Le marteau du FNJ

Publié le 18 Juillet 2014

Le marteau du FNJ

Gueule de jeune premier, allure négligée chic, grande aisance verbale… Au premier abord, avec sa barbe de trois jours, son oeil de velours et ses vêtements soigneusement choisis, on pourrait confondre Julien Rochedy, porte-parole du Front national de la jeunesse, avec n’importe quel carriériste en herbe des "jeunes pop" de l’UMP – disons, au hasard, Benjamin Lancar… Ce serait une erreur. Car une chose distingue fondamentalement le jeune loup du FNJ de l’unterschtroumpführer présidant maladroitement aux destinées des petits bleus : c’est le fond. Rochedy n’est pas un moderne mais un archaique, au sens aristotélicien du terme – un traditionnel adapté à son temps. Il n’a pas seulement une tronche bien faite, il a aussi une tête bien pleine et une colonne vertébrale ajustée au profil. Ajoutons – pour désespérer les jaloux – qu’il n’est même pas gay ! Au vrai, bien plus qu’à un lider minimo poussé en graine, Rochedy fait penser à un personnage de son roman préféré, les Deux étendards, de Lucien Rebatet : un jeune lyonnais romantique monté à Paris pour découvrir la vie.

Il est né à Tournon-sur-Rhone en 1988 : "Famille moyenne, parents divorcés, mon père se moque de la politique, ma mère voit la vie en rose…" En 4, il est viré du collège, se rattrape aux branches, passe son bac, entre à la faculté de Lyon III où il décroche un master de Relations internationales – et rencontre des militants du FN. En 2007, il bataille "à fond" pour Jean-Marie Le Pen. A 21 ans, il écrit son premier livre, Le Marteau, cri de colère d’un jeune capable de comprendre pourquoi les choses ont toujours très mal marché, mais persuadé qu’il faudrait quand même essayer de changer la donne. Jean-Marie Le Pen a pris la peine de lire l’ouvrage, l’a apprécié et, depuis, surnomme affectueusement Rochedy le Marteau… Et l’on comprend pourquoi le Menhir a le Marteau à la bonne : à peine majeur, Rochedy s’est lancé dans une traversée de la Mongolie en solitaire ; il refuse de réduire l’être humain à un simple consommateur ; plus tard, il se réserve la possibilité d’une carrière militaire "pour l’aventure et pour servir la France" ; comme jadis Pierre Boutang (et toutes proportions gardées), il peut philosopher inlassablement, boire sec, fumer comme un sapeur, tomber les filles, débattre des heures durant avec les plus obtus partisans de la bêtise à front de taureau et, lorsque les mots ne suffisent plus, conclure la joute verbale par "une mandale dans la gueule". Voilà sans doute pourquoi le Marteau est aussi le protégé de l’historien Bernard Lugan.

Son parcours est suivi en haut lieu. En juin dernier, il a passé le premier test : alors que Rochedy milite tranquillement en Rhone-Alpes, Nathalie Pigeot, patron du FNJ, le prévient, la veille pour le lendemain, qu’il est attendu sur le plateau du Ring de Michel Field, à LCI. C’est un succès : à l’issue de l’émission, on lui propose de devenir porte-parole du FNJ pour la présidentielle et président des "Jeunes avec Marine". En septembre, il a débarqué à Paris pour s’occuper de la propagande du FNJ (site Internet en chantier, journal "Les Matelots", affiches, tracts, autocollants). Tous les mercredis, au Forum (165 rue Jeanne d’Arc, Paris XIII, à 18h), il anime des réunions de formation suivies d’un débat sur un sujet d’actualité déterminé à l’avance. "Nous projetons aussi de développer un système d’entraide pour les études, trouver une chambre ou un job aux militants, etc." Le reste du temps, il multiplie les actions militantes symboliques (jouer au poker devant les banques, distribuer des livres au PS) et gère l’organisation interne du FNJ avec Nathalie Pigeot et Paul-Alexandre Martin également lyonnais. Certes, il lui reste des choses à apprendre : lire Jacques Perret ; préférer l’épopée napoléonienne racontée par Georges Blond plutôt que par Max Gallo ; boire du single malt dans des verres adéquats… Cela viendra. Pour l’instant, il s’escrime à apprendre par cœur les dix crus du Beaujolais – région où il défendra les couleurs du FN aux législatives. Comme les héros des Deux étendards, il jouera donc une partie de son avenir sur la colline de Brouilly. En veillant à ce que la mystique ne tourne pas (trop) en politique.

Paru dans Minute en janvier 2012.

Publié dans #Portrait-s

Repost 0
Commenter cet article