Vienne la pluie, viennent les films.

Publié le 21 Juillet 2014

21/07/2014

 

Je profite de ces vacances et de la pluie pour me faire* une culture cinématographique (un prétentieux dirait « refaire », comme ceux qui disent invariablement qu'ils relisent tel ou tel classiques pour ne pas avouer, qu'en fait, ils les découvrent). Évidemment, mon goût développé et coupable pour les dernières sorties m'ont quand même fait voir quantité de merdes au milieu des chefs d’œuvre. Pour n'en citer qu'une, « Noé » de Darren Aronofsky avec le pourtant excellent Russell Crowe, le seul qui surnage d'ailleurs (simplement grâce à sa bonne gueule) dans ce déluge de clichés et de dialogues insignifiants. Nullissime ! Mais quand même, pour rire un peu, bons points à Noé expert en maniement des armes, aux tenues ultra-seyantes des héros, aux anges déchus et aux bestioles en images de synthèse facturées début années 2000, au méchant forcément très méchant et aux hurlements d'Emma Watson, insupportables et pas du tout crédibles.

Vienne la pluie, viennent les films.

Bref, je suis allé voir du côté de Delon, qu'en fait je ne connaissais surtout qu'à travers sa légende et très peu dans ce qui la permise. J'ai regardé coup sur coup Plein Soleil et Le Guépard.

Vienne la pluie, viennent les films.

Je connaissais déjà le très machiavélique scénario du roman de Patricia Highsmith qui me fait penser à une sorte de bovarysme extrémiste. Le syndrome de Mme Bovary, défini par Jules de Gaultier comme étant « le fait de se concevoir autre que ce que nous sommes » semble ici poussé à sa logique extrême : non content de s'imaginer et de se vouloir autre, Tom Ripley va assassiner cet autre et prendre sa place. Naturellement, c'est un régal.

 

Pour continuer sur l’évocation du bovarysme, je resterai au XIXe siècle, car, finalement, ce roman et son film me rappellent des histoires très françaises à la Rastignac, lesquels, Rastignac et autre Julien Sorel, seraient simplement mues par une logique beaucoup plus perverse et surtout bien plus prêts à tout. Une logique beaucoup plus moderne en somme.

 

En fait, si je songe à ces héros, c'est que je m'attache à Tom Ripley avec le même sentiment qui crée mon affection pour ses illustres prédécesseurs : celui d'une tendresse pour l'homme de rien qui doit supporter la morgue des nantis et pense que, les valant cent fois, il doit et peut prendre leur place. Quant aux moyens utilisés pour ce faire, c'est un dilemme qui court dans toute la littérature et dans tout notre imaginaire. Certains peuvent aller jusqu'au crime, et, d'une certaine façon, il y a dans Plein Soleil un thème qui rappelle aussi Crime et Châtiment de Dostoïevski, mais un Crime et Châtiment dénué définitivement, lui, de toute moralité.

 

La réalisation du film et le jeu d'acteur souffrent toutefois un peu, je trouve, du temps qui a passé. Mais le visage et le regard de Delon, notamment lors des scènes de séduction de la fin avec Marge, restent absolument fascinants.

Vienne la pluie, viennent les films.

Ayant terminé Plein Soleil, je suis passé au Guépard. Inutile que je ramène ma fraise sur le film, en lui-même, de Luchino Visconti, car il ne viendrait à l'idée de personne de discuter d'un chef d’œuvre pareil. Je parlerai plutôt de ce qu'il m'a surtout évoqué :

 

A en juger par la persistance du thème du Guépard dans énormément d’œuvres européennes, tant romanesques (c'est, là encore, presque tout le XIXeme siècle) que cinématographiques (de La grande illusion aux Visiteurs, si vous me permettez) j'en viens à penser que le passation de pouvoirs entre l'aristocratie et la bourgeoisie reste un véritable traumatisme européen qui s'exprime encore, soit consciemment par des maîtres comme Renoir ou Visconti, soit inconsciemment par lapsus esthétiques et éthiques. Il est révélateur que ces œuvres révèlent toujours un aristocrate beau, digne et charismatique en face d'un petit bourgeois vil et médiocre, lequel se développe toutefois pendant que l'aristocrate se voit le témoin d'un monde – le sien – qui disparaît.

 

Il y a dans l'âme européenne une nostalgie qui parfois ressort pour un monde autrefois dirigé par des hommes et des valeurs aristocratiques qui, je trouve, n'en a que plus d'acuité aujourd'hui alors que les bourgeois et leurs valeurs ont totalement triomphé. Cette nostalgie et ce parfum se retrouvent très souvent dans les productions mentales européennes, tandis qu'ils sont totalement absents des productions mentales américaines (l'équivalent, aux Etats-Unis, serait l'évocation du Old South dans les films, la littérature et la mémoire).

 

Alain Delon, quant à lui, est absolument magnifique, et, en le voyant si beau, je ne peux réprimer cette fierté patriotique bizarre de l'appartenance qui me fait murmurer, heureux : « cet homme est Français ».

 

Quant à l'ardente Claudia Cardinale, sa poitrine haletante, devant le lit baldaquin d'une des pièces du palais de Tancrède, a dû sans doute accélérer le réchauffement climatique. On n'entend pas les écologistes là-dessus. C'est un tort.

Vienne la pluie, viennent les films.

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Christophe 21/07/2014 07:47

Cher julien....ami patriote

et dire qu'alain delon est en train d'etre sali pour ces recentes positions...certaines ont donc oublié l'effet humidifiant dans leur petite culotte et certains l'envie démesurée de lui ressembler ....on est vite jeter en pâture
bref ...delon est et restera notre plus grand acteur bien français. ...
au plaisir de te lire julien
amitiés patriotes