Pour un discours communautariste

Publié le 19 Mars 2015

Pendant des années, je me suis convaincu que le meilleur message à porter était celui de l'assimilation. Plusieurs raisons m'y poussaient.

 

D'abord, ce principe était abandonné par les autres, la gauche et la droite, lesquelles prirent le parti de l'intégration voire de « l'inclusion », c'est à dire autant de systèmes laissant aux personnes d'origine immigrée le privilège de conserver, sinon l'entièreté de leur culture, au moins la fierté de leurs origines et tout ce qui va avec. La nature ayant horreur du vide, il y avait là un principe on ne peut plus républicain à récupérer et à porter d'un point de vue politique.

 

Ensuite, je pensais que ce principe correspondait particulièrement à, disons, l'âme française. La France étant une nation singulièrement culturelle, et les français n'ayant, par nature, presque aucune conscience ethnique (contrairement aux allemands, anglais et autres italiens), nous ne pouvions que demander aux habitants de France de respecter une culture majoritaire. Ce message, me semblait-il, non seulement pouvait être entendu et apprécié par les français, mais il présentait de plus l'avantage – considérable – de ne pas prêter le flanc, ou très peu, aux accusations de racisme qui ont toujours plu sur le mouvement national.

 

Je supposais aussi que l'arbre français était capable de supporter de nouvelles branches, et que, perdus pour perdus, le mieux qu'il nous restait à faire était de transformer un maximum de personnes d'origine immigrée en parfaits français « culturels », c'est à dire prenant en eux-mêmes, le plus qu'ils le pouvaient, une partie de notre héritage civilisationel afin de le transmettre, eux-aussi.

 

Ce discours de « l'assimilation », avec tous les avantages qu'il procurait, devint celui que choisit Marine Le Pen pour parler d'immigration. C'est toujours le sien aujourd'hui, et, en tant que l'un de ses portes-paroles pendant des années, je véhiculais avec lui dès qu'un micro ou un auditoire m'étaient offerts.

 

Aujourd'hui, je dois le dire, je veux faire mon « coming-out » communautariste. Là encore, plusieurs raisons m'y poussent.

 

D'abord, même si je tentais d'y penser le moins possible, je savais très bien qu'il est impossible d'assimiler dix à quinze millions de personnes. L'argument est banal mais il est valable : on peut assimiler des individus mais pas des peuples. A l'échelle de ces chiffres, nous avons à faire à des peuples, non plus à des individus ayant été transférés dans des familles d'accueil. Cela ne s'est jamais produit dans l'Histoire, et puisqu'elle est, pour nous, notre seule véritable école politique, nous ne voyons pas comment un tel exploit serait possible aujourd'hui, d'autant que les conditions, ne serait-ce que pour essayer, sont désormais les pires possibles. En effet, la puissance d'attraction de la culture et de la civilisation françaises a fortement diminué. Nous ne sommes hélas plus au 18eme ou 19eme siècle. Nous avons cédé face aux cultures anglo-saxonnes depuis déjà trop longtemps, et, tandis qu'un certain nombre de français de souche n'ont déjà quasiment plus beaucoup d'attirance pour leur propre civilisation, on voudrait que des français de fraîche date devinssent des Jean Gabin et récitassent du Corneille ou du Racine ? Cela paraît hautement improbable. Et puisque de toute façon nous n'avons pas commencé, depuis trente ans, par l'assimilation, nous nous trouvons en face de gens déjà formés par leur propre culture. En somme, c'est déjà trop tard. Ajoutez à cela des cultures profondément différentes des cultures européennes, parce qu'africaines, musulmanes, etc, et vous vous retrouvez dans une situation impossible. 

 

En définitive, désormais, l'assimilation relève du rêve ou de la gageure. Les communautés se forment déjà sur notre territoire, tout à fait naturellement. Un million de hussards noirs, sveltes et sévères, qui ressusciteraient, n'y pourraient rien. Et de toute façon, nous ne les avons pas. Le sort est donc jeté.

 

Mais puisque nous parlons de « messages politiques », venons-en. Les plus malins du Front National ne croient pas plus à l'assimilation de quinze millions de personnes que moi, mais rétorquent habilement que ce discours reste le plus utile à tenir. Il rassure les français sur une vieille illusion de paix sociale garantie par une forte culture commune, et peut même agréger au mouvement des personnes d'origine immigrée qui aurait fait le choix personnel de s'assimiler parfaitement.

 

Oui, ça peut marcher, et d'ailleurs, dans une certaine mesure, ça marche.

 

Toutefois, je crois qu'il est possible que le FN ait un coup d'avance en assumant une donnée qui sera la réalité incontestable de demain. En vérité, puisque le communautarisme tiendra lieu de système social dans la France – voire l'Occident tout entier – de demain, la question qu'il reste à trancher est celle de son application : sera-ce un communautarisme larvé et conflictuel ou au contraire ordonné ?

 

Les intérêts politiques d'un tel discours seraient les suivants :

 

Déjà, il serait plus proche des réalités et du possible. Alors certes, dans la « politique com », ce n'est plus vraiment l'essentiel, mais pour celui qui voudrait se préparer à exercer, effectivement, le pouvoir, intégrer à son logiciel la vérité et les éléments du possible n'est pas chose superfétatoire.

Il réaliserait aussi l'équation assumée de ce qui est déjà, à savoir que le Front National est le parti des français, de ceux qui se ressentent et se respirent comme tel, et dont la plupart, qu'on le veuille ou non, ne sont pas d'origine immigrée.

 

De plus, ce message serait loin de faire fuir les voix des personnes d'origine immigrée. Je m'explique : j'ai été frappé de constater qu'un tel discours responsabilise et rassure les français musulmans ou simplement d'origines étrangères. Il ne leur somme pas de devenir de « parfaits français », ce qu'ils n'ont pas envie d'être, à de rares exceptions, mais leur permet de rester ce qu'ils sont, organisés, respectés, avec comme seules conditions d'honorer les lois du pays en n'étant pas à sa charge. En clair, il rehausserait le drapeau et l'Etat au dessus des communautés, lesquelles seraient, le plus possible, encouragées toutes à leur porter allégeance. Nous aurions là des français, tous rassurés dans leur manière de vivre, mais travaillant de concert pour leur bien propre.

 

Alors certes, on va me dire que ce modèle est celui des Etats-Unis. Oui, c'est vrai. Là-bas, dans l'archétype, les communautés existent et vivent plus ou moins comme elles l'entendent, du moment qu'elles respectent les lois de l'Etat et soient capables de le servir dans une conscience rehaussée de servir quelque chose qui les dépasse et les garantie dans leurs modes de vie.

Ce n'est pas l'idéal, bien entendu. Mais nous n'avons plus quinze ans : l'idéal est derrière nous. Nous devons faire au mieux avec les conditions sociales qui sont les nôtres, et tant pis si celles-ci ressemblent désormais aux sociétés multiculturelles anglo-saxonnes. Ce n'est pas de notre faute si c'est ainsi. S'il n'en avait tenu qu'à nous, il n'y aurait pas eu d'immigration et tous ces problèmes ne se seraient jamais posés.

 

De toute façon, quelle est l'alternative ? Entendu que quinze millions de personnes, sans doute vingt demain, ne deviendront jamais, tous, des auvergnats et des bretons classiques, il va bien falloir organiser un peu tout cela. Ne serait-ce que – parce que nous y tenons – pour conserver le type classique de l'auvergnat et du breton. Restes des solutions de guerre civile, de remmigration massive ou de génocides, mais personne, en l'état, en raison et en morale, ne peut proposer de telles solutions. Dès lors, organiser en vue de la France des communautés qui de toute façon existent et existeront encore plus demain, semble la seule solution d'avenir à la fois pacifique et salutaire. Le reste n'est qu'illusions, anarchie et sang.

 

PS : J'ajoute, pour ceux qui rêvent de "remigration", que celle ci ne pourrait être envisageable que dans un contexte de communautés clairement identifiées. Tous les exemples de mouvements de populations dans l'Histoire en témoignent.

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jeanBon 28/03/2016 14:32

Bravo pour cet excellent article.
C'est un angle de vue très intéressant

Christophe 25/04/2015 23:51

Critique du discours communautariste de M. Rochedy
(deuxième couche)

Je n’avais pas entendu, jusqu'à ce jour, l’intervention de M. Rochedy sur radio courtoisie. J’en sais aujourd’hui un peu plus sur sa vision des choses. Et ce qui en ressort est encore plus confus. Tout d’abord, M. Rochedy, à certain moments de son propos, ne semble plus rejeter complètement l’idée d’une « remigration », mais la rejette à d’autres, en affirmant qu’il serait impossible de « remigrer » 15 à 20 millions d’individus ! ? Mais qui à jamais proposer de « remigrer » la totalité des populations d’origines étrangères ? ! Je crois qu’il confond l’idée d’une « remigration » (évidemment partielle) en partenariat avec les pays d’origine des migrants qui y ont également intérêt, avec une « épuration ethnique » ! ?

Il affirme que de toutes façons, l’assimilation est impossible au motif que les français eux même ne possèderaient plus leur propre culture, et qu’il serait illusoire d’espérer que les « assimilés » le fassent. Je ne crois pas à une culture française figée. La culture est pour moi une évolution permanente, qui déconstruit et reconstruit en continue avec un apport exogène. Il est tout aussi illusoire d’imaginer que la prose de Rabelais et les préceptes de Bossuet garniront demain les esprits de tous mes compatriotes. Charles de Gaulle affirmait que pour comprendre un pays, il fallait regarder sa géographie et l’on comprendrait sa politique. La France a toujours été un carrefour des cultures, un trait d’union entre le monde britannique et le monde latin ; entre les germains et le monde ibériques et plus encore, une porte de l’Europe sur l’Afrique. Et c’est précisément le brassage de tous ces apports et l’émulation qu’il génère, qui constituent la recette du « génie Français ». Prôner le communautarisme par soucie de préservation d’une culture « dite française », me parais être une aberration et la vision d’une séparation des communautés à cette fin, une bien pauvre ambition !

Oui le communautarisme est une réalité de fait ! Mais à qui la faute ? L’état français s’est servit de l’immigré pour organiser le dumping social en France, et l’a laisser à son sort sans aucun projet d’assimilation citoyenne. Bien évidemment le regroupement de personnes de même origine ou de même culture est un processus naturel, mais qui s’estompe d’autan plus fortement que l’individu est assimilé. Faut-il pour autan institutionnaliser le communautarisme ! Quant à l’idée aussi saugrenue que dangereuse de déléguer aux communautés certaines prérogatives, certains pouvoirs, inutile de dire ce que j’en pense ! Si ils ne s’organisaient pas spontanément, M. Rochedy propose de créer nous même des « califats », des territoires de droit étranger sur le sol de France, qui pourront échapper à tout control et qui seront, à n’en pas douter, les bases de tous les activismes ! C’est proprement sidérant !

Enfin et pour conclure, à aucun moment, M. Rochedy ne pose la question du sort des Français d’origine étrangère, ayant parfaitement accomplis leur acculturation, se sentant complètement français et que ce modèle renverraient à leur communauté originelle, pas plus qu’il n’envisage celui des français de souche, convertis à une religion exogène et qui ne trouveraient véritablement leur place dans aucune communauté à moins d’en créer une qui leur soit propre. Même problème pour toutes les familles « mixtes ».

Non décidément, je constate que le bricolage idéologique de M. Rochedy ne tient pas la route

rocbrun 25/04/2015 23:20

Le FN devrait adopter cette position, qui est aussi celle de Laurent Ozon ; position communautariste pour préparer la Remigration de certaines communautés vers leurs pays d'origines, dans un avenir plus ou moins proche ...

vladimir ibn Saoud 25/04/2015 22:38

Le problème n'est pas qu'il n'y ait plus de "nous".
Le problème est que certains ne veulent pas du "nous", culturel ou physique.

Dans multiculturel il y a culturel, presque cultuel.

- D'où mon invitation de "culture générale" à vous faire méditer sur la sourate 60 verset 4.
(Le mot "haine", et la façon de la résorber)

Ou comment certains sont contre le multiculturel et ne veulent qu'une communauté.
Pas forcément républicaine.
Ce n'est pas forcément raciste, un blanc peut être musulman, mais c'est anti-"multiculturel".
Et ce n'est tolérant qu'une fois que tout le monde adopte le même islam.

- A mettre en relation avec le plan Kalergi sur la promotion de cette "conversion"
https://penserrendlibre.wordpress.com/2013/10/18/le-plan-kalergi-genocide-des-peuples-europeens/

De plus le "code civil" n'a pas l'air assimilable à la chariah ou les lois noachides.

Et il ne vient pas de Dieu.

C'est pourtant clair depuis 1400 ans dans un des textes (q'ran).

Et de toutes manières les blancs sont responsables héréditairement de la colonisation, de la shoah, du réchauffement climatique, de Napoléon, de Star Academy et j'en passe.

Donc si le peuple vote mal, il faut changer de peuple.

D'ôù l'immigration.

Immigration de remplacement ? antiracism is a code word for antiwhite.

Avec ou sans communauté "de souche", le but est de la faire disparaître, au moins culturellement, au mieux génétiquement, et au pire métissage "par la force" comme disait Sarkozy.

Racisme ? Complot ? génocide ? ou juste un projet de domination ?

Promotion d'une guerre de "communautés" ou de "civilisation" je n'ai pas encore tout compris,
mais l'éloge de la différence est criant.

La dictature des minorités.
Et le risque si la "minorité" devient "majoritaire" et fait sécession.

Ou la migration d'une démocratie en théocratie; par vote ethnique et/ou religieux.

Et le messie dans tout ça ?
http://islamqa.info/fr/9341

Donc une fin des temps en beauté.

La paix dans le monde qu'ils disaient.

occhiali 09/04/2015 10:36

Excellent article qui a le mérité du réalisme, la France est un pays multi -communautaire, c'est ainsi. La matrice jacobine qui a permis de si bien assimiler et de détruire en partie les particularismes régionaux, parfois de manière violente, n'est plus adaptée au défi représenté par les nombreuses populations, des millions, qui se sont installées ici. Trop tard sur ce point je rejoins l'auteur, on ne pourra réaliser ce dont on a été incapable il y plus de 30 ans. Soyons réalistes, la rémigration est un fantasme, et leur donner 48 heures pour faire leurs valises est aussi un fantasme, le premier en mode esthète et intello le second en mode trash. enfin bravo à l'auteur qui propose un peu le seule piste que les gens de droite et la patriotes de veille souche et de souche plus incertaine se doivent d'explorer sauf à vouloir du sang et des larmes.