Publié le 19 Juin 2017

 

Nous avons un avantage sur les militaires, nous les politiques. Et pas des moindres. Pendant que dure l’hallali, nous, nous pouvons tenir journal, alors qu’un soldat doit prendre ses jambes à son coup. Peut-être, cependant, serait-il plus sage de s’esbigner franchement à l’instar de tous bons soldats en déroute. Peut-être bien. Mais nous sommes saufs de corps : il n’y a que notre moral qui branle. Alors, écrivons. Des carnets de déroute, sans doute bien plus significatifs que tous les carnets de campagne qui pointent lors des séquences électorales.

 

Une déroute de qui, au juste ? De nous. Qui ça, nous ? C’est bien là le problème. Comme en une eucharistie, nous nous sentons, nous nous savons, nous nous touchons, mais nous ne nous voyons pas. D’instinct, nous disons « nous », alors que nous n’avons même pas de nom. Les patriotes peut-être ? Les souverainistes ? Les identitaires ? Les conservateurs ? Nous, la droite ? Quel est donc ce camp sans enseigne ? Nous ne sommes que des fantômes sans nom attachés aux mânes – et qu’un fantôme aime les mânes, voilà, après tout, qui est bien naturel.

 

Être attachés aux mânes procure déjà une surface, comparés à tous ceux qui n’en ont plus rien à foutre des ancêtres. Mais de cette surface, nous n’en faisons rien, nous la laissons évanescente comme un Esprit sain qui chercherait en vain à s’incarner. Nous communions ! Ah certes, nous communions. Dans nos dégoûts en commun. Nous n’aimons pas l’immigration, qui change trop violemment le visage et le cœur de notre vieille et chère patrie. Nous n’aimons pas qu’on nous donne des ordres, à nous, vieux mousquetaires Français, surtout s’ils viennent de Berlin (Berlin qui, au passage, passe toujours par la Belgique – aujourd’hui : Bruxelles – avant de gouverner Paris), de Washington ou de Londres. Nous n’aimons pas tellement la nouvelle morale humano-progressiste qui a remplacé notre vieux fond chrétien et viril, celle qui dégouline d’odes à la modernité, à l’égalitarisme, au sans-frontiérisme, aux nouvelletés, à l’individualisme, au « sociétal ». Nous n’aimons pas des masses l’Etat-Zombie, celui qui dévore désormais ses enfants, mettant que trop sa main dans nos poches pour financer on-se-sait quelle nouvelle gabegie, et nous aimons encore moins cet Etat quand il ne fait rien pour nos pauvres gens des périphéries et des campagnes. Nous vomissons en cœur une école qui ne transmet plus rien, une nature qui s’enlaidit et notre ancienne gloire qui s’affadit devant nous à mesure que le temps passe. Nous vomissons bien, pour sûr. Puis nous restons l’estomac vide. Déboussolés et turbides, il ne nous reste plus qu’à avaler notre vomis pour le vomir à nouveau : après Hollande, voilà Macron, en attendant sûrement le prochain.

 

Nous ne sommes plus rien de sérieux et nos quelques incarnations n’ont de nous que notre caricature. La droite d’Orléans d’un côté, composées de petits bourgeois médiocres, ceux qui, en définitive, n’eurent pas assez de facultés pour gagner mieux dans le privé et qui s’en retournèrent dans la politique. Ceux qui n’ont rien en tête sinon une calculatrice, comme dirait Buisson. « Pas touche au grisbi, salope ! » dit-elle à Macron en songeant à la CSG et aux « dépenses publiques ». Mais voilà donc sa seule réplique dans le film : quand elle veut dire autre chose, elle s’aperçoit que le déficit de sa culture est disputé par celui de son imagination. Elle n’a plus ni l’une ni l’autre. Alors, elle pose son cul dans quelques manoirs de la Sarthe ou quelques beaux appartements du 7eme parisien. Elle n’a rien à dire, mais le dîner sera toujours prêt pour elle, même si, pour l’heure, il s'agit d'une soupe. De l’autre côté, il y a les populistes. « Nous sommes le peuple ! » hurlent-ils en se prenant pour Lénine, ayant oublié que nous ne sommes plus à « l’ère des masses » qu’étudiait Gustave Le Bon, ni même que ses électeurs ne sont pas communistes. Le FN n’a pas de pif. Il sent mal, sauf la merde, et il ne parle donc que d’elle. Ceux qui y vivent votent dès lors pour lui, mais, fort heureusement, si la merdre croît, pour paraphraser un moustachu, elle n’a pas encore gagné de toutes parts. Durant cette campagne, le FN aura réussi l’exploit de conjuguer le pire de l’intellectualisme (« l’union des souverainistes de gauche et de droite », comme des intellectuels de salons avaient théorisé jadis l’union des communistes et des nationalistes), le pire du populisme (nous sommes le peuple ! A bas les élites ! Et vas-y que j’parle comme une poissonnière, bah dis donc !) et le pire du progressisme (kikou les petits cœurs de l’équipe Philippot, si mignoooonns). Exploit notable, qui nous rappelle cette dure vérité que les tenants de la décadence sont souvent moins décadents, à titre personnel, que ceux qui sont censés s’opposer, justement, à cette décadence.

 

Carnets de déroute, donc. Ils auront certainement quelques lecteurs. Espérons toutefois que je les arrête rapidement, car, Bon Dieu, malgré toutes ses turpitudes, je crois encore en ce foutu pays. Il y aurait tant à faire…

Ah…

Le vent se lève, il faut tenter de vivre !

On verra demain !

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Publié le 27 Mai 2017

Cet article fait suite au numéro 4200 de Valeurs Actuelles (du 25 au 31 mai 2017)

 

Je lis dans le Valeurs Actuelles de cette semaine un dossier complet sur la droite, c’est à dire celle qui part de Laurent Wauquiez jusqu’à l’aile droite du FN, en passant par Sens Commun et, dans une moindre mesure, Nicolas Dupont-Aignan. En résumé : cette droite qui se cherche et qui n’est bien nulle part, en particulier dans les partis politiques existants. Ce « point » réalisé sur la droite véritable est sans doute le premier d’une longue série, car, à moyen-terme, tout porte à croire que le sujet de la refondation de la droite, face à Macron, et face au FN version PCF souveraino-souveraniste, sera un thème politique majeur de ces prochaines années. Occasion pour nous de faire quelques commentaires.

 

Les partis politiques ont échoué

 

Le premier de nos commentaires portera sur la nature et l’efficience même des partis politiques pour porter nos idées. Une leçon de la campagne présidentielle fut le rejet des partis politiques classiques (Les Républicains, le Parti Socialiste, le Parti Communiste, et, dans une certaine mesure, le Front National) pour privilégier plutôt des mouvements de types nouveaux tels que « En Marche » ou « Les insoumis ». Ce processus entérine la défiance vis à vis des vielles structures et la goût pour les nouveautés, propre à notre siècle. A droite, une véritable réflexion doit s’opérer sur le sujet, car s’il y a bien dans un camp que les partis ont échoué plus qu’ailleurs, c’est chez nous. Regardons les choses clairement : les deux partis existants, Les Républicains et le Front National, sclérosent les bonnes volontés et entrainent dans leur pesanteur tout espoir de refondation véritable. L’un et l’autre s’assoient sur leur base électorale et sociologique, les stérilisent et les condamnent à l’impuissance. L’appareil politique des Républicains est gangréné par une multitude de centristes ayant plus à faire avec Macron qu’avec le moindre petit électeur qui votait auparavant RPR. Dès lors, les militants peuvent voter, lors de leur Congrès, pour des motions de « droite forte » ou de « droite populaire » sans infléchir aucunement la tendance lourde du mouvement à basculer toujours au centre. Cette droite, face au défi Macron, a déjà commencé à se fissurer. Quant à celle qui tient encore un peu debout, elle se prépare, contre Macron, à fabriquer une opposition qui se limitera à des questions économiques d’importance ridicule, sinon absurde. Déjà, dans cette campagne législative, l’opposition se cristallise autour des points de TVA ou de CSG. Baroin a tenté une sortie pour définir sa droite, et celle-ci se circonscrit manifestement à la question des impôts. Qu’est ce qu’une droite dont le seul projet de société serait de baisser les impôts ? Et pourtant, Wauquiez mis à part, la plupart des impétrants aux législatives, du côté des Républicains, n’ont que cela en tête, étant entendu que les leur ne sont, hélas, ni bien faites ni bien remplies.

 

Du côté du FN, Marine Le Pen s’est enfermée dans un piège dont elle ne pourra sortir sans difficultés majeures. La toute-puissance stratégique qu’elle a laissée à Philippot, couplée aux philippotistes bien placés pour les législatives, la met face à un dilemme inextricable. Florian Philippot ayant habilement, et, aussi, notons-le, courageusement, brandi la menace de son départ en cas de modification de sa stratégie (notamment sur l’euro), Marine Le Pen se doit de choisir entre deux inconvénients : soit elle ne change rien, sinon la façade, et persiste à donner un chèque en blanc stratégique à son lieutenant, ce qui l’expose, en conséquence, à subir une fronde majeure à l’intérieur même de son mouvement, soit elle assume un revirement stratégique et souffrira sans discussion du départ de Philippot et de ses hommes. Si elle opte pour la deuxième solution, Marine Le Pen sait qu’elle connaitra alors les foudres médiatiques qui ne manqueront pas d’interpréter son départ comme l’échec de la professionnalisation et de la dédiabolisation du FN, deux éléments que Philippot a su, bien illégitimement, incarner à lui tout seul dans le vieux parti nationaliste. Marine Le Pen est donc bloquée, et elle est trop intelligente pour ne pas le savoir. Ceci n’est, sans doute, pas étranger à la petite dépression qui la mine actuellement. Hélas pour elle, il lui sera de toute façon difficile d’opérer un virage de 180 degrés sur sa stratégie : son débat a laissé trop de traces et il lui sera impossible d’incarner demain celle qui pourrait rassembler la droite. En conséquence, le FN, même sous un nouveau nom, risque de stagner bien inutilement dans les années à venir. Il ressemblera de plus en plus au PCF des années 70 : assis sur une grosse base populaire mais incapable de le dépasser, il stérilisera tout une partie de l’électorat sans promesse de victoire. Gageons que de nombreux cadres de ce mouvement se contenteront de cette rente électorale pour continuer de gagner leur vie et d’empêcher aussi, à l’instar des Républicains, toute refondation utile.

 

Les orphelins

 

Au milieu de ces engeances, désespérés et lucides, vont vivre de plus en plus d’orphelins qui ne se reconnaitrons plus dans ces deux vieux partis ‘’de droite’’ (les guillemets sont, hélas, de rigueur). Même si ces gens seront nombreux, intelligents et plein de bonnes volontés, ils vont s’exposer à deux soucis majeurs : d’une, nous venons de l’évoquer, à la pesanteur des partis existants. De deux : aux attaques continuelles de la gauche et de ses relais médiatiques. Ceux-ci ont déjà compris que le danger, pour eux, pourrait venir de là, et ils ne manqueront donc pas de diaboliser tout rapprochement de la droite. Je le vois rien qu’à mon échelle : à la question « pourrais-tu participer à cette refondation de la droite ? » suit toujours immanquablement « ne penses-tu pas que tu es trop grillé ? ». Autant que je sache, je ne grille qu’au soleil. Et pourtant, cette question, étonnamment, se pose, vicieuse, malveillante, perverse au possible. Moi ? Grillé de quoi ? D’avoir rejoint le FN quand j’avais 20 ans pour le quitter ensuite ? Cela grille ? Jusqu’à quel point ? Ridicule. Et le même procès est intenté, sous des intitulés différents, certes, aux membres de la droite véritable, à Sens commun, aux buissoniens en tous genre, censés vouloir faire « gagner Maurras » plutôt que la France, et tutti quanti.

 

En conséquence, et ce sera là notre deuxième commentaire, cette droite qui veut vivre et gagner aura pour deux objectifs d’être capable de penser, d’abord, en dehors des partis existants (un mouvement d’un type nouveau se monte tellement vite…), puis de savoir résister aux journalistes et aux oukases. Non, cette droite n’est pas d’extrême-droite. Nous en avons assez de cette façon de penser diabolique qui consiste à situer à l’extrême-droite tout ce qui n’est simplement pas de gauche. L’extrême-droite répond à une définition politique assez claire : racisme, antisémitisme, volonté de prendre le pouvoir par la violence. Cette droite qui veut vivre n’a donc aucune de ces caractéristiques et elle porte seulement des valeurs, une vision, un projet, qui, certes, ne sont pas de gauche. Elle est la droite, point final.

 

Aussi, si ses représentants parviennent à injecter dans leur sang un peu de fronde, pour échapper aux partis, et un peu de courage, pour cesser de trembler face aux journalistes, l’espoir lui sera rendu. C’est à ces conditions qu’elle pourra être une force, et une force, permettez-moi, en marche.

 

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Publié le 2 Mai 2017

A propos de l'élection présidentielle Française. A destination des électeurs de François Fillon. 

Beaucoup de Français hésitent encore pour le deuxième tour de l’élection présidentielle française de 2017. Ils n’apprécient pas Macron, candidat surfait et faux dans bien des manières, héritier honteux – mais héritier quand même – d’un quinquennat honni. Mais en face, Marine Le Pen leur fait peur. Ils acquiescent à certaines de ses sorties, ils la trouvent courageuse, parfois même sympathique, mais doutent de sa capacité à présider la France. Ils craignent par dessus tout l’embrasement général et, disons le pour eux, la perte définitive des quelques acquis qu’ils possèdent encore. « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » dit un dicton populaire. La bourgeoisie française résume son esprit actuel par ce bon sens populaire. Ceux qui, en effet, ont pu se maintenir dans le cadre de la mondialisation, ceux qui possèdent encore quelques biens, des petites économies, un travail ou une rente, craignent le saut dans l’inconnu. On l’a vu dans les statistiques électorales : pour la plupart, ceux qui votèrent Marine Le Pen au premier tour sont ceux qui n’avaient plus rien à perdre, ou qui ont été gagnés par le fatalisme. Economiquement, ce sont des perdants, ou, savent-ils d’instinct, des futurs perdants. Pour la bourgeoisie, l’affaire est différente. Qui détient ne peut se résoudre au pire. Ce qu’on détient, on espère pouvoir le conserver encore. Alors, si Macron n’est pas la panacée, au moins pensent-ils que cela n’empirera pas, ou alors que la chute, constante depuis quelques décades, continuera à un rythme somme toute acceptable – supportable. Les yeux fermés et la mort dans l’âme, ils voteront donc Macron le 7 mai 2017.

 

La bourgeoisie et le populaire, pourtant, ont beaucoup de choses en commun, et peut-être la plus essentielle d’entre toutes : à eux deux, ils sont encore l’ancienne France qui demeure. Pendant longtemps, ils se regardèrent en chien de faïence : la lutte des classes faisait rage, mais tout ce conflit social se déroulait, en définitive, entre Français. C’était une affaire de famille, ni plus ni moins. Aujourd’hui, la donne est différente : cette ancienne France a perdu pied et se réduit partout à peau de chagrin. Deux catégories les remplacent petit à petit : une nouvelle bourgeoisie mondialisée, en Nike, en anglais et en starts-up, se substitue à l’ancienne bourgeoisie française ; quant au populaire Français, c’est tout un prolétariat et un lumpenprolétariat venu du Tiers-Monde qui lui disputent désormais sa condition existentielle. En fin de compte, ce que partagent les deux branches de l’ancienne France, c’est l’insécurité, qu’elle soit économique ou culturelle, à des degrés différents, et surtout, à des niveaux de conscience inégaux. Le populaire, lui, a tranché. Il vote et votera Marine Le Pen. La bourgeoisie, elle, tremble trop pour penser et voir correctement. La prochaine sur la liste du déclassement, c’est elle, mais elle préfère encore profiter de la dernière cigarette avant l’exécution plutôt que de tenter une échappée.

 

Cette bourgeoisie devrait regarder à nouveau le chef d’œuvre de Visconti, le Guépard, afin de réfléchir à la sentence qui sous-tend ce film magnifique : « tout doit changer pour que rien ne change ». Marine Le Pen au deuxième tour, rejointe peu à peu de quelques éléments de droite, est une situation inédite. Cette droite a été bien incapable durant des années à s’assumer comme telle et à faire le devoir qui incombait à son camp et à ses idées. Elle en est punie : désormais, c’est de la marge que viendra la recomposition. Cette marge, incarnée par Marine Le Pen, n’est pas parfaite. C’est un fait. Elle hésite, ou paraît hésiter (ce qui, en politique, revient au même), sur ses décisions économiques. Elle souffre encore d’une mauvaise réputation. Elle inquiète, elle interroge, elle fait frémir. Toutefois, certains « moments » historiques dépassent les personnalités qui en sont en charge. Ce qui se déroule sous nos yeux est une recomposition idoine aux exigences de notre siècle. La France qui demeure face à la Cefran qui veut vivre. Une droite nouvelle, qui se construit peu à peu, laborieusement, dans la douleur, mais qui se construit quand même, face à une gauche qui assume depuis longtemps son goût pour une civilisation nouvelle et le changement radical qu’elle dissimule habilement sous le vocable « progrès ». Nous étions habitués à notre ancienne droite et notre ancienne gauche, quand l’une et l’autre n’étaient que le miroir de l’ancienne et éculée lutte des classes. Les deux n’existent plus dans ce second tour et, je le crois, diminueront encore dans les années suivantes. Nous avons changé de siècle, et le clivage politique que nous connaissions doit aussi changer. Telle est la leçon de cette élection présidentielle.

 

L’adaptation est la marque des peuples forts. La bourgeoisie française, celle qui a voté François Fillon, doit s’adapter, sous peine de finir dans les poubelles de l’Histoire. Elle doit prendre en compte le nouveau clivage qui nait, mais doit aussi le prendre en mains, car la marge, Marine Le Pen et le Front National, a besoin d’elle. En joignant Marine Le Pen, alors elle pourra juguler l'hubris populiste, et donc se rassurer elle-même. Ce que le pays et le siècle demandent, c’est d’une grande alliance représentant l’ancienne France dans ses deux avatars, populaire et bourgeoise, pour penser et gérer les temps à venir. J’ajoute, toutefois, que cette alliance ne pourra se faire sur un projet uniquement réactionnaire, ou du « retour à (…)». Cette alliance devra avoir un projet pour l’avenir. C’est ce que, collectivement, nous devons créer et penser. En attendant, nous pouvons déjà commencer par mettre en l’air l'établissement politique en votant, ensemble, Marine Le Pen. A défaut du reste, voilà qui serait déjà un premier pas bien senti pour avancer et, surtout, être à l’heure. En définitive : pour commencer à tout changer pour que rien ne change.

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Publié le 19 Mars 2017

Chronique du livre de Laurent Ruquier "Histoire de la Résistance, de Jean Moulin à Clémentine Célarié" par Libération

-PASTICHE-

Article dans Libération, en date du 4 septembre 2017.  

Chronique du livre : 

Histoire de la Résistance : de Jean Moulin à Clémentine Célarié. Par Laurent Ruquier (Editions Grasset, 2017).

 

Laurent Ruquier n’est pas un écrivain. « Ecrire, ce n’est pas naturel chez moi, je suis vraiment un enfant de la télé, de l’audiovisuel » nous répète-t-il lorsqu’il nous reçoit dans son loft du 4eme arrondissement. « Mais certaines circonstances vous y poussent : j’ai dû trouver cette force ». Cette force, l’animateur le plus populaire de France l’a puisée dans ce qui constitue le fondement de sa philosophie, dans son sentiment le plus profond, le plus ancré, « le plus ardent » nous dit-il : la lutte pour la tolérance. C’est le samedi 18 mars, alors que son émission « On n’est pas couché » continue de régaler les Français de son si délicieux ton caustique, mêlé d’impertinence et d’analyses souvent très justes, que Laurent Ruquier prend le désir d’écrire, afin « d’aider les nouvelles génération à comprendre ». Ce soir là, l’émission est obligée de recevoir Florian Philippot à cause des règles du CSA (dont la légitimité est sujette à caution…). Laurent Ruquier et ses chroniqueurs jouent le jeu du système électoral, dont on sait pourtant, depuis une certaine élection en Allemagne dans les années 30, que celui-ci peut conduire au pire. « Alors que nous nous attendions à une émission sordide et nauséabonde, quelque chose est arrivée d’extraordinaire. Ca m’a changé. ». En effet, tandis que Monsieur Philippot, passé maître dans la manipulation et la dissimulation, comme chacun sait, commence par saluer tous les participants, ceux-ci, déboussolés et pris de court, tendent leur main au doctrinaire d’extrême-droite. « Florian Philippot cherche à serrer la main à tout le monde sur un plateau » analyse Dominique Albertini, spécialiste du FN, « c’est une technique qu’on apprend dans les écoles d’extrême-droite : dire « bonjour » n’est pas innocent. Par ce biais, il compromet son interlocuteur. Il extermine, d’une certaine façon, sa capacité à répondre dans le débat qui va suivre ». Laurent Ruquier a beaucoup réfléchi, depuis, à ce moment crucial de l’émission : « Ce qu’on s’aperçoit en fait, c’est que spontanément, beaucoup de gens sont susceptibles de tomber dans l’horreur du fascisme, pas parce qu’ils sont naturellement odieux, simplement parce qu’ils ne font pas attention ». Il nous confie alors, dans un râle, qu’il n’a pas beaucoup dormi cette nuit là, hanté par cette poignée de main qui ne pouvait que rappeler l’entrevue de Montoire. Mais pourtant, ce soir là, un éclair dans la nuit a illuminé le plateau, prouvant que l’être humain n’est pas condamné à l’horreur. Quand Laurent Ruquier nous raconte à nouveau la scène, c’est dans un émotion qu’il peine à dissimuler : « ce personnage multipliait les serrages de mains, nous étions abasourdis, tétanisés, mais lorsqu’il s’approcha de l’immense actrice qu’est Clémentine Célarié, tendant sa main comme on tend un bras, celle-ci ouvrit légèrement ses bras en signe de protestations, baissa les yeux, et refusa ce qui, a posteriori, s’apparente à de la collaboration. ». Reconnaissons que dans la télévision d’aujourd’hui, celle des Zemmour, des Elisabeth Lévy et des Jean-Pierre Pernot, des grands moments comme celui-ci sont rares. C’est ce souffle qui a donné le désir et la force à Laurent Ruquier d’écrire cette fabuleuse et monumentale « Histoire de la Résistance, de Jean Moulin à Clémentine Célarié » (éditions Grasset, 264pages, 2017). On regrettera peut-être, dans cette histoire pourtant d’intérêt public, que l’auteur passe si rapidement sur Jean Moulin et sur le Général De Gaulle pour en arriver à Benjamin Biolay et Clémentine Célarié (respectivement un chapitre sur Jean Moulin pour quatre sur Clémentine Célarié, plus la conclusion). Cependant, passé ce choix éditorial, force est de constater que l’œuvre de l’écrivain est maîtrisée de bout en bout, nous rappelant à chaque page ô combien est importante la résistance de tous les jours contre la bête immonde. « Je voulais faire partager aux jeunes générations la seule histoire qui fasse honneur à la France, celle de la lutte contre le fascisme, l’obscurantisme, le mal absolu. Par son geste, Clémentine Célarié a renoué avec cette grande Histoire, il ne faudra jamais oublier. ». Réussie, l’œuvre de l’animateur le poussera-t-il à continuer d’écrire ? « Je ne sais pas », répond l’intéressé, « un projet d’adaptation en film est en discussion… Ca me plairait de me lancer dans le cinéma, avec Clémentine Célarié dans son propre rôle. ». Enthousiaste, il continue : « La jeunesse a besoin d’exemples comme ça, car ce qu’il se passe est grave ». Comment lui donner tort ?

 

Laurent Joffrin

 

Le moment héroïque en question

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Publié le 29 Janvier 2017

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Publié le 5 Janvier 2017

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Publié le 31 Octobre 2016

Obama-Trump : les deux frères de l'hyperpuissance symbolique américaine

Dans ce qui révèle avec le plus d’acuité qu’une Nation conduit les destinées du monde, dominant à la fois son époque et ses rivales, sa capacité à projeter des symboles incarnant l’esprit du temps et l’aiguillonnant par la même occasion, est peut-être la manifestation la plus signifiante et la plus suggestive.

Nous connaissons le principe du hardpower américain, sa puissance militaire et sa force de frappe économique ; nous connaissons également l’impérialisme de son softpower, son way of life et ses produits dérivés. A cela pourrait s’ajouter un symbolpower qui permet parfois aux Etats-Unis d’incarner politiquement les enjeux du moment et de les projeter sur le monde, au moins dans sa partie occidentale.

En 2008, le président Barack Obama devenait président des Etats-Unis. Qu’un métis fût élu dans un pays qui connaissait la ségrégation raciale quelques dizaines d’années auparavant, fut célébré partout en Occident comme un totem d’une puissance symbolique magistrale. Ce fut « l’Obamania », une espèce de délire qui fit espérer des millions de personnes à la seule raison de la force symbolique. Barack Obama devint même Nobel de la Paix sans qu’il en sût, de son propre aveu, les véritables et concrètes raisons. C’est, qu’en politique, le symbole tient lieu, justement, de politique. Obama incarnait la destiné d’un Occident mélangé, multiculturel, ouvert à tous, tolérant et pacifié, c’est à dire tel que l’Occident avait envie de se voir.  Le reste eut moins d’importance.

Obama fut incontestablement l’un de ces grands symboles qui jalonnent l’Histoire et lui donne son La. L’Occident tout entier, à la suite des Etats-Unis, dansa sur cet air. Mais il est intéressant d’observer que le symbole Obama appartint à la catégorie de symboles politiques qui achèvent une époque, comme pour la parfaire, qui les désignent comme son expression la plus aboutie tout en la terminant du même coup. L’Obamania couronnait vingt ans d’Occident qui s’était voulu multiculturel, tolérant et sorti de l’Histoire. Mais l’Obamania n’impulsa rien dans le monde : au moment de son couronnement, l’Histoire avait déjà changé d’heure. Obama incarna son époque, mais n’en impulsa aucune. Un noir sur le trône du monde parachevait vingt ans d’Occident qui avait rêvé à cela, et au moment où son rêve se réalisait, un nouveau cycle s’enclenchait, appelant ainsi nécessairement d’autres symboles.

2016. Donald Trump a des chances de devenir président des Etats-Unis à la suite de Barack Obama. Et lui aussi est, avant tout, un symbole pour l’Occident. Mais, à la différence de son prédécesseur, Trump fait parti de la catégorie des symboles en mouvement, non pas de ceux qui achèvent, mais de ceux qui s’inscrivent dans les dynamiques historiques. A l’heure présente, l’époque est aux révoltes populaires contre les élites décriées, aux crispations identitaires, à la remise en cause de l’ère de la sortie de l’Histoire fukuyamesque. Partout en Occident, et notamment en Europe, ce mouvement prend de l’ampleur. Et voilà qu’il faut que ce soit encore une fois des Etats-Unis, chef incontesté d’Occident, que sorte un homme qui incarne ce processus aux yeux de tous.

Obama et Trump sont par conséquent, à leur manière, deux frères rivaux d’une Histoire en marche. Ils furent et ils sont deux de ces puissances incommensurables que constituent les symboles en politique. L’un a parachevé une époque ; l’autre en porte une nouvelle.

En 2008, les Etats-Unis furent à la hauteur du monde et de l’époque par le symbole qu’elles leur donnèrent. La question qui se pose à présent est de savoir si les Etats-Unis seront encore à la hauteur de leur destinée manifeste – celle d’imprimer au monde la marche à suivre – avec l’élection ou non de Donald Trump. 

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Publié le 16 Juillet 2016

On me demande de faire des vidéos, et parfois j'ai envie. Mais, avec des vidéos à la place de textes, il faut pouvoir assumer tous les abrutis qui regardent et commentent avec la rapidité des pires parasites. Tout à la fois nietzschéen et parfaitement contemporain, j'oscille avec le désir de ne plus m'exprimer, ou seulement à un tout petit nombre, et avec celui de me montrer, de dire ce que je pense, etc. En choisissant la deuxième voie, il faut être prêt à affonter la médiocrité. 

Et celle-ci n'a pas manqué d'arriver avec cette vidéo. Entre ceux qui pensent que j'appelle à la guerre civile (tandis que je demande qu'on arrête de parler de "guerre au terrorisme" quand on n'est pas capable de la faire), ceux qui auraient aimé que j'évoque de manière approfondie les causes et les dessous du terrorisme (dans une vidéo de 5min...), ceux qui semblent plus intéressés par ma coupe de cheveux, etc. ... C'est dur, le "public". Heureusement, il y a tout de même nombre de gens intéressants qui m'ont écrit. Faire, c'est s'exposer, mais c'est aussi la seule façon de mettre certaines choses en mouvement. Continuons, donc. 

 

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Publié le 5 Juin 2016

Gauche et Droite intellectuelles vers une politique du jardin ?

Une chose m'a frappé au visionnage du débat sur Proudhon entre Alain de Benoist et Michel Onfray. Je la découvris dans toute sa lumière alors que je savais pourtant qu'Onfray était sur ces positions depuis déjà quelque temps. Ce qui ressort de ce débat et des réflexions de l'intellectuel de gauche, c'est, dans une redécouverte de la philosophie de Proudhon, que l'enjeu actuel se situe moins dans une volonté de changer le système capitaliste que d'en sortir dès à présent à titre individuel et communautaire.

 

Je savais en effet chez Onfray l'exigence d'initiatives individuelles, de mutuelles, de corporations solidaires, de localisme, autant de sanctuaires qui se voudraient sains au milieu d'un monde en déclin. Car du déclin, Onfray en parle aussi, ayant abandonné les lubies traditionnelles de l'homme de gauche sur le progrès perpétuel. Or, si Onfray considère désormais que la France, l'Europe – disons l'Occident – sont dans un déclin irréversible, alors ne survit en effet que le  désir de reconstruire un monde à son échelle sur le charnier prométhéen des idées mortes, celles qui aimeraient encore faire la révolution et changer la société.

 

Ceux qui me suivent comprendront où je veux en venir. Ce que je trouve particulièrement exaltant, c'est que les pensées intelligentes de gauche en arrivent désormais au même point que les pensées post-modernes de droite. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle elles peuvent discuter entre elles. Manifestement, elles partagent au moins le même postulat. 

 

Ce postulat, quel est-il ? Qu'il y a de grandes chances pour qu'aucun d'entre nous ne parvienne à changer le monde. Nous sortons de l'ère historique, entamée depuis la Révolution Française et que l'on pourrait appeler, à la suite d'autres intellectuels, l'ère idéologique (qui trouve son point culminant au XXème siècle) qui était celui des mouvements sociaux et politiques capables de transformer de fond en comble une société. C'était l'ère où l'on croyait encore au grand soir, à la révolution, au coup d'état, ou même à la possibilité de prendre le pouvoir par les urnes pour tout bouleverser. 

 

Bien entendu, nombreux sont ceux qui y croient encore. Nombreux sont ceux qui ne sont pas passé, intellectuellement, dans le nouveau millénaire. C'est une chose répandue et commune que la plupart des individus aient toujours un train de retard historique. D'autant que beaucoup de gens vivent – et vivent bien – de ce retard : je veux parler bien sûr des hommes et des femmes politiques, ainsi que des journalistes. 

 

Beaucoup d'éléments concourent à faire adopter le postulat de la fin de l'ère idéologique. Pêle-mêle, en voici. Démographique d'abord : rien qu'en France, l'âge médian est de 55 ans, et le vieillissement va aller de mal en pis. Jamais, historiquement, une révolution (qu'elle soit violente ou par les urnes) n'a pu s'établir sur une base sociologique vieillissante. Celles-ci ne changent rien et se contentent de mourir à petit feu. En conséquence, on pourrait légitimement penser que jamais un pays comme la France pourrait changer de modèle, cela implique de prendre des décisions radicales, d'être prêt à une certaine violence, et de mettre l'imagination au pouvoir. Seule une société gorgée de jeunes peut faire ça. Sociologique ensuite : pour qu'une société se transforme par le haut, par l’Etat, encore faut il qu'il soit soutenu par une volonté générale, elle-même appuyée sur une population homogène dont les ressorts restent holistes. Voilà qui n'est plus le cas. Le progrès de l’individualisme a fait des ravages et l'immigration massive a fracturé la société en différents éléments sans doute irréconciliables. Historique enfin : qui connait l'Histoire sait que toutes les sociétés ont une fin programmée, et que celles-ci ont toujours les mêmes symptômes quand arrive leur crépuscule. Quiconque a étudié la fin des civilisations – Rome notamment – est frappé de stupeur par la similitude impressionnante de nos symptômes.  

 

Ces éléments, sauf à ne pas être pris en compte, obligent nombre d'intellectuels à devoir changer de paradigme. A gauche comme à droite, on s'entend pour considérer qu'il faille aujourd'hui créer ses propres mondes, faire sécession, repenser le local, la communauté, le petit échelon. Entre parenthèse, voilà la cause de mon "libéralisme" actuel : j'y souscris parce que lui seul peut permettre d'accoucher la société de demain, en vitesse, puisque de toutes façons celle-ci finira par naitre. Le libéralisme post-moderne, je l'entends comme la capacité plus grande et plus rapide de pouvoir créer notre monde en étant libéré du grand cadavre en décomposition que constitue l'ancien monde. C'est un syllogisme socratique : 1 - On ne croit plus qu'il soit possible de changer la société. 2 - On a besoin d'être libérés d'elle pour préserver ce qu'on aime. 3 - Nous sommes donc, désormais, des libéraux.   

 

On connaît la célèbre objurgation d’Albert Camus recevant son prix Nobel en 1957. Il ne s’agissait plus pour lui de changer le monde, à la manière des anciens, mais d’éviter qu’il se défasse. Conserver donc. Préserver. Et pour "préserver" quelque chose, on l'enterre dans son jardin ou dans un coffre, chez soi. Peut-être sommes nous entrés dans l'ère historique des jardins. De gauche ou droite, il nous faudrait, dès lors, une politique des jardins.  

 

 

Le débat en question

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Publié le 1 Juin 2016

Les tromperies de Béziers

Arrivé dans la ville martyre de Béziers (qui se souvient du massacre de 1209 par les forces françaises et papales ?) pour le week-end organisé par Robert Ménard, certaines personnes déclarèrent avec ironie qu’ils furent trompés par le temps. Comment ? «Descendre » dans le sud, pour y trouver du gris, du vent et de la pluie ? Voilà qui n’était certainement pas « le deal ».

 

Tout le reste ne fut qu’un nuancier de cette ironie.

 

Personnellement, je sors de ce week-end assez meurtri et, peut-être un peu, désespéré par les politiques. Sans doute suis-je encore un peu naïf. Sans doute suis-je surtout animé de la conviction que seule une grande alliance de droite peut prendre le pouvoir dans ce pays et changer quelque peu les choses. Quoiqu’il en soit, je me suis trompé, et tout le monde a été trompé.

 

Ce rendez-vous de la droite organisé par Ménard devait poser les bases d’un mariage, ou, disons, d’une Union Civile, entre certaines forces du Front National lucides sur les limites de ce mouvement, et certaines forces de la droite classique, lucides, elles aussi, sur les besoins de celle-ci pour appliquer, un jour, une véritable politique de droite. J’ai parlé de l’exigence de ce mariage dans mon texte J’irai voir la droite à Béziers. Je n’y reviendrai donc pas.

 

A la vérité, personne, à Béziers, ne voulait de ce mariage. Chacun est venu avec son égo, ses arrière-pensées, ses gros sabots et ses petits bras. La fête du village gaulois a dégénéré en baston. Les romains continuent de rire aux éclats, et pas l’ombre d’une potion magique à l’horizon.

 

Valeurs Actuelles, présents en nombre et en moyens, n’avait évidemment pas comme objectif de servir la soupe au Front National. Journal de droite dure aux actionnaires par trop liés à certains responsables des Républicains, il n’avait logiquement pas licence, et certainement pas l’envie non plus, de vouloir aider Marine Le Pen. Marion Maréchal Le Pen, seule responsable politique de premier plan à avoir eu le courage de se déplacer (et n’importe quel militaire vous dira que les ponts sont les plus périlleux à traverser), a dû rebrousser chemin face à trop de déclarations hostiles à l’encontre de son mouvement.

 

Comment Marion aurait-elle pu faire autrement ? Vilipendée régulièrement à l’actuel direction du FN, accusée de la « jouer solo », de contester les axes stratégiques de sa tante et de Florian Philippot, elle ne pouvait rester tout sourire auprès de gens qui ne cachaient pas leur mépris pour le populisme mariniste. C’eut été franchir un rubicond que sa loyauté et son affectif familiale ne peuvent décider. Quelles que soient les idées de Marion Maréchal et sa lucidité sur la situation politique, elle demeure fidèle et tient à le rester.

 

Florian Philippot, plus malin, n’attendait que cela. Lui et ses troupes (10 personnes…), avaient déjà aiguisés leur tweets. Marion obligée de partir ? Bim ! Fiasco de Béziers ! Rassemblement d’extrême-droite ! Ménard traitre ! Ingrat ! Infâme ! Droitiers, droitistes, droitards : autant d’imbéciles naïfs ! Une seule solution pour le pays : tous au pas derrière Moi…arine !

 

Tout de même, Florian Philippot voudrait susciter une candidature à droite qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Aiguillonner de la sorte 2000 personnes, les piquer, les insulter comme cela, alors qu’il aurait tout gagné de se taire, fût-ce en souriant, est profondément suspect. Les hypothèses sont légion : susciter une candidature à droite pour 2017, pensant qu’elle prendrait plus aux Républicains qu’au FN, accélérer la purge au FN de tout ce qui est droitier, ou simplement ne pas savoir se retenir dans sa jubilation haineuse contre tout ce qui ne lui ressemble pas. Impossible de savoir.

 

Et Ménard dans tout cela ? Je le crois sincère. Pris entre des frontistes qui ne veulent discuter que dans la mesure où, à la fin, il s’agira de se plier aux volontés de la chef, et entre une droite qui méprise radicalement l’équipe chevénementiste du FN, la position est difficile à tenir. J’entends partout que l’édile de Béziers aurait des velléités présidentielles. Je ne le sais pas, je ne le pense pas. Toutefois, à quelques-unes de ses maladresses dont il n’aurait pu que très difficilement faire l’économie, compte tenu de sa position inconfortable, ont répondu les méchancetés de Philippot et, par-là, il ne pouvait que se défendre et accentuer son trait, sauf à se dédire.

 

Tel fut le piège de Béziers. La tragédie était déjà écrite avant que le week-end commençât.

 

Et pourtant, il y avait là de braves gens. Beaucoup de petits entrepreneurs, d’anciens frontistes ou sarkozistes, qui seront bientôt tous des futurs ex-frontistes ou ex-sarkozistes à nouveau, car pas une ligne n’a bougé. La prime pour obtenir ce petit peuple de droite est facile à obtenir, tout dépendra de qui dégainera le premier. Si le candidat des Républicains durcit son discours sur l’immigration, il l’obtiendra. Si la candidate du FN tient un discours micro-économique plus étoffé en rognant quelque peu ses envolées macro, elle l’obtiendra. Qui dégainera le premier ? Nous verrons en 2017.

La certitude, toutefois, que pour braver ce pont entre les deux droites, il faudrait un Bonaparte tel que celui sur le pont d’Arcole.

La certitude, toutefois, que pour braver ce pont entre les deux droites, il faudrait un Bonaparte tel que celui sur le pont d’Arcole.

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Publié le 12 Mai 2016

J’irai voir la droite à Béziers

Fin mai, je serai au rendez-vous de Béziers.

Organisé par Robert Ménard dans la ville dont il est l’édile,  ce rendez-vous d’un week-end rassemblera peut-être tout ce que la « droite » sérieuse compte de représentants. Je dis « droite sérieuse », je pourrais dire : « assumée », « conséquente » ou « déterminée », mais je pourrais dire plutôt : « orpheline ». Car oui, toute cette droite saucisson-pinard, traditionnelle, catholique ou presque, « hors les murs », mousquetaire, nationale, souverainiste, identitaire, libérale et/ou colbertiste – intellectuelle surtout – oui, toute cette droite est désormais orpheline, turbide et angoissée à l’idée que la course de 2017 puisse partir sans qu’aucune de ses écuries n’y concourent.

Une société française passée à droite

Cette droite bouillonne comme jamais, échauffée tous les jours par l’état de la société française. Précisément, celle-ci ne semble jamais avoir été autant « à droite » dans ses idées et désidératas. C’est, en tous cas, ce que montrent les enquêtes d’opinions. Pour résumer brièvement : l’immigration est désormais rejetée ; la peur de l’Islam est revendiquée ; le besoin de sécurité est assumé ; les impôts et les taxes sont exécrés ; l’Union Européenne ne revêt plus le rêve dont elle s’était parée au départ ; la morale permanente des droits de l’homme et des valeurs sont tournées en dérision ; la gauche enfin, avec tout ce qu’elle représente, est haïe. En somme, tout porte à croire que l’heure de la droite a sonnée.

2017 sans candidat de droite ?

La grande peur des bien-droitards est de ne pas pouvoir supporter pleinement un homme ou une femme pour 2017.  Aux Républicains, les sondages et la tendance donnent Juppé, un radical de gauche comme Chirac, dont il fut d’ailleurs un de ses ministres. Un représentant « des élites mondialisées » comme on dit, un retraité qui n’a pas dépassé les années 90 et leur cortège de rêvasseries sur la mondialisation heureuse, le métissage idéal et le libéralisme comme seul « way of life ». Donné pour le moment gagnant aux primaires, le grand parti de droite français risque donc bien de présenter à la présidentielle un orléaniste usé ayant plus en commun avec François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron qu’avec Laurent Wauquier, Philippe de Villiers et Marion Maréchal Le Pen.

Le problème du FN

Cette droite a essayé, essaie encore, et essaiera à nouveau, de se rapprocher du FN. Hormis quelques irréductibles anti-lePen, ses représentants ont tous voulu, un jour, frayer avec le mouvement frontiste. Cette droite, parce qu’un peu bourgeoise, n’était pas très courageuse : elle tremblait à côté du père Le Pen et son parfum sulfureux. Cependant, la dédiabolisation opérée par la fille l’a interpellée, et nombre de ses membres ont décidé de montrer l’exemple en passant au dessus du cordon sanitaire. La plupart s’en sont retournés depuis, échaudés par les signaux toujours plus prégnants de Marine Le Pen et Florian Philippot envoyés à la seule gauche, et le mépris – voire la haine assez irrationnelle – que semblent parfois avoir ces deux dirigeants frontistes à l’encontre du cadre de droite à la raie sur le côté, catholique et un tantinet libéral. Dans l’échec patent de ce mariage autrefois annoncé, celui de la droite zemmour et d’un front mariniste, les torts sont sans doute à trouver des deux côtés. Marine Le Pen pense que sa stratégie ni-droite ni-gauche, souverno-chevenementiste, est la meilleure qui soit, et que ces hurluberlus de droite sont tous des traitres en puissance obsédés par le mariage pour tous et leur compte en banque. Les droitards pensent que Marine Le Pen est désormais sous la coupe d’un énarque de gauche qui, avec ses petits copains, se moque des valeurs et des traditions pour ne privilégier qu’une stratégie  anti-européenne aux allures dogmatiques. Autrement dit, la mésentente est consommée, les caricatures sont partout, le mariage n’eut pas lieu et n’est, pour le moment, même pas remis à une date ultérieure.

Mariage de raison

La modernité transpire décidemment par tous les pores de la peau politique, car si mariage d’amour il ne peut y avoir entre cette droite et le Front National, la tradition eut poussé, au moins, à un mariage de raison. Les deux auraient en effet tout à y gagner. Si ce mariage avait eu lieu, la droite se serait trouvée un leader charismatique en la personne de Marine Le Pen, ce qu’elle n’a pas. Elle y aurait trouvé aussi l’électorat populaire qui, additionné à l’électorat petit-bourgeois/classe moyenne (à qui cette droite parle très bien), peuvent seuls dépasser les 50% que l’élection demande. Le FN, lui, aurait trouvé une crédibilité, des cadres, de l’argent et des relais médiatiques. Et peut-être, aussi, un peu d’intelligence. En effet, qu’on le veuille ou non, si le peuple français n’est peut-être ni de droite ni de gauche comme les pensent les chefs frontistes, les cadres, eux, le sont. En France, il existe des cadres de gauche et des cadres de droite. Marqués. Le cadre chevènementiste et exclusivement souverainiste, n’existe pas, ou du moins pas encore. C’est la raison pour laquelle autour de Florian Philippot ne virevoltent presque que des jeunes gens à peine sortis du lycée, car ce type de cadres collant au caractère et à la stratégie purement mariniste est peut-être en gestation, mais, je le répète, n’existe pas encore en quantité suffisante. De même pour les intellectuels. On est encore de droite ou de gauche. Ceux, comme Sapir, qui se sont essayés au dépassement des clivages, ont bien vu de quoi il en retournait : partout, ils ont reçu une fin de non-recevoir. On peut le regretter, mais la politique n’est pas faite pour le regrets. Le temps que se forment autour de Marine Le Pen et de Florian Philippot des cadres souveraino-souverainistes, en quantité et en qualité suffisantes, il sera sans doute trop tard pour la France. Il faut, alors, composer le plus possible avec ce que l’on a sous la main.

Âmes en peine

Les conséquences politiques de cette idylle qui n’a jamais eu lieu et qui n’arrivera peut-être jamais (ou arrivera trop tard…), sont désastreuses. Sans cette droite, le Front National reste sous la menace d’un nouveau Sarkozy qui pourrait lui refaire le coup de 2007, c’est à dire savoir parler à ses électeurs sans pour autant mener une politique en ce sens une fois élu. Sans cette droite et sans toutes ses personnes âgées qu’elle rassure, le FN est condamné à réaliser de gros scores mais jamais assez pour triompher. Sans cette droite, le FN ne peut rester qu’à son stade « populiste », entrainant avec lui les mécontents sans pour autant devenir un parti de gouvernement. Sans le FN et sa puissance symbolique et populaire, la droite, elle, est condamnée à ne jamais pouvoir mener une politique véritablement « de droite ». Qu’un Sarkozy revienne et refasse du Buisson, qu’un Fillon continue sur son chemin droitier ou qu’un Wauquier émerge : celui-ci pourra gagner une élection, mais sans le Front, il partira nécessairement avec tout son lot de centristes, de radicaux, de simili-socialistes, d’orléanistes type Juppé complétement à côté de la plaque. Une fois au pouvoir, il devra composer avec cette aile là, ô combien influente. En somme, il devra (sauf coup à la Poutine…) trahir à nouveau ses électeurs. Pour résumer briévement : le FN a besoin de la droite pour prendre le pouvoir, et la droite a besoin du FN pour l'exercer. Voilà le tragique destin de la vie politique française : un électorat entier et majoritaire qui aime la France pourrait s’unir mais se trouve divisé en deux. Séparés, la droite et le FN échoueront chacun dans leur genre, et le jour où une nouvelle génération comprendra enfin l’intérêt d’un rapprochement, il sera peut-être trop tard pour la France.

On verra à Béziers

J’irai voir cette droite à Béziers. Dans le spectre politique, c’est sans doute d’elle que je me sens le plus proche. Pour autant, je n’ai pas d’illusion et je connais bien ses défauts. J’ai besoin d’aller voir pour essayer de sentir si cette agitation droitière, en ce moment remarquable, n’est que le symptôme de soubresauts poussifs ou, au contraire, l’annonce d’une force en train de naître. N’y verrai-je que des bourgeois de droite tout contents de se retrouver pour parler de leurs « valeurs » entre eux, les gants blancs sans mains à l’intérieur ? Ou y verrai-je des gens véritablement disposés à s’engager pour ce qu’il reste du pays, en y mettant les moyens, la force et l’envie ? Sans doute y verrai-je un peu des deux. Charge aux meilleurs d’entre nous de séparer le bon grain de l’ivraie. Je rendrai compte, quoiqu’il en soit, de ce que je verrai et ressentirai.

J’irai  donc à Béziers. Sans illusions sans doute, mais avec tout de même un peu d’espoir. 

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Publié le 7 Mai 2016

Sur l'immigration, droite et gauche votent mal

Le paradoxe des électorats

Je discutais la semaine dernière avec un intellectuel qui s’apprête à sortir un important livre d’enquête sur la crise identitaire Française. Débattant ensemble pour les besoins de son étude, je lui évoquai ce qui me paraissait être un sacré paradoxe de notre vie politique. Ce paradoxe est celui du vote des électorats de droite et de gauche au sujet de l’immigration.

Le désir de l’électorat de droite et de gauche

En simplifiant les choses et en grossissant les traits, on pourrait diviser l’électorat français en deux au sujet de l’immigration : l’un veut la séparation, l’autre l’unité.

Celui qui veut désormais la séparation est l’électorat que l’on pourrait appeler « de droite ». En somme, c’est le parti des gens qui râlent, qui n’en peuvent plus, qui ne veulent plus du « vivre-ensemble ». Leurs désirs est de se séparer des populations d’origine immigrée, en les fuyant géographiquement quand ils le peuvent, et en souhaitant les réduire (volonté d’arrêter l’immigration, ou même d’en « réémigrer » un maximum), sinon de les contraindre violement. Cet électorat vote Front National ou pour un candidat de la droite classique quand celui-là veut bien tenir un discours « dur » sur la question (comme Sarkozy durant ses deux dernières campagnes présidentielles).

Celui qui veut l’unité est l’électorat de gauche. Il s’agit de l’électorat français qui croit au respect, à l’égalité et à la fraternité entre les hommes et qui souhaite par dessus tout un métissage heureux. Il nie les fractures entre les populations (et lorsqu’il les voit quand même, il les attribut aux prêcheurs de haine, qu’ils soient d’extrême-droite ou salafiste). Son but, son rêve, est l’unité d’une population française quelles que soient ses bigarrures et sa diversité. Cet électorat vote généralement pour le Parti Socialiste ou le Front de Gauche

Les conséquences inverses de leur vote

Pourtant, il apparaît que le vote de l’électorat de gauche et celui de droite se portent sur des candidats et des discours qui, malgré les apparences, conduisent à l’inverse de leur volonté première.

Le programme et les discours du Front National et de la droite « dure » ont en réalité l’ambition de l’unité. Leur objectif est l’assimilation qui, précisément, est la praxis unitaire la plus accomplie. En régulant l’immigration, en punissant vraiment les délinquants pour dissuader leurs méfaits de tous les jours, en valorisant une culture française dans sa version universaliste et culturaliste (« est français celui qui respecte les mœurs et la culture française »), c’est à dire exactement  ce que se proposent de faire les « droites », alors et alors seulement la possibilité d’une unité prochaine se rendrait peut-être probable. Le vernis de l’assimilation appliqué à tous, toutes races et religions confondues, permettrait de différer, voire de supprimer, la dislocation de la société française prévue et déjà à l’œuvre.

Premier paradoxe donc : l’électorat qui veut la séparation vote en réalité, sans le savoir, pour l’unité.

Quant aux programmes dits « de gauche », tous concourent le plus surement à la séparation. Sous les discours des prétendues « valeurs de la République » et du métissage chantant et chanté en permanence, la gauche a abandonné l’assimilation pour l’idée d’une société multiculturelle dans laquelle tout le monde conserverait la fierté des racines et leur culture d’origine. Mieux que cela : les minorités et leurs spécificités sont défendues et promues en vertu – et en vertu seule – de leur condition de minorité. Et mieux encore, pour des raisons électorales, la gauche se permet de flatter les différentes communautés allogènes tout en exaspérant dans le même temps la communauté de souche, encore majoritaire et dépositaire depuis des siècles de la France. Rien ne pourrait, en définitive, plus générer de la séparation communautaire que ce type de politique. Pour preuve la crise identitaire violente dont nous ne vivons que les prodromes, conséquence directe de cette politique qui a présidé au traitement de l’immigration en France depuis plus de 30 ans.

Deuxième paradoxe donc : l’électorat qui rêve sincèrement d’unité vote en fait, sans le savoir lui aussi, pour la séparation.

Facéties quand l’Histoire pourrie

Marx reconnaissait lui-même qu’à certaines périodes historiques, l’Histoire n’avance ni ne recule pas, elle pourrie. Ces moments sont des tourbillons d’incohérence, de velléités inconséquentes, de rêveries inutiles. Nous vivons cette époque là. Sans doute, les choses sont plus compliquées que cela et ce paradoxe n’est pas aussi marquée qu’il semble l’être. Mais toutefois : se dire qu’un identitaire sérieux qui veut de toute sa colère la séparation, ferait mieux parfois de voter François Hollande, et qu’un idéaliste de gauche, plein de bons sentiments, ferait mieux de voter Marine Le Pen s’il souhaite véritablement qu’un jour des hommes de cent couleurs différentes soient main dans la main, est une facétie de l’Histoire qui mérite, sinon que l’on s’y attarde, au moins que l’on en sourit un peu. 

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Publié le 28 Mars 2016

Retour sur mon voyage en Syrie et sur le selfie avec Bachar

Le piège du selfie

 

Salut, vous êtes tombés dans le piège !

 

Il y a encore en France de nombreuses personnes, surtout parmi les politiques et les observateurs, qui n'ont pas compris, ou qui ne veulent pas comprendre, les nouvelles modalités de la communication. Certaines personnes m'ont reproché le côté ridicule, voire bouffonesque, d'un selfie avec Bachar El-Assad. D'autres sont venus m'expliquer doctement à quel point toutes ces affaires méritaient un peu de sérieux et de convenances. Merci bien, mais je sais évidemment tout cela. Mais je sais aussi autre chose : les trois-quart (si ce n'est beaucoup plus) des personnes qui sont en train de lire cet article ou qui le liront, sont et seront venus par le truchement de ce selfie un peu guignol. Sans cela, pas de buzz, pas de polémique, peut-être même moins d'informations médiatiques sur le voyage des parlementaires, et donc, au final, moins de fond, moins de personnes interpellées – en définitive : moins de Syrie. Qu'on le regrette ou non, telles sont les nouvelles conditions de la communication politique, et je ne vais pas m'en passer par excès de puritanisme, surtout quand d'autres n'ont pas ces précautions d'usage pour servir des causes que je crois bien moins nobles.

 

Le voyage

 

Qu'on le croit ou non, ma présence parmi des parlementaires des Républicains est plus une histoire de hasard qu'autre chose. Je devais partir en Syrie depuis longtemps pour des raisons qui me sont personnelles, affectives, amicales et professionnelles. Je suis donc parti dans le cadre d'une délégation de plusieurs personnes, chercheurs, écrivains, journalistes, hommes d'affaires, et aussi politiques. Il se trouve que cette délégation était composée, dans sa partie politique, de députés des Républicains. Mais, à la vérité, cela aurait pu être des parlementaires d'autres bords si, au lieu de partir maintenant, j'avais plutôt décidé de partir plus tard, au sein d'une autre délégation.

 

Toutefois, pour ne pas faire de langue de bois, je vous dirai quand même que cela ne me dérangeait pas outre-mesure de partir avec des députés de la droite populaire. Évidemment. Désormais libre de tout parti politique, je gravite dans ce corps si nébuleux et à la fois si passionnant, de la « droite » au sens large. J'ai des amis au FN, aux Républicains, chez les indépendants de toutes sortes, et même jusqu'aux centristes. Je pense que ces gens doivent se parler car, comme je l'ai constaté durant ce séjour, nous avons tout de même des choses à nous dire.

 

Ce que j'ai vu

 

Je savais déjà pas mal de choses sur la Syrie et la guerre qui s'y déroule depuis cinq ans. Des informations complémentaires et annexes que celles diffusées par les grands médias m'avaient déjà pénétrées, et j'avais la chance, surtout, de connaître un certain nombre de Syriens qui me parlaient librement de ce qu'ils avaient vécu et de ce qu'ils pensaient. Je dois donc dire que ce voyage n'a fait que confirmer mes idées reçues. Mieux encore, il les a surenchéries. Je vais essayer d'être factuel :

 

La société syrienne est singulière. En plein cœur du Proche-Orient, confinant même au Moyen-Orient, elle nous offre un spectacle dont on a difficilement idée dans nos pays fatigués d'Occident.

 

Après vous, mesdames. Ce qui frappe, dans ce pays arabe, est la liberté des femmes. La plupart ne portent pas de voile, se maquillent et s'apprêtent, travaillent et sortent le soir, en toute liberté et, manifestement, avec joie. J'ai vu des artistes femmes peignant, sculptant à leur guise, dans le centre d'art de Damas. J'ai vu une femme gagner une course à cheval dans un concours d'équitation, se faisant acclamer par la foule. J'ai vu des femmes étudiant la médecine, la littérature ou la communication. J'ai vu des femmes qui engueulaient certains hommes, lesquels baissaient la tête et repartaient la queue entre les jambes. J'ai vu des femmes belles, enfin, dans la pure tradition de la beauté des femmes arabes, très féminines et à la fois très fortes.

 

Ce qui frappe également est la laïcité qui règne dans ce pays. Réunis autour d'un très fort nationalisme et habitués par des siècles de cohabitation, la confession des syriens ne compte pas vraiment pour eux. Au niveau du pouvoir, l'ancien premier ministre était un chrétien et s'est exprimé en premier devant le peuple du haut d'un minaret. J'ai vu le grand mufti de Damas se fendre la poire avec le patriarche orthodoxe, comme je l'ai vu prier pour les chrétiens. J'ai vu le patriarche latin, lors de la messe de Pâques, prier aussi pour son pays, pour tous les syriens. Au niveau de la population, j'ai vu les jeunes se mélanger et faire la fête ensemble sans considérations religieuses. Ce qui compte pour eux, c'est la Syrie, ils en partagent tous l'ethnicité et ceci est notable.

 

Ce nationalisme et cette fierté nationale nous sont étrangers. Quelle surprise de voir se lever d'un seul coup, sans injonction d'aucune sorte, des centaines de jeunes dans un hippodrome pour chanter des chants patriotiques et se mettre à danser frénétiquement. Les syriens sont un peuple fier, leur pays est ancien, prestigieux, important à leurs yeux. Certains m'ont dit en pleurant qu'ils avaient honte qu'on puisse désormais les identifier à des réfugiés misérables, et il est vrai que l'on peut noter qu'avant cette guerre, les seuls immigrés syriens que l'Occident pouvait connaître étaient des médecins ou des étudiants.

 

Deux choses maintenant : la première, je mets au défi n'importe quel journaliste, observateur, politique, n'importe quel citoyen, de ne pas constater exactement ce que je viens de décrire s'il part en Syrie. La deuxième enfin, qui en découle : qu'on le veuille ou non, en plein proche et moyen orient, une société pareille est une chance, une richesse. Que l'on puisse collaborer à vouloir la mettre en l'air, au profit d'islamistes, est d'une immoralité et d'une bêtise sans nom. Quelles que peuvent être ses imperfections, et il est normal qu'il y en ait – comme l'autoritarisme du parti baas – je suis convaincu qu'il faut être fou, naïf ou très mal intentionné pour vouloir abattre un tel modèle, si réjouissant dans le monde arabo-musulman. Avant de regarder ses vices, il paraît évident que la situation du monde musulman devrait nous faire plutôt admirer ses vertus.

 

La guerre

 

Les syriens se sont habitués à la guerre, mais ils ont toujours le cœur lourd lorsqu'ils évoquent la situation du pays avant que celle-ci ne se déclenche (tourisme en très forte hausse, économie de plus en plus prospère, etc.). Leur sentiment est celui de l'incompréhension. Les gens qu'ils affrontent sont des islamistes de la pire espèce, élevés dans des moquées wahhabites que les saoudiens finançaient. Le reste des forces non-islamistes qui, pourtant, s'opposaient à Bachar El-Assad, comme les Kurdes, travaillent désormais avec lui contre ces mêmes islamistes, car nous avons eu la confirmation que c'est désormais Damas (entre autres) qui les arme. Le jeu de la Turquie, avec cet Erdogan si hostile à l'Occident (déclarant il y a trois mois à peine à des jeunes turcs, en montrant Sainte-Sophie, que leurs ancêtres l'avaient conquise aux chrétiens comme ils devront le faire eux-mêmes en Europe), est tout aussi détestable.

 

J'entends bien le discours désormais en vogue chez quelques politiques ou intellectuels qui, en s'accrochant aux branches, nous racontent qu'il faut pratiquer un « ni Bachar ni Daech ». Ceci est bien beau, mais n'appartient qu'aux belles paroles et n'a aucune espèce de réalité dans cette partie du monde. La vérité est que Bachar incarne une garantie du mode de vie des Syriens dont je parlais plus haut, et que si cette garantie disparaîssait, la plus logique et évidente probabilité est que ce soient les islamistes qui recouvrent de leurs ombres cette société. Ceci explique le soutien impressionnant des syriens pour leur président. Je n'avais qu'à montrer mon « selfie » à des passants dans la rue pour qu'ils se pâment ou tombent en larmes. Pour eux, Bachar est leur seul bouclier contre Al-nostra et Daech. Et nous voudrions leur donner des leçons ? Nous ? Bien à l'aise dans nos foyers, leur expliquer qu'ils devraient foutre en l'air leur méchant dictateur sans se soucier de ce qui pourrait advenir après, comme nous l'avons vu et fait en Libye ? Non merci.

 

De même, à propos de cette guerre et comme nous en avons discuté avec le grand Mufti de Damas, si la Syrie laïque de Bachar El-Assad devait tomber, c'est un bouclier de plus qui tomberait pour l'Europe. Tout islamiste que la Syrie neutralise est aussi un islamiste en moins sur le sol européen.

 

Bachar El-Assad

 

Après ce que je vais dire maintenant, il est certain que les trolls sur internet ou les journalistes un peu imbéciles vont se contenter de résumer en une sentence : « Rochedy fan de Bachar » ou autres intelligences de genre. Tant pis pour eux.

 

David Pujadas l'a aussi dit, comme quasiment tous les hommes qui le rencontrent et parlent avec lui : nous avons à faire un homme doux, subtil, intelligent, et dont la timidité qui persiste en lui rend charmant. Bachar El-Assad n'a pas du tout les caractéristiques du dictateur arabe qui joue de son menton et de son autorité. Il vous accueille et vous demande, en français, de lui parler librement. Il rit et vous couvre de son empressement ainsi que de sa politesse. Ce sont là des faits. Bien entendu, les petits malins penseront que tout cela n'empêche pas un cœur froid et violent. Je donne juste mon sentiment. J'ai vu un homme dans la pure tradition du raffinement et de la civilisation syrienne, un homme qui m'a paru être soucieux de son pays et de la paix prochaine, dans un palais assez modeste protégé par un contingent ridicule de gardes (deux seulement à l'entrée!). On me reproche d'avoir fait un selfie avec un monstre ; je crois cette photo infiniment moins grave que la décoration par François Hollande, il n'y a que quelques semaines à peine, d'un ministre saoudien, c'est à dire ceux-là même qui financent et arment partout les pires islamistes et dont le pays ne connait pas le quart du centième de la liberté (des femmes, des minorités, etc.) de la Syrie.

 

Bachar n'a pas déclenché la guerre. Il s'est opposé tout de suite à des islamistes qui menaçaient son pays. Il leur a fait, sans doute durement, mais il n'y a pas lieu d'être une belle âme ayant de la pitié pour ces gens là, car eux n'en ont pas. J'aimerais qu'on arrête de véhiculer également ce mensonge éhonté selon lequel Bachar aurait tué 200.000 syriens, en lui attribuant tous les morts de la guerre, y compris ceux de son propre camp ! Mais comme dit le proverbe, rappelé par Thierry Mariani : « A la guerre, la première victime est la vérité. ».

 

Syrie, bonne chance

 

Pour terminer, que demander aux incrédules et aux méchants ? De partir visiter la Syrie, se faire une opinion par eux-mêmes. D'espérer en la paix prochaine et en la défaite des islamistes. La Syrie, qui n'est pas parfaite, est toutefois un bel exemple de pays musulman. Elle combat nos mêmes adversaires. Et elle ne nous menace pas.

 

Je crois qu'elle mérite qu'on s'y attarde. Qu'on la soutienne. Et, si vous êtes comme moi, qu'on l'aime.

 

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Publié le 20 Mars 2016

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Publié le 29 Janvier 2016

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