour penser ensemble la Russie future. C'est en partie grâce à leur travail que la Russie pût se relever, bien des années plus tard.

 

 

En clair et encore une fois : acceptons le monde tel qu'il est, mais sachons tirer notre épingle du jeu. Depuis quand un défi pareil devrait faire peur à des Européens, eux qui ont tout bravé et presque tout créé ?

 

Personnellement, ça ne me fait pas peur. J'ai même hâte.  

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 24 Novembre 2015

Le sourire en politique est le symptôme démocratique par essence. Quand la politique était autre chose que du spectacle et de la communication, les hommes politiques ne souriaient pas, ou peu. En public, la mise était plutôt au ton grave, à la pose hiératique, voire à l'air maussade. Il paraît que Mussolini s’entraînait à s'habiller, justement, de cette mine maussade, pour ressembler à Napoléon. De Gaulle l'avait, lui, naturellement. On n'imagine pas le Général sourire bêtement en public, encore moins les Césars ni les Rois poser pour la statuaire en montrant toutes leurs dents. La politique n'était pas une pose, c'était des volontés. Et la volonté, pure, dure, fait souvent la gueule. Le sourire vient directement des États-Unis, qui ont expérimenté avant tout le monde la démocratie généralisée et les hommes politiques pantins et inutiles. Ils sont à l'origine du poncif « sourire white » que l'on attribue assez généralement à l'hypocrisie. Il est pourtant passé dans l'habitude politique actuelle, et quoiqu'on en pense, même lorsqu'on le juge faux, il est désormais nécessaire. Un homme politique au visage fermé, en campagne ou sur des affiches, ne serait pas « sympathique ». Et en démocratie, c'est un critère. Il faut être sympa, et tant pis si on est nul. Je tiens que l'apparition du sourire en politique est la marque démocratique par excellence, en même temps qu'il est le critère le plus sûre de la décadence du politique.

 

Passée cette remarque, les sourires politiques sont différents, et intéressants à analyser. Puisque c'est une arme démocratique, certaines sont plus puissantes que d'autres.

 

Marion Maréchal, entre tous et entre toutes, a le sourire le plus puissant. Pas seulement parce que c'est une jolie femme. C'est, je crois, ce qui explique en grande partie les succès qu'elle obtient et qui lui sont promis. Avant de vous dire pourquoi, attardons sur quelques sourires politiciens assez classiques :

 

D'abord, ceux de notre ancien et présent Présidents de la République.

 

Sarkozy

Sarkozy

Sarkozy : Mélange entre un sourire Louis de Funès, impliquant ruse ; suggérant humour, subtilité, sympathique, mais également grotesque, ridicule, bêta.  

Sarkozy

Sarkozy

Mais il y a aussi un autre type de sourire pour Sarkozy, plus souverain, se voulant affectueux, mais trahissant confiance et affirmation de soi. Certaine condescendance aussi.

 

D'une manière générale, le sourire de Sarkozy est une arme puissante, qu'il maîtrise assez bien grâce aux nuances avec lesquels il sait jouer.

Hollande

Hollande

Hollande : Au delà des côtés grotesques et idiots, que beaucoup de gens relèvent, il y a aussi chez Hollande, dans son sourire associé à son regard, une sorte de détachement du sujet. Hollande pense derrière ses petites lunettes quand il sourie. Ça se voit, et les gens considèrent naturellement que, si Hollande continue de penser en souriant, il pense nécessairement à eux. L' « émotion » du sourire chez Hollande, loin d'être spontanée, ne fait donc pourtant pas de lui un sourire froid, au contraire : il suggère de l'affection.

 

Les sourires de Confiance

Exemple : Estrosi

Exemple : Estrosi

Sourire de confiance, visage carré, se veut rassurant, chiraquien, convenu. Ne marche plus que sur les petites vieilles, années 90, passé de date. Faux, caricatural pour les plus jeunes, douchés par la politique. C'est le sourire le plus souvent usité par les barons de province, habitués qu'ils sont à caresser dans le sens du poils les petites gens, pour mieux se moquer d'eux en privé.  

 

Les sourires carnassiers

Exemple : Taubira

Exemple : Taubira

ou Marine Le Pen (qui a d'autres gammes de sourires dans le privé, mais vu qu'elle n'a pas de conseillers en communication, elle offre le plus souvent sur les plateaux et en réunions publiques un sourire dit « carnassier »). Sourire avec les dents, guerrière. Le sourire de celui qui est prêt à réussir, qui se satisfait, mais comme une revanche. Il entraîne, car il est volontaire, mais il inquiète aussi, car on y sent de la vindicte. Il dissimule un être en soi qui s'inquiète et qui a souffert, mais qui se pose comme une affirmation conquérante, pour pallier.  

 

Sourires fines lèvres, bouche fermée

Exemple : Fabius

Exemple : Fabius

Ce sourire reste bouche fermée, comme s'il fallait empêcher qu'un peu de soi-même en sorte. Souvent le cas des anciens premiers de la classe, anciens complexés. Profil de Bruno Le Maire, Florian Philippot, etc. Très mauvais en communication car fait faux par nature. Retenu. Joué. L'absence de spontanéité est tout aussi forte dans les sourires dits « de confiance », mais parce que ceux là sont forts, on les croit volontiers plus justes. Le sourire bouche fermée fait intelligent, mais fourbe.

 

Le sourire d'espoir.

 

Marion

 

Il y a quelque chose de l'ordre de l'espoir dans le sourire de Marion. Autant que je sache, c'est le seul sourire calibré de la sorte dans le paysage politique français. Dans une France qui est saturée de sourire de confiance qui n'inspirent plus confiance, ou de sourires technos bouches fermées, ce sourire là fait croire. Il peut sans doute pêcher dans la confiance et dans l'expérience qu'il inspire, mais il fait croire et espérer, de manière irrationnelle. Il y a du frais, il incarne un « demain » possible. D'une manière générale, il a les caractéristiques du sourire de la jeunesse dans son archétype. Or, si Marion le possède, ce n'est pas obligatoirement parce qu'elle est jeune : en effet, les jeunes en politique sont nombreux et la plupart adoptent déjà des sourires convenus qu'ils essaient d'emprunter à leurs aînés. On « croit » qu'il est possible qu'il y ait un avenir avec elle, car la vie, dans sa juvénile naïveté, transpire de sa bouche. Par nature, la jeunesse a un avenir, quand le reste est promis à la mort. Marion a su, sans doute instinctivement, matérialiser cette jeunesse, cette fraîcheur – et donc, cette espoir – dans un sourire. Accolé à un discours sur la France, dans un pays qui n'entend plus parler que de mort et qui la ressent si violemment, ce sourire fait encore croire en un possible. Si la politique, c'est avant tout de créer de l'espoir, alors ce sourire est imparable. Et sur tout le monde.   

Le sourire de Marion

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 22 Juin 2015

Cher Michel,

 

 

D'abord, Michel, permets moi d'être franchement familier. C'est qu'on a quelques amis en commun, et c'est surtout que tu fais, somme toute, un peu parti de ma famille. Voilà des années et des années que tes livres traînent sur la table du salon de mon père. Je crois les avoir tous vu passer, au moins depuis La politique du rebelle. Je ne compte pas les fois où l'on parla de toi au repas ; moi t'enfonçant, mon père te défendant, toi dont le parcours ressemble au sien, comme il ressemble à tant d'hommes de ta génération (ce qui explique une partie de ton succès). Jeune provincial éduqué à l'ancienne chez les bonnes sœurs et jeté d'un coup, à l'âge d'homme, dans le post-modernisme et ses valeurs hédonistes : un grand classique, presque un poncif générationnel. Tu me pardonneras donc, j'espère, le tutoiement et les quelques grossièretés qui vont suivre.

 

Michel, je t'ai longtemps pris pour un con. Un vrai con, comme les autres. Un petit moderne qui se piquait de penser. Un gros gauchiste de plus de l’intelligentsia médiatique. Un béat de 68, un progressiste, un athée militant, un droit-de-l-hommiste content de lui, un libéral-sociétal qui faisait encore des caprices de gosses pour obtenir, toujours, plus de droits. Liberté. Fraternité. Amour. Tolérance. Gentils immigrés. Méchants capitalistes. Et prout-prout.

 

Puis tu as évolué. Ça m'a un peu surpris, mais, très vite, j'ai été plutôt surpris de ma propre surprise, car j'aurais du deviner. Un nietzschéen obligé de frayer avec le Paris mondain, ça ne peut donner qu'un réactionnaire. Un jour ou l'autre, ça devait arriver. J'aurais du y penser. Du coup, je t'ai même rendu hommage sur mon blog (http://www.rochedy.fr/2015/04/michel-onfray-encore-un-effort.html). Je louais tes changements soudains de points de vue. Non seulement tu t'en prenais à ce monde décadent (je me permets le mot car tu te le permets toi-même en ce moment), mais en plus tu te payais le luxe de découvrir la pensée de la Tradition : l'immanence de la terre (avec un T majuscule ou minuscule), les valeurs archaïques de l'honneur, de la parole, de la droiture, de la force, etc. Tu découvrais même la pensée des cycles contre celle du progrès ! Quel progrès ! Je ne pouvais qu'applaudir. Bravo Michel. Rien à dire. Pour moi, tu n'étais plus un con.

 

Le problème Michel, c'est que tu as beau être sorti de la catégorie des cons, tu es entré dans celle des salauds. Finalement, c'est peut-être pire.

 

Avant de te dire pourquoi, autorise moi juste une petite remarque, gratuite et méchante. Elle n'est pas un peu tardive ton évolution ? Coucou Michel ! J'écoutais dernièrement, pour le plaisir, une émission d'une heure qui t'était consacrée en 1997. L'horreur absolue. En face de Finkielkraut, qui était ton interlocuteur et qui avait déjà pris pas mal de temps d'avance intellectuel sur toi, tu défendais encore toutes les libertés possibles et inimaginables, tu parlais du devoir des européens à accueillir le plus d'immigrés possibles, tu parlais des bienfaits de 68, notamment de la destruction du principe d'autorité, en particulier à l'école, et tu continuais Michel, tu chantais les lendemains égalitaires, tu bavais de sentiments moraux, tu pleurnichais comme les autres. C'était en 97 et c'était à gerber ! Tu étais encore un jeune gauchiste ! Et tu le fus longtemps. Et maintenant ? Eh ben Michel ! Oh, comme c'est étrange, maintenant tu pestes contre la médiocrité des politiques, de l'éducation nationale et de la culture, maintenant tu annonces que notre civilisation européenne est morte et qu'elle risque de se faire submerger par des méchants islamistes. Coucou Michel ! Réveil matin ! 2015, tu découvres que tes anciennes idées ont produit le monde de merde que tu vomis désormais. Dring dring ! Trente ans de retard. Rendez-vous loupé avec l'Histoire. 

 

Pareil pour ta philosophie dans ton dernier livre Cosmos Michel ! Là c'est grave quand même. Toi qui a commencé à réfléchir avec Nietzsche, voilà que quarante ans après tu retournes à lui. Tu redécouvres la métaphysique nietzschéenne de l’immanence. Moi, je l'ai lu à 15 ans et j'y suis resté. Toi, tu as erré pendant quarante ans pour t’apercevoir qu'enfin, c'était lui qui avait raison. Coucou Michel ! Quand au reste de Cosmos (très bon), bah Michel, c'est juste la philosophie des penseurs de la nouvelle droite, avec seulement quelques chichis et quelques prodomos que tu as encore besoin d'ajouter. Franchement Michel, tu as perdu un temps fou.

 

Tu pourrais m'objecter, comme on dit, vaut mieux tard que jamais. C'est vrai. Mais bon, en fait, on pourrait presque croire que tu es surtout un bon filou. Tu es toujours à la mode en quelque sorte. C'est habile. Quand la pensée à la mode était la pensée libérale (au sens américain, en Français : gauchiste), tu en étais un magnifique représentant. Maintenant que ça a basculé, maintenant que la société est devenue pessimiste et que ce sont plutôt les Zemmour qui cartonnent en librairie, tu te découvres réactionnaire. Habile ! Tu as raison en fait : en matière mondaine, littéraire et politique, rien ne sert d'avoir raison avant tout le monde, il faut avoir raison à temps. Même si c'est un peu tard.

 

Mais cela dit, je me plante quand je dis que tu es devenu réactionnaire. Le mot est mal choisi pour toi, car un réactionnaire, par définition, ça veut réagir. D'ailleurs, le problème vient de là, et c'est ce qui fait que tu es un vrai salaud.

 

Je te raconte juste une petite histoire avant de m'expliquer :

 

Dans ma petite vie, j'ai eu la chance d'avoir, comme tout le monde, des milliers de discussions. Des amis, des collègues de travail, des inconnus en soirée, la famille. Autour d'un verre, d'un café, ou juste dans la rue. Armé de mes idées et tandis qu'on s'aventurait à parler politique ou histoire, j'en ai convaincu plus d'un à propos du caractère profondément médiocre de notre post-modernité. Aujourd'hui, tu me diras, ce n'est pas bien difficile, mais pardonne moi quand même cet orgueil : je crois avoir fait plusieurs fois des noeux à la tête de bons petits gauchistes, ou simplement des indifférents, qui pensaient encore être nés à une époque formidable, joyeuse et pleine de vie. J'ai introduit le pessimisme dans leur petite tête gonflée de la vanité du présent. Mais souvent, alors que je voyais la bête enfin s'incliner et opiner du chef face à mes arguments, j'ai vu ce qu'il y a de pire au monde et ce à quoi je ne m'attendais pas : j'ai vu le fatalisme. Moi, tu comprends, quand je dis que nous vivons une époque de merde, c'est pour tout faire pour en changer. Au lieu de cela, j'ai vu des dizaines et des dizaines de personnes (et des jeunes notamment...), une fois d'accord avec mes sentences sur le temps présent, terminer la conversation par des réflexions du genre « puisque c'est comme ça je ne ferai pas d'enfants », « bah, on va mourir donc c'est pas grave », « tant pis quoi ». Horreur et damnation. Moi qui pensais toucher leurs cordes de la révolte, voilà qu'elles n'émettaient plus aucun son. Je crois que je préférais encore quand ils n'étaient que de simples béats un peu idiots. En fin de compte, je regrettais qu'ils voient clair.

 

Cette histoire terminée, je peux te dire pourquoi tu es en vérité un beau salaud. J'ai vu ta conférence à Nice, datée du 3 juin 2015. Je t'ai vu débiter, avec plaisir, les vérités sur la dégénérescence de notre civilisation. Puis tu as commis (par trois fois !) le pire des péchés contre la vie Michel, celui-là même contre lequel notre maître commun, Nietzsche, nous mettait en garde. Tu as dit, expliqué, justifié, qu'il ne fallait plus faire d'enfants. Tu as même fait applaudir toute la salle sur cette idée (et des femmes ! Je répète : des femmes !!). La civilisation européenne était morte, elle allait sans doute se faire remplacer, et il ne restait plus qu'à aller s'enfermer dans le jardin d'Epicure. Salaud. Triple salaud. Tu professes pendant quarante ans les idées qui ont conduit à cette déchéance, puis un matin tu te réveilles et continues à vendre des livres en disant que finalement tout ça sent la catastrophe, puis tu déclares que tout est foutu et qu'il ne faut même plus se battre ni faire d'enfants. Tombée de rideau. Boucle nihiliste. Salopard de première.

 

Michel, je te crois si intelligent que je ne te crois pas capable de ne pas voir le profond nihilisme dont tu fais état, et je te crois assez nietzschéen pour savoir que ce nihilisme est l'horreur absolue. Tu le sais Michel, la volonté du néant (consciente ou non) est à laisser aux autres, aux esclaves, aux êtres du ressentiment, ceux-là même que tu as souvent pourfendu dans tes livres. Alors pourquoi, Michel ?

 

On me dit que tu as voulu des enfants mais que tu ne pus en faire avec ta femme, malade et morte jeune. Je respecte profondément - je n'ai rien à dire. Mais Michel, toi le nietzschéen, je sais que tu sais qu'en vérité toutes nos pensées ne sont que des symptômes de notre propre vie, et, surtout, des tentatives de justifications de soi. Ça, je le sais, et tu le sais aussi (puisqu'à la suite de Nietzsche, tu l'as toi même écrit). Mais Michel, si tu le sais aussi bien, tu dois savoir que les grandes âmes parviennent également à réfléchir, de temps en temps, contre elles-mêmes (ci-contre disait Nietzsche). Penser contre soi. Ta vie n'est donc pas une excuse Michel. A dire qu'il ne faut plus faire d'enfants, tu ressembles à quelques uns de ces anachorètes des pires sectes chrétiennes d'antan, pleines de ressentiment et de haine contre la vie, tout ce que tu abhorres, tout ce contre quoi tu es censé t’ériger.

 

Voilà mon cher Michel. J'ai appris, compte tenu de tes évolutions, à être patient avec toi. Échappé du camp des cons, essaye de ne pas entrer dans celui des pires salauds, car entre un homme qui croit, même à de mauvaises choses, et un autre qui ne croit plus en rien, je pense que je préfère encore le premier. Et le pire, c'est que je suis sûr que toi aussi.

 

Bien à toi,

 

 

 

La conférence en question.

Voir les commentaires

Publié dans #journal, #article-s

Repost 0

Publié le 1 Juin 2015

Que l'on s'arrête un temps sur la politique française : on n'y trouvera que de la com. Les choses qui encore se font, se font, à la limite, à l'échelon local – à l'échelon, dirons-nous, communautaire. Pour le reste, c'est à dire au niveau national, il n'y a qu'une stricte application des élans de l'époque, laquelle obéit à une décomposition progressive de tous les acquis des siècles. Le Parti Socialiste au pouvoir, à la suite de l'UMP, détricote les fondamentaux de la France que nos grands-parents et parents ont connu : éducation, symboles, fonction publique, identité, autorité, culture, centralisation, etc. Cette politique effective de déconstruction semble être la seule possible au pouvoir, comme si elle obéissait à des impératifs qui appartiendraient à un déterminisme historique obligatoire d'intermède entre deux siècles. Quand à ceux qui briguent le pouvoir national, les Républicains et les Frontistes, leur rhétorique consiste à vouloir, justement, restaurer. Les uns et les autres veulent « restaurer l'autorité de l'Etat », « appliquer la laïcité telle qu'elle fut pensée en 1905 », « retrouver notre souveraineté nationale », « revenir à l'assimilation », quand il ne s'agit pas de « retrouver notre monnaie nationale » etc. Or, la politique des « re » est pure tautologie d'une nostalgie qui trouve, bien sûr, ses clients et ses électeurs en démocratie. Mais en fin de compte, il ne s'agit que de « com », car s'il peut être pratique de s'adresser à la foule des inquiets qui abondent toujours en périodes historiques  intermédiaires, et de s'adresser à eux à travers une redondance d'appels au passé, il n'en demeure pas moins qu'aucune politique pérenne ne peut se fonder exclusivement sur des « re ». Les exemples historiques – de Sylla, qui voulut refaire la Rome républicaine et aristocratique, à De Gaulle, qui voulut restaurer la France – montrent toujours que ces intentions ne peuvent être que passagères, et que les civilisations, comme les nations et comme les siècles, obéissent toujours à la maxime d'Héraclite : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Or, l'Histoire est le fleuve par excellence.

 

Résumons :

 

1 – Nous vivons une période historique intermédiaire qui bientôt va finir, raison pour laquelle la déconstruction des fondamentaux de la France (déconstruction qui, en vérité, a déjà commencé il y a 1 ou 2 siècles) s'accélère particulièrement en ce moment.

2 – Nous entrons progressivement dans un nouveau siècle, avec ses propres conditions, temporalités, impératifs et nécessités.

3 – Les hommes politiques au pouvoir ne font qu'accompagner, consciemment ou non, cette décomposition du temps passé. Quant à ceux qui n'y sont pas, ils ne font qu'appeler à sa restauration qui jamais ne viendra, ou, au mieux, que pour un temps très court, comme les derniers soubresauts d'un mourant.

4 – Les intellectuels actuels n'ont comme seul objet de pensée la destruction du monde qu'ils connaissaient. C'est pourquoi le monde de l'intelligence passe tout entier « à droite », parce qu'il s’aperçoit du carnage et du changement mais se contente, comme les politiques, à le pleurer.

5 – La nécessité pour les intellectuels et les politiques d'aujourd'hui est plutôt de penser le monde de demain pour y projeter des volontés. Finis les « re » : il faut vouloir dans les nouvelles conditions possibles qui se mettent en place petit à petit.

 

J'imagine que tout ceci est très dur à avaler, car cela fait fi de nos affects et de notre tendresse pour un monde qu'il y a peu nous touchions encore. Pourtant, si l'on veut échapper au règne de la com et/ou de l'impuissance politique, il nous faudra faire le deuil d'un certain nombre de choses pour penser les meilleurs solutions afin d'en préserver d'autres.

 

J'ajoute qu'il ne s'agit pas là d'un fatalisme pessimiste ; au contraire : plutôt que de perdre son temps dans des combats perdus, une envie impérieuse d'affronter le monde qui vient. 

 

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 19 Mars 2015

Pendant des années, je me suis convaincu que le meilleur message à porter était celui de l'assimilation. Plusieurs raisons m'y poussaient.

 

D'abord, ce principe était abandonné par les autres, la gauche et la droite, lesquelles prirent le parti de l'intégration voire de « l'inclusion », c'est à dire autant de systèmes laissant aux personnes d'origine immigrée le privilège de conserver, sinon l'entièreté de leur culture, au moins la fierté de leurs origines et tout ce qui va avec. La nature ayant horreur du vide, il y avait là un principe on ne peut plus républicain à récupérer et à porter d'un point de vue politique.

 

Ensuite, je pensais que ce principe correspondait particulièrement à, disons, l'âme française. La France étant une nation singulièrement culturelle, et les français n'ayant, par nature, presque aucune conscience ethnique (contrairement aux allemands, anglais et autres italiens), nous ne pouvions que demander aux habitants de France de respecter une culture majoritaire. Ce message, me semblait-il, non seulement pouvait être entendu et apprécié par les français, mais il présentait de plus l'avantage – considérable – de ne pas prêter le flanc, ou très peu, aux accusations de racisme qui ont toujours plu sur le mouvement national.

 

Je supposais aussi que l'arbre français était capable de supporter de nouvelles branches, et que, perdus pour perdus, le mieux qu'il nous restait à faire était de transformer un maximum de personnes d'origine immigrée en parfaits français « culturels », c'est à dire prenant en eux-mêmes, le plus qu'ils le pouvaient, une partie de notre héritage civilisationel afin de le transmettre, eux-aussi.

 

Ce discours de « l'assimilation », avec tous les avantages qu'il procurait, devint celui que choisit Marine Le Pen pour parler d'immigration. C'est toujours le sien aujourd'hui, et, en tant que l'un de ses portes-paroles pendant des années, je véhiculais avec lui dès qu'un micro ou un auditoire m'étaient offerts.

 

Aujourd'hui, je dois le dire, je veux faire mon « coming-out » communautariste. Là encore, plusieurs raisons m'y poussent.

 

D'abord, même si je tentais d'y penser le moins possible, je savais très bien qu'il est impossible d'assimiler dix à quinze millions de personnes. L'argument est banal mais il est valable : on peut assimiler des individus mais pas des peuples. A l'échelle de ces chiffres, nous avons à faire à des peuples, non plus à des individus ayant été transférés dans des familles d'accueil. Cela ne s'est jamais produit dans l'Histoire, et puisqu'elle est, pour nous, notre seule véritable école politique, nous ne voyons pas comment un tel exploit serait possible aujourd'hui, d'autant que les conditions, ne serait-ce que pour essayer, sont désormais les pires possibles. En effet, la puissance d'attraction de la culture et de la civilisation françaises a fortement diminué. Nous ne sommes hélas plus au 18eme ou 19eme siècle. Nous avons cédé face aux cultures anglo-saxonnes depuis déjà trop longtemps, et, tandis qu'un certain nombre de français de souche n'ont déjà quasiment plus beaucoup d'attirance pour leur propre civilisation, on voudrait que des français de fraîche date devinssent des Jean Gabin et récitassent du Corneille ou du Racine ? Cela paraît hautement improbable. Et puisque de toute façon nous n'avons pas commencé, depuis trente ans, par l'assimilation, nous nous trouvons en face de gens déjà formés par leur propre culture. En somme, c'est déjà trop tard. Ajoutez à cela des cultures profondément différentes des cultures européennes, parce qu'africaines, musulmanes, etc, et vous vous retrouvez dans une situation impossible. 

 

En définitive, désormais, l'assimilation relève du rêve ou de la gageure. Les communautés se forment déjà sur notre territoire, tout à fait naturellement. Un million de hussards noirs, sveltes et sévères, qui ressusciteraient, n'y pourraient rien. Et de toute façon, nous ne les avons pas. Le sort est donc jeté.

 

Mais puisque nous parlons de « messages politiques », venons-en. Les plus malins du Front National ne croient pas plus à l'assimilation de quinze millions de personnes que moi, mais rétorquent habilement que ce discours reste le plus utile à tenir. Il rassure les français sur une vieille illusion de paix sociale garantie par une forte culture commune, et peut même agréger au mouvement des personnes d'origine immigrée qui aurait fait le choix personnel de s'assimiler parfaitement.

 

Oui, ça peut marcher, et d'ailleurs, dans une certaine mesure, ça marche.

 

Toutefois, je crois qu'il est possible que le FN ait un coup d'avance en assumant une donnée qui sera la réalité incontestable de demain. En vérité, puisque le communautarisme tiendra lieu de système social dans la France – voire l'Occident tout entier – de demain, la question qu'il reste à trancher est celle de son application : sera-ce un communautarisme larvé et conflictuel ou au contraire ordonné ?

 

Les intérêts politiques d'un tel discours seraient les suivants :

 

Déjà, il serait plus proche des réalités et du possible. Alors certes, dans la « politique com », ce n'est plus vraiment l'essentiel, mais pour celui qui voudrait se préparer à exercer, effectivement, le pouvoir, intégrer à son logiciel la vérité et les éléments du possible n'est pas chose superfétatoire.

Il réaliserait aussi l'équation assumée de ce qui est déjà, à savoir que le Front National est le parti des français, de ceux qui se ressentent et se respirent comme tel, et dont la plupart, qu'on le veuille ou non, ne sont pas d'origine immigrée.

 

De plus, ce message serait loin de faire fuir les voix des personnes d'origine immigrée. Je m'explique : j'ai été frappé de constater qu'un tel discours responsabilise et rassure les français musulmans ou simplement d'origines étrangères. Il ne leur somme pas de devenir de « parfaits français », ce qu'ils n'ont pas envie d'être, à de rares exceptions, mais leur permet de rester ce qu'ils sont, organisés, respectés, avec comme seules conditions d'honorer les lois du pays en n'étant pas à sa charge. En clair, il rehausserait le drapeau et l'Etat au dessus des communautés, lesquelles seraient, le plus possible, encouragées toutes à leur porter allégeance. Nous aurions là des français, tous rassurés dans leur manière de vivre, mais travaillant de concert pour leur bien propre.

 

Alors certes, on va me dire que ce modèle est celui des Etats-Unis. Oui, c'est vrai. Là-bas, dans l'archétype, les communautés existent et vivent plus ou moins comme elles l'entendent, du moment qu'elles respectent les lois de l'Etat et soient capables de le servir dans une conscience rehaussée de servir quelque chose qui les dépasse et les garantie dans leurs modes de vie.

Ce n'est pas l'idéal, bien entendu. Mais nous n'avons plus quinze ans : l'idéal est derrière nous. Nous devons faire au mieux avec les conditions sociales qui sont les nôtres, et tant pis si celles-ci ressemblent désormais aux sociétés multiculturelles anglo-saxonnes. Ce n'est pas de notre faute si c'est ainsi. S'il n'en avait tenu qu'à nous, il n'y aurait pas eu d'immigration et tous ces problèmes ne se seraient jamais posés.

 

De toute façon, quelle est l'alternative ? Entendu que quinze millions de personnes, sans doute vingt demain, ne deviendront jamais, tous, des auvergnats et des bretons classiques, il va bien falloir organiser un peu tout cela. Ne serait-ce que – parce que nous y tenons – pour conserver le type classique de l'auvergnat et du breton. Restes des solutions de guerre civile, de remmigration massive ou de génocides, mais personne, en l'état, en raison et en morale, ne peut proposer de telles solutions. Dès lors, organiser en vue de la France des communautés qui de toute façon existent et existeront encore plus demain, semble la seule solution d'avenir à la fois pacifique et salutaire. Le reste n'est qu'illusions, anarchie et sang.

 

PS : J'ajoute, pour ceux qui rêvent de "remigration", que celle ci ne pourrait être envisageable que dans un contexte de communautés clairement identifiées. Tous les exemples de mouvements de populations dans l'Histoire en témoignent.

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0

Publié le 8 Octobre 2014

Passage de flamme

Chèr(e)s ami(e)s,

 

Voilà maintenant 4 ans que je suis à la tête du FNJ, d’abord dans la direction nationale, puis en tant que président des jeunes avec Marine durant la présidentielle, puis enfin directeur national du FNJ.

 

Il était grand temps que je passe la main pour laisser à la nouvelle génération du FNJ le soin de continuer d’avancer !

 

Ces 4 années avec vous ont été pour moi absolument magnifiques. Les souvenirs avec les jeunes patriotes, dans presque tous les départements de France, resteront gravés toute ma vie dans ma mémoire.

 

J’espère avoir fait de mon mieux toutes ces années pour représenter la plus belle des jeunesses, celle qui croit en son pays et qui veut un avenir français pour ses futurs enfants !

 

Je souhaite tout le meilleur à Gaëtan Dussausaye qui me succède, ainsi qu’à toute sa nouvelle équipe en qui j’ai entièrement confiance (et que je connais bien :) ).

 

Je suis amené à désormais travailler dans ce que je souhaitais au Front National et auprès de Marine, c'est-à-dire dans le domaine de nos idées qui, très prochainement, devront triompher.

 

Merci encore à Marine, notre présidente, de m’avoir fait confiance pendant toutes ces années, et merci à vous tous pour votre amitié qui m’est très chère. Jeunesse Française patriote : l’avenir, c’est vous !

 

Votre Julien. 

Voir les commentaires

Publié dans #article-s

Repost 0