Sarkozy : à peine revenu, déjà déçu.

Publié le 22 Septembre 2014

Sarkozy : à peine revenu, déjà déçu.

Oserai-je le dire ? Le retour imminent de Nicolas Sarkozy commençait à exercer sur moi, sinon une certaine fascination, au moins une vive curiosité. C’est que les retours en politique sont presque toujours des épisodes romanesques dont le charme bonapartiste, du retour de l’Ile d’Elbe à la « résurrection » de 1958, ne peuvent, bien entendu, que me faire vibrer. Je regardais de loin cet homme en qui je n’avais jamais cru, y compris en 2007 quand nombre d’amis se jetaient alors dans ses bras ; je le regardais entouré d’affaires et trainant indéniablement un bilan nullissime de cinq ans à l’Elysée, gâchés par des promesses non tenues et une pratique du pouvoir finalement pas si différente que ça de ses prédécesseurs. Je le regardais de loin, lui qui semblait profiter de sa vie bourgeoise avec sa Carla, entre un match au parc des princes et une conférence à New York. Je le regardais vivoter pendant que l’UMP mourrait, incapable de se trouver un chef chez les cadres et les cadrés que son départ avait laissé orphelins. Je me disais, avec les médias, que cette petite boule d’énergie aux accents parfois virils finirait par revenir et retrouver son trône parmi les leudes de « droite », et je dois dire, pour être honnête, que dans un contexte de vacuité politique totale, je commençais presque à me dire que ce bonhomme pourrait peut-être apporter quelque chose d’intéressant au débat politique. Quand je dis « intéressant », je ne dis pas forcément pour la France ou pour les patriotes, mais quelque chose qui a à voir avec l’audace, ou, je ne sais pas, même au culot ou au bluff. Peut-être un coup d’éclat en quelque sorte, une déclaration fracassante, une posture éblouissante. Un vrai retour captivant en somme.

 

Eh bien c’est raté.

 

Ca m’apprendra de m’être laissé aller au romantisme : même en ce domaine, Sarkozy n’est pas au niveau. Oh, il serait quoiqu’il en soit resté un adversaire, mais au moins, avec un vrai retour, avec un peu d’audace, il aurait gagné mon respect. Même pas : il a suffit que je regarde son long entretien au journal de France 2 pour me convaincre que cet homme n’était décidément qu’en surface, et que le drame, dans cette affaire, c’est que cette surface lui suffit quand même pour écraser en une seconde tous ses concurrents de droite. C’est dire le niveau de la politique actuelle…

 

Les premières minutes de son entretien commencèrent pourtant bien, car ce style détendu, assez nouveau chez lui, lui va plutôt pas mal. Même dans la voix quelque chose semblait un tantinet changé. Allait-il nous surprendre ? Non : le reste fut plat et tout à fait médiocre. Nous avons compris qu’il est de retour contre Hollande en personne, mais sûrement pas en idées. Les propositions économiques esquissées ne furent que du Valls dans le texte : de la petite micro-économie sans innovation et sans brillant : « il faut baisser les charges des entreprises », ce que tout le monde admet bien volontiers, mais qui reste, au final, la seule et même doxa de toutes nos élites économiques depuis quelques années, de droite comme de gauche, une politique de l’offre sans relief qui, si elle ne s’accompagne pas dans le même temps d’une politique de la demande et d’une véritable restructuration courageuse en macro-économie (politique monétaire, protectionnisme, etc.), ne jouera en rien ni sur la croissance ni sur les emplois. Il y eut aussi le petit couplet sur la volonté d’une « politique de croissance » au niveau européen, soit exactement ce que nous assènent et Hollande et Valls depuis 3 ans. En somme : Sarkozy ne revient ni sur une politique assumée vraiment libérale (remise en cause claire des 35h, détricotage de tous nos acquis sociaux, etc.) ni sur une politique souverainiste, avec une volonté de redonner le pouvoir économique à la France. Un néant complet donc. On devine quel va être le débat économique entre Sarkozy et Valls des deux prochaines années : un vieux débat de chiffres pourris, entre une économie de 3 milliards que l’un préconisera de réaliser ici tandis que l’autre voudra la réaliser là, entre un allégement d’impôts sur les entreprises que l’un voudra sous cette forme plutôt que sous celle là, tandis que l’autre dira le souhaiter de cette façon, etc. Bref, rien de nouveau sous le soleil. Rien en tous cas qui puisse élever le niveau ni relever la France.

 

Car sur le reste, l’entretien de Nicolas Sarkozy en dit long : il a soutenu la politique étrangère de François Hollande, il a fait un tour de passe-passe magistral sur le Mariage homosexuel, indiquant clairement, pour ceux qui ont compris, qu’il ne reviendra jamais sur cette loi. Pour être honnête, il a, sur la politique migratoire, exprimé le désir de reformer Schengen, ce qui n’est pas imbécile, certes, mais il n’a pas dit que la commission européenne y travaillait déjà, sans que cela ne change au final quoique ce soit puisque la volonté d’immigration en Europe ne bougera pas d’un iota.

 

Que lui est-il resté par conséquent ? Une petite polémique sur la maladresse de Macron à propos des illettrées de Gad. A ce stade, on comprend. Sarkozy va nous faire du Copé : une opposition en carton sur des petites phrases et des petites polémiques, loin, très loin, d’un véritable affrontement entre deux projets pour la France.

 

Voilà. A peine revenu, Sarkozy déçoit. Je le répète, même si je ne l’eusse pas soutenu, je l’eusse peut-être respecté, et peut-être aussi un peu admiré s’il était revenu avec audace et brio. Nous aurions eu en face de nous un véritable adversaire. Au lieu de cela, nous avons un type qui n’est même pas à la hauteur de son retour. Finalement, il est aussi médiocre que Hollande. 

Publié dans #journal

Repost 0
Commenter cet article

mireille 22/09/2014 11:15

Excellent comme d'habitude. 100 % en accord sauf pour "brio" !!! Merci de vos interventions chaque fois de mieux en mieux maîtrisées et bonne chance pour la suite car vous en aurez besoin.