Le visage d'Eric Zemmour

Publié le 14 Octobre 2014

Le visage d'Eric Zemmour

Il faut regarder le visage d’Eric Zemmour de ces derniers jours pour comprendre que quelque chose s’est passé. Que quelque chose est passé. Sur lui, et aussi, par lui. Je me rappelle son visage lors de ses premières années en tant que star médiatique : Zemmour parvenait, en toutes circonstances, à conserver son air bon enfant, ses yeux rieurs et complices, y compris avec d’infâmes invités à qui il venait juste d’assener deux ou trois vérités. Zemmour, c’était le gentil mec, le sympathique, le seul qui pouvait faire rimer réactionnaire avec débonnaire, celui qui n’était pas d’accord avec la guimauve de la pensée télévisuelle, mais qui terminait toujours en riant, comme si, au final, tout cela n’était pas si grave. On a beaucoup glosé sur la judéité de Zemmour qui seule, semblait-il, le protégeait dans l’espace médiatique, compte tenu de tout ce qu’il pouvait y dire. On a beaucoup entendu que si Zemmour avait été un catholique blond aux yeux bleus d’un mètre quatre vingt, il eut été catalogué comme "nazi" et aussitôt exclu du PAF. Je crois que l’essentiel n’était pas là ; sa longévité, il la tenait plutôt de son côté accommodant, de son air bienveillant : il la tenait de son visage souriant. N’importe quel personnage issu de son école de pensée (gaullo-bonapartiste, en somme : patriote), en face d’un BHL ou d’un Edwy Plenel, à l’écoute des mensonges des uns ou des naïvetés des autres, eut fini par sévèrement froncer les sourcils, par hausser la ton, par croiser les bras ou au contraire les déplier pour atteindre le nez de ceux d’en face. Pas Zemmour. Depuis 2003 qu’on le voit à la télévision jusqu’à aujourd’hui, jamais il ne fut grave, ou très rarement. On obtient tout avec une arme à la main disait Al Capone ; à la télévision, on obtient tout avec un sourire plaisant. Zemmour s’est battu des années contre la pensée moderne avec la meilleure des armes modernes, une arme féminine qui plus est : la gentillesse. Grâce à elle, il est passé par toutes les mailles du filet, on l’a gardé, on l’a fait intervenir, on ne l’a pas vu venir, et au final, il les a tous battus. La société a changé, la gauche morale s’est écroulée – quelque chose s’est passé – Zemmour a triomphé chez les téléspectateurs. Et c’est alors que quelque chose s’est aussi passé sur le visage d’Eric Zemmour. Je le regarde depuis plus d’une semaine, tandis qu’il écume les plateaux télé pour la promotion de son livre Le suicide Français. Son visage s’est durci subitement, il ne sourit plus, ou moins, et il affronte avec une gravité nouvelle les attaques de tous les prêtres médiatiques qui sentent bien que c’est encore par aménité que Zemmour a parlé de suicide plutôt que de meurtre, sans quoi ils eussent tous été sur le banc des accusés. Le visage d’Eric Zemmour s’est transformé. Il parle désormais sans légèreté de la mort de ce qu’il aime passionnément, la France, son pays, son enfance, et ses rêves de maréchaux napoléoniens éclaboussant de gloire la grande nation. Il sait que tout cela est mort et n’a plus envie de le dire en riant pour faire plaisir aux Ruquier ou aux Domenach. Il parle désormais d’autorité, car il sait que les Français – je veux dire : ceux qu’il reste – sont avec lui et partagent, sinon ses vues, au moins son désarroi. Zemmour n’a plus à jouer désormais, il est devenu grave, plus sombre, plus solennel ; médiatiquement, il n’a plus de visage bon enfant ; c’est un homme maintenant. D’une certaine manière, ce visage est l’heuristique de l’époque dans laquelle nous sommes entrés, car le temps de la dérision est passé, révolu par la réalité dure et violente ; le tragique reprend peu à peu ses droits sur l’Histoire et le temps des hommes revient.

Zemmour, sans conteste, en est un.  

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Testou 10/02/2015 08:51

mouais... Il s'inscrit Dans la tradition des reprises des mouvement de foules, 68, Coluche, "touche pas à mon pote", l'antiracisme, maintenant la droite "des valeurs" issue de la dissidence des dieudonné-soral.

L'articulation des facettes et des jeux de relations finissent toujours par faire l'intérêt d'une communauté sioniste. Qui, de toute façon, se trouve au sommet de l'état depuis bien trop longtemps...

Le reste, c'est du vent, car de toute façon on oubliera Mr Rochedy comme on a oublié qui était le premier ministre de VJD. La mort ne trompe pas, à chaque secondes qui passes, vous vous dirigez vers la mort... 4 murs qui ne mentent pas.

N'oubliez pas la mort Mr Rochedy, car elle, elle ne vous oublie pas... N'oubliez pas que ce sont les combats les plus durs qui font les hommes. Abraham, Jésus, Mohammed...

Dd 18/11/2014 00:34

"eut fini par sévèrement froncer les sourcils"
eût fini
c'est un subjonctif à valeur de conditionnel

LE PIC 20/10/2014 12:58

Très bien formulé, bravo. Le malheur de notre époque réside principalement dans ce manque de courage physique qui veut qu'on n'est pas entendu ni écouté quand on fait face avec des convictions ancrées. Je finirais par une boutade . Quand on entrait dans un popote militaire , on pouvait dire par provocation bien française : "salut les hommes et tant pis si je me trompe !" . En arrivant chez Ruquier ça ferait surement son effet ! Trom Xua Snoc
Un hussard sur le toit.

De preval 17/10/2014 16:43

Zemmour on vous aime !! Vous dites tout haut ce que les gens pensent tout bas

robin 15/10/2014 15:04

Pendant le tragique, le dérisoire - et donc la dérision - continuent. En fait c'est la dérision Canal+ qui en prend un coup ces derniers temps....

En fait, un honnête homme devrait pouvoir être à la fois Jean Mermoz et Jean Yanne, un héros et un cynique, l'un aussi français que l'autre....