La volonté de sanctuaires

Publié le 25 Novembre 2015

Castel del monte

Castel del monte

Texte à la demande de Polémia (http://www.polemia.com/)

 

Il faut toujours demander à un écrivain de formuler les choses. Tandis que je me perdais dans mes clarifications à propos du thème des communautés qui, accolé à son générique, le communautarisme, faisait que ceux-là même à qui il devait le plus parler se trouvaient bien gênés de l'entendre et de le reprendre, Renaud Camus est venu tout dénuer d'un seul trait. « Les sanctuaires » m'a-t-il dit. « Les sanctuaires », plutôt que « les communautés ». Tout est désormais plus clair.

 

Des hypothèses

 

Le problème, dans lequel nous sommes empêtrés, est que nous conditionnons la survie de l'Europe et de la France, dans leur âme, leur essence et dans les peuples qui les composent, à la prise de pouvoir étatique. Parce que, finalement, nous restons très 20eme siècle, voire 19eme, 18eme et 17eme siècle, nous continuons à rester bloqués sur l'idée que la solution à tous nos problèmes ne peut venir que de Papa-Maman l’État. Au prétexte que celui-ci est au service de forces qui nous nient, pour parler comme Venner, on suppose qu'il suffirait de le reprendre, en envoyant des « patriotes » au pouvoir (que ce soit par la démocratie ou la violence, pour les plus chauds d’entre-nous), pour que l'avenir des nos peuples soit assuré. Belle idée, qui fut véritablement effective au siècle passé, quand les peuples européens étaient homogènes et prêts à basculer dans des totalitarismes qui, effectivement, démontraient que la puissance étatique pouvait, à elle seule, changer les mentalités et mettre en mouvement toutes les dynamiques nationales.

 

Je tiens que cette idée est passée de date, et comme un malheur ne vient jamais seul, le fait que la plupart des gens de bonnes volontés, c'est à dire non-remplacistes, pour parler encore comme Camus, ou simplement encore vivants (et non suicidaires, pour parler comme je l'entends), s'accrochent encore à cette dernière, induit que, finalement, nous perdons un temps fou à courir après des chimères quand il y aurait bien d'autres choses à faire pour sauver ce qui peut encore l'être.

 

Regardons les choses en face : la prise de pouvoir, un jour, est une hypothèse. Elle est même assez saugrenue. Qu'un parti cohérent, puissant, intelligent, puisse faire 50,01% des voix dans une France remplie de personnes âgées (qui, par nature, fuient en nombre le changement) et de personnes d'origine immigrés (qui, encore par nature, n'ont pas nécessairement les entrailles patriotes) est déjà difficile. Mais soit. Croyons-y. Et après ? Une fois au pouvoir, ce parti, cohérent, puissant, intelligent, que pourrait-il réellement faire ? Engagerait-il, avec le soutien miraculeux des populations, une grande politique de remigration de 15 millions de personnes ? Ou bien, encore par miracle, parviendrait-il à assimiler ces 15 millions de personnes, au point d'en faire de parfaits Français ? Reconnaissons ensemble que tout cela semble compliqué. Mais, encore, soit. Admettons. Il est certain qu'un parti, disons « ami », pourrait déjà faire du bien là ou les autres ne peuvent faire que du mal, et, en effet, je ne crois pas qu'il soit absolument nécessaire d'arrêter touts combats politiciens en vue de prendre l'Etat. Mais reconnaissons ensemble que les chances pour que cela survienne sont, pour être gentil, faibles. Que cela puisse arriver, c'est une hypothèse. Et je ne veux pas conditionner la survie de l'Europe et de la France à, finalement, ce qui n'est qu'une hypothèse. Pour faire simple, il y a trop à perdre pour tout miser sur ce pari.

 

Besoin de sanctuaires

 

Quand le monde s'écroule autour de soi et qu'on a compris qu'on ne le sauvera pas, il reste à protéger ce qui est essentiel. Cet essentiel pourra, demain, après demain, bâtir à nouveau de grandes choses, un nouveau monde. Peu m'importe que ma génération et celle de mes enfants perdent l'Etat Français, son administration et son drapeau, si mes petits enfants sont encore des européens, qu'ils vivent en sécurité, savent lire et écrire, qu'ils héritent encore, en quelque sorte, et qu'ils pourront à leur tour transmettre afin que, sans doute, leurs enfants puissent récupérer les terres que nous auront perdu. En attendant que l'hypothèse de la prise de pouvoir disparaisse ou se réalise, il est urgent d'avoir la volonté de sanctuaires.

 

Le monde dans lequel nous entrons sera – et est déjà – un monde en grappes. Le peuple, tel que nous l'avons connu, c'est à dire homogène et chevillé à un État qui lui est propre, est déjà une fiction. On peut le pleurer, mais personnellement je ne fais pas parti de ceux qui pleurent. Je sais que la condition principale de la survie est l'adaptation. Il va donc falloir entraîner les peuples européens à s'adapter aux conditions nouvelles du monde dans lequel ils sont projetés.

 

J'écris tout un essai sur ces conditions nouvelles, donc vous ne m'en voudrez pas si je reste lapidaire dans un texte qui ne peut être que succinct. Toutefois, l'idée-force est que nous sachions nous adapter à ce monde en grappes pour en constituer, nous aussi, un noyau, un pépin, un fruit qui en portera d'autres (car il faut avoir foi en nous). Savoir organiser ceux qui ne veulent pas mourir, les organiser économiquement, culturellement (nécessité d'écoles), esthétiquement, pour leur sécurité aussi, car la réalité nous montrera vite que l'Etat ne pourra pas nous protéger longtemps : voilà quels sont, ou plutôt quels devraient être, les objectifs des derniers Bons européens. Nos sociétés peuvent changer, s'écrouler, pourrir, mais elles ne doivent surtout pas nous changer.

 

Dans ce besoin essentiel de recevoir et de transmettre, il va falloir avoir la volonté de sanctuaires, lieux, immatériels ou, peut-être bientôt, géographiques, dans lesquels nous pourrons protéger ce qui mérite de l'être au milieu d'un flot de barbaries. Entreprises, écoles, associations, villages, familles, ou que sais-je encore, tout ce qui n'appartient pas à l'Etat et qui surtout ne doit plus lui appartenir, du moins tant qu'encore un parti politique miraculeux n'arrive au pouvoir.

 

N'oublions jamais que lorsque l'Empire Romain s'est effondré, ses plus beaux éléments (la culture, le droit, etc.) ont pu être sauvés et être transmis car certains romains, qui avaient compris ce qui se tramait, s'étaient réfugiés dans des sanctuaires. Ils purent ainsi transmettre pour les générations futures. De même, je pense souvent à ces Russes qui avaient compris avant les autres que le soviétisme allait s'écrouler, et qui s'étaient réfugiés près d'un lac en Ingrie pour penser ensemble la Russie future. C'est en partie grâce à leur travail que la Russie pût se relever, bien des années plus tard.

 

 

En clair et encore une fois : acceptons le monde tel qu'il est, mais sachons tirer notre épingle du jeu. Depuis quand un défi pareil devrait faire peur à des Européens, eux qui ont tout bravé et presque tout créé ?

 

Personnellement, ça ne me fait pas peur. J'ai même hâte.  

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Paul 25/01/2017 00:40

Je viens de lire votre texte , il s'avère que nous avons commencé cette démarche depuis quelques mois en prenant en compte ce que nous appelons des zones de repli temporaires au moment d'une fuite probable et une zone permanente où nous pourrions survivre en communauté , je garde le termes de communauté car il sera nécessaire que nous puissions être non seulement "homogène" mais aussi complémentaire , avec des compétences de tous ordres à la fois civiles et militaires , des procédures , de l'équipement etc... ou en êtes vous vous même ? ( correspondance possible adresse email jointe )

Oscar Stepanov 09/12/2015 19:13

La totale obsession sur le thème de l'immigration est en soi un énorme boulet pour toute initiative forcément locale, forcément concentrée à chaque instant sur des enjeux concrets, terre à terre. Une autre importante difficulté est qu'une large majorité des "identitaires" sont dans une culture de la rouspétance et de la protestation qui ne mène à rien de bon sur le terrain. Je crois d'ailleurs que c'est le principal motif pour lequel des initiatives telles que cette page ci ne connaissent presque aucun écho. Ma conclusion est qu'à part le plan néo-rural de base il n'y a aucune chance de mener à bien de tels projets. Il faut, dans tous les cas, constituer un groupe peuplé de gens capables de travailler ensemble (énorme défi parmi les "identitaires"), mais qui en plus, *aiment* cela, aiment partager des ressources et des compétences, aiment se trouver dans un coin paumé, aiment vivre sobrement, aime perdre leurs mauvaises habitudes (déjà rien que la fumette : parlez à des "identitaires" de renoncer à leurs cigarettes, vous verrez la tête qu'ils tirent) ... Beau défi.

chilbaric 09/12/2015 18:36

Les "sanctuaires" sont une nécessité tactique dans le dispositif de la reconquête et pas une fin en soi.

Mais quel est le plan B ? Végéter ici ? Je suis pas certain.

https://retromigration.wordpress.com/2014/08/13/le-jour-dapres/

Oscar Stepanov 01/12/2015 20:40

Beaucoup de gens pêteront un plomb, se lanceront dans des actions de sabotage ou dans des attaques qui les exposeront aux pires ennuis voire à une disparition pure et simple. Seuls ceux qui ont de la jugeotte et qui sont capables de former des groupes cohérents, formés de gens qui peuvent se faire confiance l'un l'autre, pourront faire leur chemin. Les régions où le FN peut gouverner auront une longueur d'avance, si ce parti se décide à contribuer à la formation d'initiatives paysannes. Mais on peut en douter. Les Européens doivent aujourd'hui compter sur eux-mêmes. Leur colère contre ce monde qui n'est plus le leur doit se tourner vers du concret, du positif, du collectif (quel gros mot, hein ?) étalé sur une vision à long terme. Le chemin sera des plus épineux et les experts dans l'art de f. le b. seront légion, n'en doutons pas.

durdur 30/11/2015 22:46

Merci pour la "fraicheur" de ta réflexion.
Mais l'initiative du sanctuaire non étatique à grande échelle n'a jamais fonctionnée. Je ne vois pas un seul exemple historique.
Le petit sanctuaire est possible pour quelques individus, trop insignifiants pour gêner le système. A la condition d'aller s'enterrer ou se nicher dans des contrées inhospitalières. Mais aucun français ne fera jamais ce sacrifice.
Quant à l'exemple de la Rome antique, rien n'a été intégralement conservé, tout a été chamboulé et les romains "de souche" ont du composer avec le "barbares". Certains de ces "barbares" avaient de l'admiration pour la civilisation romaine et ont essayé de la copier. (La chute de Rome de Ward-Perkins) (Barbares d'Alessandro Barbero)
Aujourd'hui nos "barbares" modernes n'ont que haine et aucune admiration pour notre civilisation. Nous seront donc métissés et balayés. Comme cela est arrivé de façon permanente dans l'histoire.
Les seuls exemples de "sanctuaires étatiques " : L'empire Byzantin qui a survécu 1000 ans à l'empire romain d'occident: mais c'était une volonté étatique et non pas un sanctuaire mis en place par une initiative "populaire".
Ou alors la diaspora juive, qui a préservé sa civilisation au prix de contraintes qu'aucun occidental chrétien n'acceptera.
Conclusion : s'intégrer au "monde qui vient" en passant par dessus bord "le vieux monde" ou bien fonder un véritable projet étatique " lourd" et "structuré" du style "kurdistan" : en fait une lutte pour l'indépendance.
Désolé, c'est moins novateur, moins romantique, mais plus réaliste (cf l'empirisme organisateur)