Publié le 5 Juin 2016

Gauche et Droite intellectuelles vers une politique du jardin ?

Une chose m'a frappé au visionnage du débat sur Proudhon entre Alain de Benoist et Michel Onfray. Je la découvris dans toute sa lumière alors que je savais pourtant qu'Onfray était sur ces positions depuis déjà quelque temps. Ce qui ressort de ce débat et des réflexions de l'intellectuel de gauche, c'est, dans une redécouverte de la philosophie de Proudhon, que l'enjeu actuel se situe moins dans une volonté de changer le système capitaliste que d'en sortir dès à présent à titre individuel et communautaire.

 

Je savais en effet chez Onfray l'exigence d'initiatives individuelles, de mutuelles, de corporations solidaires, de localisme, autant de sanctuaires qui se voudraient sains au milieu d'un monde en déclin. Car du déclin, Onfray en parle aussi, ayant abandonné les lubies traditionnelles de l'homme de gauche sur le progrès perpétuel. Or, si Onfray considère désormais que la France, l'Europe – disons l'Occident – sont dans un déclin irréversible, alors ne survit en effet que le  désir de reconstruire un monde à son échelle sur le charnier prométhéen des idées mortes, celles qui aimeraient encore faire la révolution et changer la société.

 

Ceux qui me suivent comprendront où je veux en venir. Ce que je trouve particulièrement exaltant, c'est que les pensées intelligentes de gauche en arrivent désormais au même point que les pensées post-modernes de droite. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle elles peuvent discuter entre elles. Manifestement, elles partagent au moins le même postulat. 

 

Ce postulat, quel est-il ? Qu'il y a de grandes chances pour qu'aucun d'entre nous ne parvienne à changer le monde. Nous sortons de l'ère historique, entamée depuis la Révolution Française et que l'on pourrait appeler, à la suite d'autres intellectuels, l'ère idéologique (qui trouve son point culminant au XXème siècle) qui était celui des mouvements sociaux et politiques capables de transformer de fond en comble une société. C'était l'ère où l'on croyait encore au grand soir, à la révolution, au coup d'état, ou même à la possibilité de prendre le pouvoir par les urnes pour tout bouleverser. 

 

Bien entendu, nombreux sont ceux qui y croient encore. Nombreux sont ceux qui ne sont pas passé, intellectuellement, dans le nouveau millénaire. C'est une chose répandue et commune que la plupart des individus aient toujours un train de retard historique. D'autant que beaucoup de gens vivent – et vivent bien – de ce retard : je veux parler bien sûr des hommes et des femmes politiques, ainsi que des journalistes. 

 

Beaucoup d'éléments concourent à faire adopter le postulat de la fin de l'ère idéologique. Pêle-mêle, en voici. Démographique d'abord : rien qu'en France, l'âge médian est de 55 ans, et le vieillissement va aller de mal en pis. Jamais, historiquement, une révolution (qu'elle soit violente ou par les urnes) n'a pu s'établir sur une base sociologique vieillissante. Celles-ci ne changent rien et se contentent de mourir à petit feu. En conséquence, on pourrait légitimement penser que jamais un pays comme la France pourrait changer de modèle, cela implique de prendre des décisions radicales, d'être prêt à une certaine violence, et de mettre l'imagination au pouvoir. Seule une société gorgée de jeunes peut faire ça. Sociologique ensuite : pour qu'une société se transforme par le haut, par l’Etat, encore faut il qu'il soit soutenu par une volonté générale, elle-même appuyée sur une population homogène dont les ressorts restent holistes. Voilà qui n'est plus le cas. Le progrès de l’individualisme a fait des ravages et l'immigration massive a fracturé la société en différents éléments sans doute irréconciliables. Historique enfin : qui connait l'Histoire sait que toutes les sociétés ont une fin programmée, et que celles-ci ont toujours les mêmes symptômes quand arrive leur crépuscule. Quiconque a étudié la fin des civilisations – Rome notamment – est frappé de stupeur par la similitude impressionnante de nos symptômes.  

 

Ces éléments, sauf à ne pas être pris en compte, obligent nombre d'intellectuels à devoir changer de paradigme. A gauche comme à droite, on s'entend pour considérer qu'il faille aujourd'hui créer ses propres mondes, faire sécession, repenser le local, la communauté, le petit échelon. Entre parenthèse, voilà la cause de mon "libéralisme" actuel : j'y souscris parce que lui seul peut permettre d'accoucher la société de demain, en vitesse, puisque de toutes façons celle-ci finira par naitre. Le libéralisme post-moderne, je l'entends comme la capacité plus grande et plus rapide de pouvoir créer notre monde en étant libéré du grand cadavre en décomposition que constitue l'ancien monde. C'est un syllogisme socratique : 1 - On ne croit plus qu'il soit possible de changer la société. 2 - On a besoin d'être libérés d'elle pour préserver ce qu'on aime. 3 - Nous sommes donc, désormais, des libéraux.   

 

On connaît la célèbre objurgation d’Albert Camus recevant son prix Nobel en 1957. Il ne s’agissait plus pour lui de changer le monde, à la manière des anciens, mais d’éviter qu’il se défasse. Conserver donc. Préserver. Et pour "préserver" quelque chose, on l'enterre dans son jardin ou dans un coffre, chez soi. Peut-être sommes nous entrés dans l'ère historique des jardins. De gauche ou droite, il nous faudrait, dès lors, une politique des jardins.  

 

 

Le débat en question

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Publié le 1 Juin 2016

Les tromperies de Béziers

Arrivé dans la ville martyre de Béziers (qui se souvient du massacre de 1209 par les forces françaises et papales ?) pour le week-end organisé par Robert Ménard, certaines personnes déclarèrent avec ironie qu’ils furent trompés par le temps. Comment ? «Descendre » dans le sud, pour y trouver du gris, du vent et de la pluie ? Voilà qui n’était certainement pas « le deal ».

 

Tout le reste ne fut qu’un nuancier de cette ironie.

 

Personnellement, je sors de ce week-end assez meurtri et, peut-être un peu, désespéré par les politiques. Sans doute suis-je encore un peu naïf. Sans doute suis-je surtout animé de la conviction que seule une grande alliance de droite peut prendre le pouvoir dans ce pays et changer quelque peu les choses. Quoiqu’il en soit, je me suis trompé, et tout le monde a été trompé.

 

Ce rendez-vous de la droite organisé par Ménard devait poser les bases d’un mariage, ou, disons, d’une Union Civile, entre certaines forces du Front National lucides sur les limites de ce mouvement, et certaines forces de la droite classique, lucides, elles aussi, sur les besoins de celle-ci pour appliquer, un jour, une véritable politique de droite. J’ai parlé de l’exigence de ce mariage dans mon texte J’irai voir la droite à Béziers. Je n’y reviendrai donc pas.

 

A la vérité, personne, à Béziers, ne voulait de ce mariage. Chacun est venu avec son égo, ses arrière-pensées, ses gros sabots et ses petits bras. La fête du village gaulois a dégénéré en baston. Les romains continuent de rire aux éclats, et pas l’ombre d’une potion magique à l’horizon.

 

Valeurs Actuelles, présents en nombre et en moyens, n’avait évidemment pas comme objectif de servir la soupe au Front National. Journal de droite dure aux actionnaires par trop liés à certains responsables des Républicains, il n’avait logiquement pas licence, et certainement pas l’envie non plus, de vouloir aider Marine Le Pen. Marion Maréchal Le Pen, seule responsable politique de premier plan à avoir eu le courage de se déplacer (et n’importe quel militaire vous dira que les ponts sont les plus périlleux à traverser), a dû rebrousser chemin face à trop de déclarations hostiles à l’encontre de son mouvement.

 

Comment Marion aurait-elle pu faire autrement ? Vilipendée régulièrement à l’actuel direction du FN, accusée de la « jouer solo », de contester les axes stratégiques de sa tante et de Florian Philippot, elle ne pouvait rester tout sourire auprès de gens qui ne cachaient pas leur mépris pour le populisme mariniste. C’eut été franchir un rubicond que sa loyauté et son affectif familiale ne peuvent décider. Quelles que soient les idées de Marion Maréchal et sa lucidité sur la situation politique, elle demeure fidèle et tient à le rester.

 

Florian Philippot, plus malin, n’attendait que cela. Lui et ses troupes (10 personnes…), avaient déjà aiguisés leur tweets. Marion obligée de partir ? Bim ! Fiasco de Béziers ! Rassemblement d’extrême-droite ! Ménard traitre ! Ingrat ! Infâme ! Droitiers, droitistes, droitards : autant d’imbéciles naïfs ! Une seule solution pour le pays : tous au pas derrière Moi…arine !

 

Tout de même, Florian Philippot voudrait susciter une candidature à droite qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Aiguillonner de la sorte 2000 personnes, les piquer, les insulter comme cela, alors qu’il aurait tout gagné de se taire, fût-ce en souriant, est profondément suspect. Les hypothèses sont légion : susciter une candidature à droite pour 2017, pensant qu’elle prendrait plus aux Républicains qu’au FN, accélérer la purge au FN de tout ce qui est droitier, ou simplement ne pas savoir se retenir dans sa jubilation haineuse contre tout ce qui ne lui ressemble pas. Impossible de savoir.

 

Et Ménard dans tout cela ? Je le crois sincère. Pris entre des frontistes qui ne veulent discuter que dans la mesure où, à la fin, il s’agira de se plier aux volontés de la chef, et entre une droite qui méprise radicalement l’équipe chevénementiste du FN, la position est difficile à tenir. J’entends partout que l’édile de Béziers aurait des velléités présidentielles. Je ne le sais pas, je ne le pense pas. Toutefois, à quelques-unes de ses maladresses dont il n’aurait pu que très difficilement faire l’économie, compte tenu de sa position inconfortable, ont répondu les méchancetés de Philippot et, par-là, il ne pouvait que se défendre et accentuer son trait, sauf à se dédire.

 

Tel fut le piège de Béziers. La tragédie était déjà écrite avant que le week-end commençât.

 

Et pourtant, il y avait là de braves gens. Beaucoup de petits entrepreneurs, d’anciens frontistes ou sarkozistes, qui seront bientôt tous des futurs ex-frontistes ou ex-sarkozistes à nouveau, car pas une ligne n’a bougé. La prime pour obtenir ce petit peuple de droite est facile à obtenir, tout dépendra de qui dégainera le premier. Si le candidat des Républicains durcit son discours sur l’immigration, il l’obtiendra. Si la candidate du FN tient un discours micro-économique plus étoffé en rognant quelque peu ses envolées macro, elle l’obtiendra. Qui dégainera le premier ? Nous verrons en 2017.

La certitude, toutefois, que pour braver ce pont entre les deux droites, il faudrait un Bonaparte tel que celui sur le pont d’Arcole.

La certitude, toutefois, que pour braver ce pont entre les deux droites, il faudrait un Bonaparte tel que celui sur le pont d’Arcole.

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Publié le 12 Mai 2016

J’irai voir la droite à Béziers

Fin mai, je serai au rendez-vous de Béziers.

Organisé par Robert Ménard dans la ville dont il est l’édile,  ce rendez-vous d’un week-end rassemblera peut-être tout ce que la « droite » sérieuse compte de représentants. Je dis « droite sérieuse », je pourrais dire : « assumée », « conséquente » ou « déterminée », mais je pourrais dire plutôt : « orpheline ». Car oui, toute cette droite saucisson-pinard, traditionnelle, catholique ou presque, « hors les murs », mousquetaire, nationale, souverainiste, identitaire, libérale et/ou colbertiste – intellectuelle surtout – oui, toute cette droite est désormais orpheline, turbide et angoissée à l’idée que la course de 2017 puisse partir sans qu’aucune de ses écuries n’y concourent.

Une société française passée à droite

Cette droite bouillonne comme jamais, échauffée tous les jours par l’état de la société française. Précisément, celle-ci ne semble jamais avoir été autant « à droite » dans ses idées et désidératas. C’est, en tous cas, ce que montrent les enquêtes d’opinions. Pour résumer brièvement : l’immigration est désormais rejetée ; la peur de l’Islam est revendiquée ; le besoin de sécurité est assumé ; les impôts et les taxes sont exécrés ; l’Union Européenne ne revêt plus le rêve dont elle s’était parée au départ ; la morale permanente des droits de l’homme et des valeurs sont tournées en dérision ; la gauche enfin, avec tout ce qu’elle représente, est haïe. En somme, tout porte à croire que l’heure de la droite a sonnée.

2017 sans candidat de droite ?

La grande peur des bien-droitards est de ne pas pouvoir supporter pleinement un homme ou une femme pour 2017.  Aux Républicains, les sondages et la tendance donnent Juppé, un radical de gauche comme Chirac, dont il fut d’ailleurs un de ses ministres. Un représentant « des élites mondialisées » comme on dit, un retraité qui n’a pas dépassé les années 90 et leur cortège de rêvasseries sur la mondialisation heureuse, le métissage idéal et le libéralisme comme seul « way of life ». Donné pour le moment gagnant aux primaires, le grand parti de droite français risque donc bien de présenter à la présidentielle un orléaniste usé ayant plus en commun avec François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron qu’avec Laurent Wauquier, Philippe de Villiers et Marion Maréchal Le Pen.

Le problème du FN

Cette droite a essayé, essaie encore, et essaiera à nouveau, de se rapprocher du FN. Hormis quelques irréductibles anti-lePen, ses représentants ont tous voulu, un jour, frayer avec le mouvement frontiste. Cette droite, parce qu’un peu bourgeoise, n’était pas très courageuse : elle tremblait à côté du père Le Pen et son parfum sulfureux. Cependant, la dédiabolisation opérée par la fille l’a interpellée, et nombre de ses membres ont décidé de montrer l’exemple en passant au dessus du cordon sanitaire. La plupart s’en sont retournés depuis, échaudés par les signaux toujours plus prégnants de Marine Le Pen et Florian Philippot envoyés à la seule gauche, et le mépris – voire la haine assez irrationnelle – que semblent parfois avoir ces deux dirigeants frontistes à l’encontre du cadre de droite à la raie sur le côté, catholique et un tantinet libéral. Dans l’échec patent de ce mariage autrefois annoncé, celui de la droite zemmour et d’un front mariniste, les torts sont sans doute à trouver des deux côtés. Marine Le Pen pense que sa stratégie ni-droite ni-gauche, souverno-chevenementiste, est la meilleure qui soit, et que ces hurluberlus de droite sont tous des traitres en puissance obsédés par le mariage pour tous et leur compte en banque. Les droitards pensent que Marine Le Pen est désormais sous la coupe d’un énarque de gauche qui, avec ses petits copains, se moque des valeurs et des traditions pour ne privilégier qu’une stratégie  anti-européenne aux allures dogmatiques. Autrement dit, la mésentente est consommée, les caricatures sont partout, le mariage n’eut pas lieu et n’est, pour le moment, même pas remis à une date ultérieure.

Mariage de raison

La modernité transpire décidemment par tous les pores de la peau politique, car si mariage d’amour il ne peut y avoir entre cette droite et le Front National, la tradition eut poussé, au moins, à un mariage de raison. Les deux auraient en effet tout à y gagner. Si ce mariage avait eu lieu, la droite se serait trouvée un leader charismatique en la personne de Marine Le Pen, ce qu’elle n’a pas. Elle y aurait trouvé aussi l’électorat populaire qui, additionné à l’électorat petit-bourgeois/classe moyenne (à qui cette droite parle très bien), peuvent seuls dépasser les 50% que l’élection demande. Le FN, lui, aurait trouvé une crédibilité, des cadres, de l’argent et des relais médiatiques. Et peut-être, aussi, un peu d’intelligence. En effet, qu’on le veuille ou non, si le peuple français n’est peut-être ni de droite ni de gauche comme les pensent les chefs frontistes, les cadres, eux, le sont. En France, il existe des cadres de gauche et des cadres de droite. Marqués. Le cadre chevènementiste et exclusivement souverainiste, n’existe pas, ou du moins pas encore. C’est la raison pour laquelle autour de Florian Philippot ne virevoltent presque que des jeunes gens à peine sortis du lycée, car ce type de cadres collant au caractère et à la stratégie purement mariniste est peut-être en gestation, mais, je le répète, n’existe pas encore en quantité suffisante. De même pour les intellectuels. On est encore de droite ou de gauche. Ceux, comme Sapir, qui se sont essayés au dépassement des clivages, ont bien vu de quoi il en retournait : partout, ils ont reçu une fin de non-recevoir. On peut le regretter, mais la politique n’est pas faite pour le regrets. Le temps que se forment autour de Marine Le Pen et de Florian Philippot des cadres souveraino-souverainistes, en quantité et en qualité suffisantes, il sera sans doute trop tard pour la France. Il faut, alors, composer le plus possible avec ce que l’on a sous la main.

Âmes en peine

Les conséquences politiques de cette idylle qui n’a jamais eu lieu et qui n’arrivera peut-être jamais (ou arrivera trop tard…), sont désastreuses. Sans cette droite, le Front National reste sous la menace d’un nouveau Sarkozy qui pourrait lui refaire le coup de 2007, c’est à dire savoir parler à ses électeurs sans pour autant mener une politique en ce sens une fois élu. Sans cette droite et sans toutes ses personnes âgées qu’elle rassure, le FN est condamné à réaliser de gros scores mais jamais assez pour triompher. Sans cette droite, le FN ne peut rester qu’à son stade « populiste », entrainant avec lui les mécontents sans pour autant devenir un parti de gouvernement. Sans le FN et sa puissance symbolique et populaire, la droite, elle, est condamnée à ne jamais pouvoir mener une politique véritablement « de droite ». Qu’un Sarkozy revienne et refasse du Buisson, qu’un Fillon continue sur son chemin droitier ou qu’un Wauquier émerge : celui-ci pourra gagner une élection, mais sans le Front, il partira nécessairement avec tout son lot de centristes, de radicaux, de simili-socialistes, d’orléanistes type Juppé complétement à côté de la plaque. Une fois au pouvoir, il devra composer avec cette aile là, ô combien influente. En somme, il devra (sauf coup à la Poutine…) trahir à nouveau ses électeurs. Pour résumer briévement : le FN a besoin de la droite pour prendre le pouvoir, et la droite a besoin du FN pour l'exercer. Voilà le tragique destin de la vie politique française : un électorat entier et majoritaire qui aime la France pourrait s’unir mais se trouve divisé en deux. Séparés, la droite et le FN échoueront chacun dans leur genre, et le jour où une nouvelle génération comprendra enfin l’intérêt d’un rapprochement, il sera peut-être trop tard pour la France.

On verra à Béziers

J’irai voir cette droite à Béziers. Dans le spectre politique, c’est sans doute d’elle que je me sens le plus proche. Pour autant, je n’ai pas d’illusion et je connais bien ses défauts. J’ai besoin d’aller voir pour essayer de sentir si cette agitation droitière, en ce moment remarquable, n’est que le symptôme de soubresauts poussifs ou, au contraire, l’annonce d’une force en train de naître. N’y verrai-je que des bourgeois de droite tout contents de se retrouver pour parler de leurs « valeurs » entre eux, les gants blancs sans mains à l’intérieur ? Ou y verrai-je des gens véritablement disposés à s’engager pour ce qu’il reste du pays, en y mettant les moyens, la force et l’envie ? Sans doute y verrai-je un peu des deux. Charge aux meilleurs d’entre nous de séparer le bon grain de l’ivraie. Je rendrai compte, quoiqu’il en soit, de ce que je verrai et ressentirai.

J’irai  donc à Béziers. Sans illusions sans doute, mais avec tout de même un peu d’espoir. 

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Publié le 7 Mai 2016

Sur l'immigration, droite et gauche votent mal

Le paradoxe des électorats

Je discutais la semaine dernière avec un intellectuel qui s’apprête à sortir un important livre d’enquête sur la crise identitaire Française. Débattant ensemble pour les besoins de son étude, je lui évoquai ce qui me paraissait être un sacré paradoxe de notre vie politique. Ce paradoxe est celui du vote des électorats de droite et de gauche au sujet de l’immigration.

Le désir de l’électorat de droite et de gauche

En simplifiant les choses et en grossissant les traits, on pourrait diviser l’électorat français en deux au sujet de l’immigration : l’un veut la séparation, l’autre l’unité.

Celui qui veut désormais la séparation est l’électorat que l’on pourrait appeler « de droite ». En somme, c’est le parti des gens qui râlent, qui n’en peuvent plus, qui ne veulent plus du « vivre-ensemble ». Leurs désirs est de se séparer des populations d’origine immigrée, en les fuyant géographiquement quand ils le peuvent, et en souhaitant les réduire (volonté d’arrêter l’immigration, ou même d’en « réémigrer » un maximum), sinon de les contraindre violement. Cet électorat vote Front National ou pour un candidat de la droite classique quand celui-là veut bien tenir un discours « dur » sur la question (comme Sarkozy durant ses deux dernières campagnes présidentielles).

Celui qui veut l’unité est l’électorat de gauche. Il s’agit de l’électorat français qui croit au respect, à l’égalité et à la fraternité entre les hommes et qui souhaite par dessus tout un métissage heureux. Il nie les fractures entre les populations (et lorsqu’il les voit quand même, il les attribut aux prêcheurs de haine, qu’ils soient d’extrême-droite ou salafiste). Son but, son rêve, est l’unité d’une population française quelles que soient ses bigarrures et sa diversité. Cet électorat vote généralement pour le Parti Socialiste ou le Front de Gauche

Les conséquences inverses de leur vote

Pourtant, il apparaît que le vote de l’électorat de gauche et celui de droite se portent sur des candidats et des discours qui, malgré les apparences, conduisent à l’inverse de leur volonté première.

Le programme et les discours du Front National et de la droite « dure » ont en réalité l’ambition de l’unité. Leur objectif est l’assimilation qui, précisément, est la praxis unitaire la plus accomplie. En régulant l’immigration, en punissant vraiment les délinquants pour dissuader leurs méfaits de tous les jours, en valorisant une culture française dans sa version universaliste et culturaliste (« est français celui qui respecte les mœurs et la culture française »), c’est à dire exactement  ce que se proposent de faire les « droites », alors et alors seulement la possibilité d’une unité prochaine se rendrait peut-être probable. Le vernis de l’assimilation appliqué à tous, toutes races et religions confondues, permettrait de différer, voire de supprimer, la dislocation de la société française prévue et déjà à l’œuvre.

Premier paradoxe donc : l’électorat qui veut la séparation vote en réalité, sans le savoir, pour l’unité.

Quant aux programmes dits « de gauche », tous concourent le plus surement à la séparation. Sous les discours des prétendues « valeurs de la République » et du métissage chantant et chanté en permanence, la gauche a abandonné l’assimilation pour l’idée d’une société multiculturelle dans laquelle tout le monde conserverait la fierté des racines et leur culture d’origine. Mieux que cela : les minorités et leurs spécificités sont défendues et promues en vertu – et en vertu seule – de leur condition de minorité. Et mieux encore, pour des raisons électorales, la gauche se permet de flatter les différentes communautés allogènes tout en exaspérant dans le même temps la communauté de souche, encore majoritaire et dépositaire depuis des siècles de la France. Rien ne pourrait, en définitive, plus générer de la séparation communautaire que ce type de politique. Pour preuve la crise identitaire violente dont nous ne vivons que les prodromes, conséquence directe de cette politique qui a présidé au traitement de l’immigration en France depuis plus de 30 ans.

Deuxième paradoxe donc : l’électorat qui rêve sincèrement d’unité vote en fait, sans le savoir lui aussi, pour la séparation.

Facéties quand l’Histoire pourrie

Marx reconnaissait lui-même qu’à certaines périodes historiques, l’Histoire n’avance ni ne recule pas, elle pourrie. Ces moments sont des tourbillons d’incohérence, de velléités inconséquentes, de rêveries inutiles. Nous vivons cette époque là. Sans doute, les choses sont plus compliquées que cela et ce paradoxe n’est pas aussi marquée qu’il semble l’être. Mais toutefois : se dire qu’un identitaire sérieux qui veut de toute sa colère la séparation, ferait mieux parfois de voter François Hollande, et qu’un idéaliste de gauche, plein de bons sentiments, ferait mieux de voter Marine Le Pen s’il souhaite véritablement qu’un jour des hommes de cent couleurs différentes soient main dans la main, est une facétie de l’Histoire qui mérite, sinon que l’on s’y attarde, au moins que l’on en sourit un peu. 

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Publié le 28 Mars 2016

Retour sur mon voyage en Syrie et sur le selfie avec Bachar

Le piège du selfie

 

Salut, vous êtes tombés dans le piège !

 

Il y a encore en France de nombreuses personnes, surtout parmi les politiques et les observateurs, qui n'ont pas compris, ou qui ne veulent pas comprendre, les nouvelles modalités de la communication. Certaines personnes m'ont reproché le côté ridicule, voire bouffonesque, d'un selfie avec Bachar El-Assad. D'autres sont venus m'expliquer doctement à quel point toutes ces affaires méritaient un peu de sérieux et de convenances. Merci bien, mais je sais évidemment tout cela. Mais je sais aussi autre chose : les trois-quart (si ce n'est beaucoup plus) des personnes qui sont en train de lire cet article ou qui le liront, sont et seront venus par le truchement de ce selfie un peu guignol. Sans cela, pas de buzz, pas de polémique, peut-être même moins d'informations médiatiques sur le voyage des parlementaires, et donc, au final, moins de fond, moins de personnes interpellées – en définitive : moins de Syrie. Qu'on le regrette ou non, telles sont les nouvelles conditions de la communication politique, et je ne vais pas m'en passer par excès de puritanisme, surtout quand d'autres n'ont pas ces précautions d'usage pour servir des causes que je crois bien moins nobles.

 

Le voyage

 

Qu'on le croit ou non, ma présence parmi des parlementaires des Républicains est plus une histoire de hasard qu'autre chose. Je devais partir en Syrie depuis longtemps pour des raisons qui me sont personnelles, affectives, amicales et professionnelles. Je suis donc parti dans le cadre d'une délégation de plusieurs personnes, chercheurs, écrivains, journalistes, hommes d'affaires, et aussi politiques. Il se trouve que cette délégation était composée, dans sa partie politique, de députés des Républicains. Mais, à la vérité, cela aurait pu être des parlementaires d'autres bords si, au lieu de partir maintenant, j'avais plutôt décidé de partir plus tard, au sein d'une autre délégation.

 

Toutefois, pour ne pas faire de langue de bois, je vous dirai quand même que cela ne me dérangeait pas outre-mesure de partir avec des députés de la droite populaire. Évidemment. Désormais libre de tout parti politique, je gravite dans ce corps si nébuleux et à la fois si passionnant, de la « droite » au sens large. J'ai des amis au FN, aux Républicains, chez les indépendants de toutes sortes, et même jusqu'aux centristes. Je pense que ces gens doivent se parler car, comme je l'ai constaté durant ce séjour, nous avons tout de même des choses à nous dire.

 

Ce que j'ai vu

 

Je savais déjà pas mal de choses sur la Syrie et la guerre qui s'y déroule depuis cinq ans. Des informations complémentaires et annexes que celles diffusées par les grands médias m'avaient déjà pénétrées, et j'avais la chance, surtout, de connaître un certain nombre de Syriens qui me parlaient librement de ce qu'ils avaient vécu et de ce qu'ils pensaient. Je dois donc dire que ce voyage n'a fait que confirmer mes idées reçues. Mieux encore, il les a surenchéries. Je vais essayer d'être factuel :

 

La société syrienne est singulière. En plein cœur du Proche-Orient, confinant même au Moyen-Orient, elle nous offre un spectacle dont on a difficilement idée dans nos pays fatigués d'Occident.

 

Après vous, mesdames. Ce qui frappe, dans ce pays arabe, est la liberté des femmes. La plupart ne portent pas de voile, se maquillent et s'apprêtent, travaillent et sortent le soir, en toute liberté et, manifestement, avec joie. J'ai vu des artistes femmes peignant, sculptant à leur guise, dans le centre d'art de Damas. J'ai vu une femme gagner une course à cheval dans un concours d'équitation, se faisant acclamer par la foule. J'ai vu des femmes étudiant la médecine, la littérature ou la communication. J'ai vu des femmes qui engueulaient certains hommes, lesquels baissaient la tête et repartaient la queue entre les jambes. J'ai vu des femmes belles, enfin, dans la pure tradition de la beauté des femmes arabes, très féminines et à la fois très fortes.

 

Ce qui frappe également est la laïcité qui règne dans ce pays. Réunis autour d'un très fort nationalisme et habitués par des siècles de cohabitation, la confession des syriens ne compte pas vraiment pour eux. Au niveau du pouvoir, l'ancien premier ministre était un chrétien et s'est exprimé en premier devant le peuple du haut d'un minaret. J'ai vu le grand mufti de Damas se fendre la poire avec le patriarche orthodoxe, comme je l'ai vu prier pour les chrétiens. J'ai vu le patriarche latin, lors de la messe de Pâques, prier aussi pour son pays, pour tous les syriens. Au niveau de la population, j'ai vu les jeunes se mélanger et faire la fête ensemble sans considérations religieuses. Ce qui compte pour eux, c'est la Syrie, ils en partagent tous l'ethnicité et ceci est notable.

 

Ce nationalisme et cette fierté nationale nous sont étrangers. Quelle surprise de voir se lever d'un seul coup, sans injonction d'aucune sorte, des centaines de jeunes dans un hippodrome pour chanter des chants patriotiques et se mettre à danser frénétiquement. Les syriens sont un peuple fier, leur pays est ancien, prestigieux, important à leurs yeux. Certains m'ont dit en pleurant qu'ils avaient honte qu'on puisse désormais les identifier à des réfugiés misérables, et il est vrai que l'on peut noter qu'avant cette guerre, les seuls immigrés syriens que l'Occident pouvait connaître étaient des médecins ou des étudiants.

 

Deux choses maintenant : la première, je mets au défi n'importe quel journaliste, observateur, politique, n'importe quel citoyen, de ne pas constater exactement ce que je viens de décrire s'il part en Syrie. La deuxième enfin, qui en découle : qu'on le veuille ou non, en plein proche et moyen orient, une société pareille est une chance, une richesse. Que l'on puisse collaborer à vouloir la mettre en l'air, au profit d'islamistes, est d'une immoralité et d'une bêtise sans nom. Quelles que peuvent être ses imperfections, et il est normal qu'il y en ait – comme l'autoritarisme du parti baas – je suis convaincu qu'il faut être fou, naïf ou très mal intentionné pour vouloir abattre un tel modèle, si réjouissant dans le monde arabo-musulman. Avant de regarder ses vices, il paraît évident que la situation du monde musulman devrait nous faire plutôt admirer ses vertus.

 

La guerre

 

Les syriens se sont habitués à la guerre, mais ils ont toujours le cœur lourd lorsqu'ils évoquent la situation du pays avant que celle-ci ne se déclenche (tourisme en très forte hausse, économie de plus en plus prospère, etc.). Leur sentiment est celui de l'incompréhension. Les gens qu'ils affrontent sont des islamistes de la pire espèce, élevés dans des moquées wahhabites que les saoudiens finançaient. Le reste des forces non-islamistes qui, pourtant, s'opposaient à Bachar El-Assad, comme les Kurdes, travaillent désormais avec lui contre ces mêmes islamistes, car nous avons eu la confirmation que c'est désormais Damas (entre autres) qui les arme. Le jeu de la Turquie, avec cet Erdogan si hostile à l'Occident (déclarant il y a trois mois à peine à des jeunes turcs, en montrant Sainte-Sophie, que leurs ancêtres l'avaient conquise aux chrétiens comme ils devront le faire eux-mêmes en Europe), est tout aussi détestable.

 

J'entends bien le discours désormais en vogue chez quelques politiques ou intellectuels qui, en s'accrochant aux branches, nous racontent qu'il faut pratiquer un « ni Bachar ni Daech ». Ceci est bien beau, mais n'appartient qu'aux belles paroles et n'a aucune espèce de réalité dans cette partie du monde. La vérité est que Bachar incarne une garantie du mode de vie des Syriens dont je parlais plus haut, et que si cette garantie disparaîssait, la plus logique et évidente probabilité est que ce soient les islamistes qui recouvrent de leurs ombres cette société. Ceci explique le soutien impressionnant des syriens pour leur président. Je n'avais qu'à montrer mon « selfie » à des passants dans la rue pour qu'ils se pâment ou tombent en larmes. Pour eux, Bachar est leur seul bouclier contre Al-nostra et Daech. Et nous voudrions leur donner des leçons ? Nous ? Bien à l'aise dans nos foyers, leur expliquer qu'ils devraient foutre en l'air leur méchant dictateur sans se soucier de ce qui pourrait advenir après, comme nous l'avons vu et fait en Libye ? Non merci.

 

De même, à propos de cette guerre et comme nous en avons discuté avec le grand Mufti de Damas, si la Syrie laïque de Bachar El-Assad devait tomber, c'est un bouclier de plus qui tomberait pour l'Europe. Tout islamiste que la Syrie neutralise est aussi un islamiste en moins sur le sol européen.

 

Bachar El-Assad

 

Après ce que je vais dire maintenant, il est certain que les trolls sur internet ou les journalistes un peu imbéciles vont se contenter de résumer en une sentence : « Rochedy fan de Bachar » ou autres intelligences de genre. Tant pis pour eux.

 

David Pujadas l'a aussi dit, comme quasiment tous les hommes qui le rencontrent et parlent avec lui : nous avons à faire un homme doux, subtil, intelligent, et dont la timidité qui persiste en lui rend charmant. Bachar El-Assad n'a pas du tout les caractéristiques du dictateur arabe qui joue de son menton et de son autorité. Il vous accueille et vous demande, en français, de lui parler librement. Il rit et vous couvre de son empressement ainsi que de sa politesse. Ce sont là des faits. Bien entendu, les petits malins penseront que tout cela n'empêche pas un cœur froid et violent. Je donne juste mon sentiment. J'ai vu un homme dans la pure tradition du raffinement et de la civilisation syrienne, un homme qui m'a paru être soucieux de son pays et de la paix prochaine, dans un palais assez modeste protégé par un contingent ridicule de gardes (deux seulement à l'entrée!). On me reproche d'avoir fait un selfie avec un monstre ; je crois cette photo infiniment moins grave que la décoration par François Hollande, il n'y a que quelques semaines à peine, d'un ministre saoudien, c'est à dire ceux-là même qui financent et arment partout les pires islamistes et dont le pays ne connait pas le quart du centième de la liberté (des femmes, des minorités, etc.) de la Syrie.

 

Bachar n'a pas déclenché la guerre. Il s'est opposé tout de suite à des islamistes qui menaçaient son pays. Il leur a fait, sans doute durement, mais il n'y a pas lieu d'être une belle âme ayant de la pitié pour ces gens là, car eux n'en ont pas. J'aimerais qu'on arrête de véhiculer également ce mensonge éhonté selon lequel Bachar aurait tué 200.000 syriens, en lui attribuant tous les morts de la guerre, y compris ceux de son propre camp ! Mais comme dit le proverbe, rappelé par Thierry Mariani : « A la guerre, la première victime est la vérité. ».

 

Syrie, bonne chance

 

Pour terminer, que demander aux incrédules et aux méchants ? De partir visiter la Syrie, se faire une opinion par eux-mêmes. D'espérer en la paix prochaine et en la défaite des islamistes. La Syrie, qui n'est pas parfaite, est toutefois un bel exemple de pays musulman. Elle combat nos mêmes adversaires. Et elle ne nous menace pas.

 

Je crois qu'elle mérite qu'on s'y attarde. Qu'on la soutienne. Et, si vous êtes comme moi, qu'on l'aime.

 

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Publié le 20 Mars 2016

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Publié le 29 Janvier 2016

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Publié le 17 Janvier 2016

L’État-zombie

Aux premières rencontres du Carrefour de l'Horloge, je fus gentiment convié à intervenir sur un sujet qui m'est cher aujourd'hui – celui, épineux, de l’État.

 

Je pus dès lors développer succinctement l'idée de « l'Etat zombie », dont je fais ici un compte rendu écrit à l'attention de tous ceux qui me le demandèrent.

 

1 – Je parlai de la question de l’État en France, au prétexte que cette question se pose avec plus d'acuité dans notre pays que sous d'autres tropiques. On a dit que, contrairement aux autres Nations, l’État, en France a existé avant la nation, tandis que, généralement, la nation préexiste avant qu'elle ne se dote d'un État. Par nation, vous pouvez entendre « peuple ». Cela peut paraître excessif ; disons plutôt que l’État et la nation en France se sont créés de façon concomitante. Cela fait de la France un Etat-Nation par excellence : l’État et la Nation étant à ce point chevillés charnellement dans l'Histoire qu'il semble que s'en prendre à l’État, pour un Français, c'est s'en prendre à la Nation du même coup.

 

2 – Sans entrer dans un long développement philosophique sur la nature de l’État, je me contentai d'en exprimer les objets, les sources de sa légitimité et les justifications de son existence. D'une manière générale, l’État est censé défendre des intérêts. Dans une conception marxiste, l’État est fondé pour défendre les intérêts de la classe dirigeante. Dans une conception nationale, l’État doit défendre les intérêts du peuple, ou des populations, ou des individus qui le composent, qu'il a l'honneur de présider. Par « défendre les intérêts », il faut entendre « garantir la survie et promouvoir la puissance ». Dans une conception hobbesienne, l’État trouve sa légitimité par la concorde civile, par la paix, qu'il établit dans la société, notamment en introduisant parmi les hommes l'ordre et la justice. En résumé, l’État trouve la justification de son existence dans la défense des intérêts du peuple qu'il permet, et dans la concorde civile qu'il assure.

 

3 – Le problème actuel, c'est que l’État (pour ne parler que du cas Français) a, absolument et systématiquement, inversé tous ses objets originels. Par voie de conséquence, il est désormais possible de s'interroger sur sa légitimité.

Je n'écrirai pas ici tous les reproches qu'il est possible d'émettre à l’État actuel. Ils sont connus : infantilisation du citoyen, désarmement moral et spirituel, fiscalité impossible, inflation législative, application méthodique en vue du changement de peuple, introduction des germes de la discorde civile par la société multiculturelle mise en place, interdiction de défendre son honneur, soit individuel, soit national, bureaucratie, lourdeur, absence de projet, etc. En somme, ni le peuple, ni l'individu, ne voit ses intérêts défendus par l’État : au contraire, il les voit menacés par lui.

 

4 – Nous nous retrouvons donc en face d'un État à son stade zombie. Les films sur les zombies font florès aujourd'hui, or, qu'est ce qu'un zombie ? Quelque chose autrefois bien portant, désormais mort, qui avance lentement, qui est lourd, qui ne ne pense plus, et qui n'a plus d'autres projets que de se retourner contre sa propre famille, ses anciens congénères, pour les dévorer. L’État actuel est zombie. Autrefois efficient, désormais lourd, incapable de penser, de se projeter, et dont l'unique objet, même s'il est inconscient, est de chercher à dévorer son propre peuple.

 

5 – Face à ce constat, une critique simpliste mais qui n'en demeure pas moins pertinente : « Ce n'est pas l’État qui est en cause, c'est ceux qui le président. Pourquoi incriminer le véhicule quand il ne s'agit que de la nullité du conducteur ? ». Façon de dire, changez de président de la République et de ministres, mettez Marine Le Pen, Philippe de Villiers, votre serviteur, Napoléon ressuscité ou Dieu le père, et tout pourrait entrer dans l'ordre. Réflexion d'une banalité confondante, à laquelle il faut répondre par l'Histoire : pourquoi un État est-il à son stade zombie ? D'abord, parce qu'il est mort.

 

Entendu que les morphologies politiques (la Citée, l'Etat-Nation, etc.) appartiennent à l'Histoire, alors il faut les inscrire dans une temporalité. Ce ne sont pas des « objets » absolus et éternels. Ils ont une jeunesse, un âge mur et une mort. L'Histoire montre des milliers de fois où des personnes de bon sens et de hautes capacités prirent le pouvoir à des moments où leurs empires étaient déjà moribonds. Ils parvinrent parfois à retarder l'échéance, mais ne renversèrent jamais la fatalité.

 

6 – Sans aller jusque là et ne pouvant, hélas, pas entrer dans les détails, il faut convenir que la réforme de l’État, à un stade où il est aujourd'hui à un niveau de complexité très élevée, que la corruption y règne, que ses ramifications sont partout et que son idée, en général, n'est plus soutenue, se révèle être d'une difficulté sans pareille. Quiconque prendrait le pouvoir sans avoir conscience que, face à un arbre qui est prêt à mourir (si l'on veut encore croire qu'il n'est pas déjà mort), il faille élaguer au maximum pour le voir refleurir, ne parviendrait pas à le diriger. Les nouvelles Lois qu'il ferait, les nouveaux règlements qu'il établirait, viendraient tous s'ajouter aux anciens et, tombant dans le tonneau des danaïdes, il en résulterait encore plus de lourdeur, d'incompréhensions et de complexité. A la tête d'un État zombie, pour le soigner, le diriger, il faut recourir au sécateur.

 

7 – Quoiqu'il en soit, ni vous, ni moi, n'avons le pouvoir, et nos amis qui espèrent un jour le prendre, n'en sont pas assurés. En attendant donc cette heureuse probabilité, si l'on souscrit à l'idée de l'Etat-zombie, il faut agir avec l’État comme on agirait en face d'un vrai zombie : il ne nous reste qu'à nous éloigner de lui, ou de lui tirer dans la tête.

 

L’État-zombie

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Publié le 22 Décembre 2015

A quoi peut servir la politique dans le monde nouveau ?

Réflexion sur le temps présent, c’est à dire du temps qui presse.

 

Dans la période que nous vivons, je tiens que la politique, entendu au sens d’une force qui réglementerait nos vies individuelles, n’a non seulement plus de pertinence, mais surtout plus d’objet.

 

D’abord, d’un point de vue historique, les formes politiques que nous connaissions sont au stade de l’agonie. Il est possible de se battre pour maintenir en état les choses, mais ce faisant, nous ne faisons que gagner du temps ; nous ne pouvons inverser le processus.

 

L’Etat pourrait contraindre les hommes à « vivre-ensemble », les enfermer de force dans la circonscription nationale,  mettre le paquet dans l’Education pour former des Français pensant, sentant, s’exprimant tel un Gaulliste des années 60 ou un hussard noir des années 1900, que tout cela serait vain, nécessairement emporté par les flots des évolutions historiques, du monde en marche, du temps qui coule et qui bouleverse.

 

Pour s’en convaincre, il faudrait un livre entier d’arguments, et celui-ci arrivera, mais en attendant, il suffit aussi de regarder autour de soi, et, peut-être, de connaître un peu l’Histoire. Dans celle-ci, il n’y a point de schéma idéal et figé comme tel. Tout se transforme en permanence, selon des logiques connues. La vérité d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui. Il faut agir et penser selon les forces en présence et les potentiels possibles ; il faut, en un mot, se contextualiser, seul droit, finalement, à la pertinence.

 

J’aime l’exemple des Empereurs romains du bas-Empire. Contrairement aux idées reçues, ils ne furent point des décadents. Au contraire, la valeur d’un Marc-Aurèle, d’un Julien, d’un Septime Sévère, Claude II, Probus, Aurélien, Valentinien, Théodose, Dioclétien ou d’un Constantin, est d’un rare mérite. Ce sont des hommes d’Etat et des soldats hors pairs, peut-être supérieurs à des Auguste ou des Césars. Pourtant, ils combattaient et régentaient dans le vent. Par leur puissance et leur énergie, ils parvinrent à ralentir la mort d’un corps politique qui pourtant l’était déjà, l’Empire.

 

De Gaulle, le dernier des grands Français, avait tout compris. Dans les Chênes qu’on abat, dialogues avec Malraux, il reconnaît qu’il aura écrit la dernière page de l’Histoire de France, et il sait que ce qui n’est qu’une morphologie politique parmi tant d’autres, la France, était vouée à se transformer considérablement, comme l’Empire Romain du Ve siècle commença lui-même  à se transformer pour voir apparaître de nouvelles formes politiques, et, en quelque sorte, une nouvelle Histoire.

 

Désormais, à quoi sert donc la politique, si elle n’est plus qu’un théâtre d’ombres jouant au  pouvoir et rêvant à des restaurations impossibles ? Plus grand’chose, assurément. Toutefois, la politique a encore un rôle à jouer.

 

Si elle ne cherche qu’à retarder, qu’à restaurer, alors elle échouera, et le temps qu’elle fera perdre aux hommes sera catastrophique.  Mais elle peut envisager un autre objet : permettre l’accouchement du monde en germes en protégeant dans le chérubin ce qu’il y a de plus utile. Pour y parvenir, sa dignité sera de se retirer au maximum.

 

Les Européens, et parmi eux les Français, crèvent de déresponsabilisation. Quand leur corps politique était encore vivant et vivace, ils jetaient leurs yeux au Ciel et voyait l’Etat, qui les embrassait dans une puissance commune ; il les protégeait, et les projetait. Aujourd’hui, quand leur corps politique n’est plus qu’une fiction, et qu’ils n’ont plus par conséquent qu’une fiction d’Etat, ils persistent à jeter leur yeux au Ciel mais ne voient plus rien. Le Salut par la politique n’est plus ; mais, misérables qu’ils sont, il attendent, à cause d’une trop longue habitude, les genoux à terre et les mains suppliantes. D’où les angoisses actuelles, la turbidité, la nervosité qu’aucune force ne semble pouvoir épancher.

 

C’est que la politique s’occupe encore trop d’eux. Elle n’a plus la force du père, mais elle a gardé celle de la mère. Elle n’est plus qu’une assistante sociale qui doit « s’occuper de leurs problèmes », « écouter leurs préoccupations », « leur trouver du travail », « bien les soigner », et au final, bien les dorloter. Les hommes et les femmes de notre personnel politique ont pris le pli de cet état de fait ; celui qui gagnera l’élection sera celui qui rassurera le plus, comme s’il s’agissait d’un concours de la meilleure maman.

 

Le véritable intérêt de la politique serait de réparer cette situation, et non pas d’y souscrire. Il faudrait que la politique reflue d’elle-même, qu’elle arrête de s’occuper des hommes.  Que la politique cesse de se préoccuper de l’éducation des enfants, qu’elle arrête de maintenir des foules entières dans l’assistanat,  qu’elle ne se mêle plus de morale (démocratisme, droits-de-l-hommisme, vivre-ensemble etc.), qu’elle oblige même les individus à s’intéresser eux-mêmes à leur sécurité, et en quelques décennies seulement, les hommes, les citoyens, accoucheraient du monde nouveau, avec ses nouvelles formes d’organisation, ses nouvelles élites, ses sanctuaires, sa nouvelle morale et ses nouveaux desseins.

 

Laissez une province tranquille. Ne lui faites plus la morale. Ne l’assistez plus. Obligez là à se prendre en main. En somme, mettez Paris sous cloche de verre. Revenez quelques années plus tard : vous trouverez là des hommes qui s’en seront sortis, qui auront renouvelé leurs élites,  qui se seront organisés de telles façons qu’ils auront d’eux-mêmes chassés les perturbateurs ou les inutiles, qui auront trouvé comment avoir un intérêt économique dans la mondialisation et auront revivifié leur culture populaire et traditionnelle, etc. Ou alors, cette province sera morte, vidée de ses meilleurs habitants, et dans ce cas, c’est qu’elle vivait sous perfusion et qu’elle devait, historiquement, crever. Et à ce compte là tout est bien.

Revenez ensuite encore quelques décénnies plus tard, et observez un nouvel Etat regénéré qui  se fera fort de concentrer ces provinces et leurs nouvelles organisations dans une volonté commune. De là, il pourra s'appuyer sur des forces renouvellées et donc briller. Puis, quelques siècles plus tard, il dégénerera, et ainsi de suite. l'Histoire est fabuleuse. 

 

De toutes façons, c’est exactement ce qu’il se passe actuellement. La politique n’a plus de volonté, car elle n’a plus de force ; elle n’est que velléitaire. Sa nature de père est morte avec De Gaulle, sa nature de mère n’en a plus pour très longtemps. Le seul souci, c’est qu’en ne le voyant pas, cette transition risque de se faire dans l’anarchie la plus complète, tandis qu’un homme politique avisé pourrait accompagner cette transition en sauvant au maximum ce qui pourrait l’être.

 

Les hommes ont besoin de liberté et de responsabilité. Par là, ils arrêteraient de courir après de chimères, et, se prenant en mains, ils s’organiseraient comme ils doivent s’organiser naturellement, car telle est leur nature. Il ne faut pas brider la nature et ce qu’elle porte en elle, il faut, au contraire, lui permettre d’accoucher en douceur.  Voici ce que serait encore, en ce début de millénaire, l’honneur de la politique.  

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Publié le 25 Novembre 2015

Castel del monte

Castel del monte

Texte à la demande de Polémia (http://www.polemia.com/)

 

Il faut toujours demander à un écrivain de formuler les choses. Tandis que je me perdais dans mes clarifications à propos du thème des communautés qui, accolé à son générique, le communautarisme, faisait que ceux-là même à qui il devait le plus parler se trouvaient bien gênés de l'entendre et de le reprendre, Renaud Camus est venu tout dénuer d'un seul trait. « Les sanctuaires » m'a-t-il dit. « Les sanctuaires », plutôt que « les communautés ». Tout est désormais plus clair.

 

Des hypothèses

 

Le problème, dans lequel nous sommes empêtrés, est que nous conditionnons la survie de l'Europe et de la France, dans leur âme, leur essence et dans les peuples qui les composent, à la prise de pouvoir étatique. Parce que, finalement, nous restons très 20eme siècle, voire 19eme, 18eme et 17eme siècle, nous continuons à rester bloqués sur l'idée que la solution à tous nos problèmes ne peut venir que de Papa-Maman l’État. Au prétexte que celui-ci est au service de forces qui nous nient, pour parler comme Venner, on suppose qu'il suffirait de le reprendre, en envoyant des « patriotes » au pouvoir (que ce soit par la démocratie ou la violence, pour les plus chauds d’entre-nous), pour que l'avenir des nos peuples soit assuré. Belle idée, qui fut véritablement effective au siècle passé, quand les peuples européens étaient homogènes et prêts à basculer dans des totalitarismes qui, effectivement, démontraient que la puissance étatique pouvait, à elle seule, changer les mentalités et mettre en mouvement toutes les dynamiques nationales.

 

Je tiens que cette idée est passée de date, et comme un malheur ne vient jamais seul, le fait que la plupart des gens de bonnes volontés, c'est à dire non-remplacistes, pour parler encore comme Camus, ou simplement encore vivants (et non suicidaires, pour parler comme je l'entends), s'accrochent encore à cette dernière, induit que, finalement, nous perdons un temps fou à courir après des chimères quand il y aurait bien d'autres choses à faire pour sauver ce qui peut encore l'être.

 

Regardons les choses en face : la prise de pouvoir, un jour, est une hypothèse. Elle est même assez saugrenue. Qu'un parti cohérent, puissant, intelligent, puisse faire 50,01% des voix dans une France remplie de personnes âgées (qui, par nature, fuient en nombre le changement) et de personnes d'origine immigrés (qui, encore par nature, n'ont pas nécessairement les entrailles patriotes) est déjà difficile. Mais soit. Croyons-y. Et après ? Une fois au pouvoir, ce parti, cohérent, puissant, intelligent, que pourrait-il réellement faire ? Engagerait-il, avec le soutien miraculeux des populations, une grande politique de remigration de 15 millions de personnes ? Ou bien, encore par miracle, parviendrait-il à assimiler ces 15 millions de personnes, au point d'en faire de parfaits Français ? Reconnaissons ensemble que tout cela semble compliqué. Mais, encore, soit. Admettons. Il est certain qu'un parti, disons « ami », pourrait déjà faire du bien là ou les autres ne peuvent faire que du mal, et, en effet, je ne crois pas qu'il soit absolument nécessaire d'arrêter touts combats politiciens en vue de prendre l'Etat. Mais reconnaissons ensemble que les chances pour que cela survienne sont, pour être gentil, faibles. Que cela puisse arriver, c'est une hypothèse. Et je ne veux pas conditionner la survie de l'Europe et de la France à, finalement, ce qui n'est qu'une hypothèse. Pour faire simple, il y a trop à perdre pour tout miser sur ce pari.

 

Besoin de sanctuaires

 

Quand le monde s'écroule autour de soi et qu'on a compris qu'on ne le sauvera pas, il reste à protéger ce qui est essentiel. Cet essentiel pourra, demain, après demain, bâtir à nouveau de grandes choses, un nouveau monde. Peu m'importe que ma génération et celle de mes enfants perdent l'Etat Français, son administration et son drapeau, si mes petits enfants sont encore des européens, qu'ils vivent en sécurité, savent lire et écrire, qu'ils héritent encore, en quelque sorte, et qu'ils pourront à leur tour transmettre afin que, sans doute, leurs enfants puissent récupérer les terres que nous auront perdu. En attendant que l'hypothèse de la prise de pouvoir disparaisse ou se réalise, il est urgent d'avoir la volonté de sanctuaires.

 

Le monde dans lequel nous entrons sera – et est déjà – un monde en grappes. Le peuple, tel que nous l'avons connu, c'est à dire homogène et chevillé à un État qui lui est propre, est déjà une fiction. On peut le pleurer, mais personnellement je ne fais pas parti de ceux qui pleurent. Je sais que la condition principale de la survie est l'adaptation. Il va donc falloir entraîner les peuples européens à s'adapter aux conditions nouvelles du monde dans lequel ils sont projetés.

 

J'écris tout un essai sur ces conditions nouvelles, donc vous ne m'en voudrez pas si je reste lapidaire dans un texte qui ne peut être que succinct. Toutefois, l'idée-force est que nous sachions nous adapter à ce monde en grappes pour en constituer, nous aussi, un noyau, un pépin, un fruit qui en portera d'autres (car il faut avoir foi en nous). Savoir organiser ceux qui ne veulent pas mourir, les organiser économiquement, culturellement (nécessité d'écoles), esthétiquement, pour leur sécurité aussi, car la réalité nous montrera vite que l'Etat ne pourra pas nous protéger longtemps : voilà quels sont, ou plutôt quels devraient être, les objectifs des derniers Bons européens. Nos sociétés peuvent changer, s'écrouler, pourrir, mais elles ne doivent surtout pas nous changer.

 

Dans ce besoin essentiel de recevoir et de transmettre, il va falloir avoir la volonté de sanctuaires, lieux, immatériels ou, peut-être bientôt, géographiques, dans lesquels nous pourrons protéger ce qui mérite de l'être au milieu d'un flot de barbaries. Entreprises, écoles, associations, villages, familles, ou que sais-je encore, tout ce qui n'appartient pas à l'Etat et qui surtout ne doit plus lui appartenir, du moins tant qu'encore un parti politique miraculeux n'arrive au pouvoir.

 

N'oublions jamais que lorsque l'Empire Romain s'est effondré, ses plus beaux éléments (la culture, le droit, etc.) ont pu être sauvés et être transmis car certains romains, qui avaient compris ce qui se tramait, s'étaient réfugiés dans des sanctuaires. Ils purent ainsi transmettre pour les générations futures. De même, je pense souvent à ces Russes qui avaient compris avant les autres que le soviétisme allait s'écrouler, et qui s'étaient réfugiés près d'un lac en Ingrie pour penser ensemble la Russie future. C'est en partie grâce à leur travail que la Russie pût se relever, bien des années plus tard.

 

 

En clair et encore une fois : acceptons le monde tel qu'il est, mais sachons tirer notre épingle du jeu. Depuis quand un défi pareil devrait faire peur à des Européens, eux qui ont tout bravé et presque tout créé ?

 

Personnellement, ça ne me fait pas peur. J'ai même hâte.  

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Publié le 24 Novembre 2015

Le sourire en politique est le symptôme démocratique par essence. Quand la politique était autre chose que du spectacle et de la communication, les hommes politiques ne souriaient pas, ou peu. En public, la mise était plutôt au ton grave, à la pose hiératique, voire à l'air maussade. Il paraît que Mussolini s’entraînait à s'habiller, justement, de cette mine maussade, pour ressembler à Napoléon. De Gaulle l'avait, lui, naturellement. On n'imagine pas le Général sourire bêtement en public, encore moins les Césars ni les Rois poser pour la statuaire en montrant toutes leurs dents. La politique n'était pas une pose, c'était des volontés. Et la volonté, pure, dure, fait souvent la gueule. Le sourire vient directement des États-Unis, qui ont expérimenté avant tout le monde la démocratie généralisée et les hommes politiques pantins et inutiles. Ils sont à l'origine du poncif « sourire white » que l'on attribue assez généralement à l'hypocrisie. Il est pourtant passé dans l'habitude politique actuelle, et quoiqu'on en pense, même lorsqu'on le juge faux, il est désormais nécessaire. Un homme politique au visage fermé, en campagne ou sur des affiches, ne serait pas « sympathique ». Et en démocratie, c'est un critère. Il faut être sympa, et tant pis si on est nul. Je tiens que l'apparition du sourire en politique est la marque démocratique par excellence, en même temps qu'il est le critère le plus sûre de la décadence du politique.

 

Passée cette remarque, les sourires politiques sont différents, et intéressants à analyser. Puisque c'est une arme démocratique, certaines sont plus puissantes que d'autres.

 

Marion Maréchal, entre tous et entre toutes, a le sourire le plus puissant. Pas seulement parce que c'est une jolie femme. C'est, je crois, ce qui explique en grande partie les succès qu'elle obtient et qui lui sont promis. Avant de vous dire pourquoi, attardons sur quelques sourires politiciens assez classiques :

 

D'abord, ceux de notre ancien et présent Présidents de la République.

 

Sarkozy

Sarkozy

Sarkozy : Mélange entre un sourire Louis de Funès, impliquant ruse ; suggérant humour, subtilité, sympathique, mais également grotesque, ridicule, bêta.  

Sarkozy

Sarkozy

Mais il y a aussi un autre type de sourire pour Sarkozy, plus souverain, se voulant affectueux, mais trahissant confiance et affirmation de soi. Certaine condescendance aussi.

 

D'une manière générale, le sourire de Sarkozy est une arme puissante, qu'il maîtrise assez bien grâce aux nuances avec lesquels il sait jouer.

Hollande

Hollande

Hollande : Au delà des côtés grotesques et idiots, que beaucoup de gens relèvent, il y a aussi chez Hollande, dans son sourire associé à son regard, une sorte de détachement du sujet. Hollande pense derrière ses petites lunettes quand il sourie. Ça se voit, et les gens considèrent naturellement que, si Hollande continue de penser en souriant, il pense nécessairement à eux. L' « émotion » du sourire chez Hollande, loin d'être spontanée, ne fait donc pourtant pas de lui un sourire froid, au contraire : il suggère de l'affection.

 

Les sourires de Confiance

Exemple : Estrosi

Exemple : Estrosi

Sourire de confiance, visage carré, se veut rassurant, chiraquien, convenu. Ne marche plus que sur les petites vieilles, années 90, passé de date. Faux, caricatural pour les plus jeunes, douchés par la politique. C'est le sourire le plus souvent usité par les barons de province, habitués qu'ils sont à caresser dans le sens du poils les petites gens, pour mieux se moquer d'eux en privé.  

 

Les sourires carnassiers

Exemple : Taubira

Exemple : Taubira

ou Marine Le Pen (qui a d'autres gammes de sourires dans le privé, mais vu qu'elle n'a pas de conseillers en communication, elle offre le plus souvent sur les plateaux et en réunions publiques un sourire dit « carnassier »). Sourire avec les dents, guerrière. Le sourire de celui qui est prêt à réussir, qui se satisfait, mais comme une revanche. Il entraîne, car il est volontaire, mais il inquiète aussi, car on y sent de la vindicte. Il dissimule un être en soi qui s'inquiète et qui a souffert, mais qui se pose comme une affirmation conquérante, pour pallier.  

 

Sourires fines lèvres, bouche fermée

Exemple : Fabius

Exemple : Fabius

Ce sourire reste bouche fermée, comme s'il fallait empêcher qu'un peu de soi-même en sorte. Souvent le cas des anciens premiers de la classe, anciens complexés. Profil de Bruno Le Maire, Florian Philippot, etc. Très mauvais en communication car fait faux par nature. Retenu. Joué. L'absence de spontanéité est tout aussi forte dans les sourires dits « de confiance », mais parce que ceux là sont forts, on les croit volontiers plus justes. Le sourire bouche fermée fait intelligent, mais fourbe.

 

Le sourire d'espoir.

 

Marion

 

Il y a quelque chose de l'ordre de l'espoir dans le sourire de Marion. Autant que je sache, c'est le seul sourire calibré de la sorte dans le paysage politique français. Dans une France qui est saturée de sourire de confiance qui n'inspirent plus confiance, ou de sourires technos bouches fermées, ce sourire là fait croire. Il peut sans doute pêcher dans la confiance et dans l'expérience qu'il inspire, mais il fait croire et espérer, de manière irrationnelle. Il y a du frais, il incarne un « demain » possible. D'une manière générale, il a les caractéristiques du sourire de la jeunesse dans son archétype. Or, si Marion le possède, ce n'est pas obligatoirement parce qu'elle est jeune : en effet, les jeunes en politique sont nombreux et la plupart adoptent déjà des sourires convenus qu'ils essaient d'emprunter à leurs aînés. On « croit » qu'il est possible qu'il y ait un avenir avec elle, car la vie, dans sa juvénile naïveté, transpire de sa bouche. Par nature, la jeunesse a un avenir, quand le reste est promis à la mort. Marion a su, sans doute instinctivement, matérialiser cette jeunesse, cette fraîcheur – et donc, cette espoir – dans un sourire. Accolé à un discours sur la France, dans un pays qui n'entend plus parler que de mort et qui la ressent si violemment, ce sourire fait encore croire en un possible. Si la politique, c'est avant tout de créer de l'espoir, alors ce sourire est imparable. Et sur tout le monde.   

Le sourire de Marion

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Publié le 23 Novembre 2015

Vous trouverez ici un extrait de mon intervention au Colloque de l'Action Française le 21 novembre 2015. 

 

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Publié le 14 Novembre 2015

Le récent à prévoir : réflexions sur la fusillade parisienne et ses suites.

Je réagis à chaud, presque hâtivement, mais je crois qu'il va falloir habituer ses nerfs et son cerveau à réagir de la sorte, car les événements vont désormais s'accélérer. Le temps des longues réflexions et des points de vue distants sont des luxes de temps de paix.

 

Je ne reviendrai pas sur le choc émotionnel et moral de ces attentats. D'une parce qu'il est évident, de deux parce qu'il ne sert à rien, et de trois, surtout, parce que je n'ai pas envie de faire plaisir aux sectateurs de l'Islam le plus violent, qui salivent comme des chiens à l'idée qu'ils aient pu nous choquer ou nous traumatiser.

 

C'est dur, c'est horrible, ça fait mal : ça s'appelle l'Histoire qui revient.

 

L'ennemi de l'intérieur

 

Hormis quelques (un seul ?) terroristes qui risquent bien d'être l'un de ces doux et gentils réfugiés qui venaient s'échouer en Grèce, la plupart d'entre eux semblent bien être de nationalité française, ou, tout du moins, d'avoir été aidés par des réseaux Français (et Belges).

 

Ce constat marque la quasi-inutilité de la fermeture des frontières décidée par François Hollande, mais elle appuie surtout sur la caractère illusoire du principe des nationalités dans l'Europe occidentale actuelle. En particulier, je fais référence à la nationalité française. Celle-ci, ayant été distribuée sans prudence et sans ménagement depuis déjà quarante ans, est absolument démonétisée. Elle ne garantie plus rien. Elle ne signifie plus rien. Des populations différentes, voire antagonistes, peuvent désormais avoir la même nationalité. Dans ce cas de figure, les éléments constitutifs de l'identité devront, demain, être cherchés ailleurs. Ces éléments seuls font naître et garantissent des morphologies politiques. Ou dirai-je : des communautés politiques.

 

De ce que je sais et de ce que je vois, si Paris, dans son intelligentsia, ne veut pas prendre la mesure d'un tel bouleversement et tentera de le nier (y compris les partis nationalistes du type Front National), les populations, elles, s'en aperçoivent. C'est déjà trop tard, les populations de nationalité française ne formeront plus jamais une communauté « une et indivisible ». Nous sommes désormais plusieurs et divisés, et nous allons devoir vivre ainsi pendant au moins plusieurs décennies.

 

La rencontre qui n'aura pas lieu

 

Acte 1

 

Dans un premier temps, la population va vouloir faire corps avec son État. Par peur, elle va naturellement se tourner vers lui, et lui demander de prendre des mesures puissantes, d'être plus fort, quitte même à ce que ça lui coûte sur le plan de ses libertés, déjà fortement réduites de toutes façons.

 

Comportement classique de toute population qui a peur. Élément renforcé, de surcroît, du fait que la population en question soit Française, c'est à dire absolument habituée à devoir tout à l’État, et à attendre tout de lui.

 

Acte 2, concomitant

 

L’État va prendre des « mesures », mais il ne maîtrise déjà plus rien. Ses forces sont trop faibles pour faire face à des populations hostiles en son propre sein. Car, en terme de terrorisme, nous nous exposons encore à deux choses : d'abord, des actes prévus et planifiés comme celui auquel nous avons été confrontés hier (13.11.15), qui ne vont pas s'arrêter de sitôt tant que le Moyen-Orient sera une poudrière ; ensuite, à des actes isolés de jeunes musulmans (comme ce fut le cas à Grenoble avec la tête coupée au mois de juin) qui fantasment l’État islamique. Ceux là sont très nombreux1.

 

Je sais, de sources policière proches (et très haut gradés), que les effectifs sont en sous-nombre et que le renseignement est défaillant. Mais sans même parler de logistique, l’État est désarmé idéologiquement pour faire face : il lui faudrait une énergie, d'autres idées, et, oserai-je, une violence, qu'il n'a pas, qu'il n'a plus.

 

Pire encore, en vertu de son logiciel, et comme c'est le cas pour tous les États défaillants et déjà morts dans l'Histoire, toutes les mesures qu'il prendra ne feront qu'aggraver le mal. Un seul exemple, bien qu'il y en aurait des dizaines : bêtement, il va s'en prendre au trafic d'armes. Mais comme il ne maîtrise plus les banlieues depuis longtemps, qu'il a ouvert ses frontières et qu'il est la proie de mille corruptions, tout ce qu'il pourra faire sera d'empêcher les Français (pas au sens de la carte d'identité, n'est-ce pas) de posséder des armes. De fait, il désarmera des gens qui seront pourtant de plus en plus dans la détresse. Pareillement, il continuera de tenter de désarmer les gens idéologiquement (propagande pour le vivre-ensemble, pas d'amalgames, etc.).

 

Acte 3

 

De fait, la rencontre entre la peur de la population et un État fort qui sera capable de la protéger, n'aura pas lieu. La première, turbide, existe. Le deuxième, et on le verra, n'est déjà plus qu'une fiction.

 

Épilogue

 

Comme à la fin de l'Empire romain et le haut moyen-âge, les gens vont commencer à se détourner des institutions pour tenter de s'organiser d'eux-mêmes. Le monde nouveau commencera : celui d'un monde en grappes.

 

Vous avez la le thème de l'essai que j'écris actuellement, puisqu'on me le demande souvent.

 

Résultat : encore une fois, prenons acte du monde qui décède sous nos yeux et entrons vite dans le suivant. Tout le reste n'est que dilatoire.

 

1 - J'ai moi-même été saisi par le nombre de racailles qui ont une très bonne opinion de leurs « frères » musulmans qui se battent en Orient. Au mois de juillet, j'ai même corrigé (et il a douillé...) un arabe qui, après s'être pris un vent par une jeune fille, la menaçait de lui « couper la tête » comme le font « ses frères ». Ces anecdotes ne manquent pas.   

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Publié le 20 Octobre 2015

Je suis désolé pour ceux qui me suivent, qu'ils soient amis, ennemis ou juste curieux, mais c'est vrai que je suis un peu sorti des écrans radars ces derniers temps. Hormis quelques tweets par-ci par là, et la réponse à un questionnaire sur Nietzsche (au seul prétexte qu'un grand comme Ernst Nolte a répondu au même sur le même site), je n'ai pas fait grand chose en terme d'expression publique.

 

La faute à plusieurs éléments :

 

D'abord, j'ai refusé presque une dizaine de passages télé en trois mois (BFM, Canal +, France 2, etc.) au prétexte qu'ils voulaient me faire parler du Front National et de ses dirigeants, et, si possible, baver sur eux. J'ai franchement autre chose à foutre que de devenir le Lorrain de Saint Affrique du Front mariniste, et autre chose à foutre que de commenter en permanence les dires et les agissements du mouvement pour lequel j'ai donné ma vie pendant cinq ans. Je ne serai pas un astre mort qui continue de tourner autour de l'étoile Le Pen, comme c'est le cas de tellement de loosers ayant, un jour de leur vie, quitté le parti.

 

Il peut m'arriver de commenter parfois deux ou trois trucs du FN sur twitter, mais, d'une manière générale, j'essaie de m'abstenir. Ça ne m'intéresse pas.

 

La faute surtout au travail en entreprise, qui me passionne véritablement et qui demande énormément d'attention. Cette étape est, je pense, obligatoire pour devenir un homme complet. Et elle doit surtout être payante afin d'avoir une toute autre marge de manœuvre pour la suite des événements. Qu'on le veuille ou non, l'argent est le nerf de la guerre.

 

La faute aussi, peut-être, à la volonté de faire désormais un travail en amont, façon d'illustrer mes positions théoriques. Créer une communauté. Faire du réseau. Dans les domaines économiques, sécuritaires, culturels et politique, nous devons nous organiser. Ce travail de l'ombre, si l'on peut dire, est d'une importance primordiale, et pourtant il ne fait pas de bruit. Pas tout de suite en tous cas.

 

Et puis bien sûr, le livre que j'ai commencé à écrire. Je suis peut-être en train de réaliser la chose la plus importante de toute ma vie. Si, au terme de son écriture, il ressemble à ce que j'ai en tête, alors il risque bien de provoquer pas mal de remous. Mais là encore, rien ne sert de trop en faire, de trop en parler, tant que les choses ne sont pas réalisées. Wait and see.

 

Toutefois, on va un peu me voir au mois de novembre.

 

J'ai accepté, avec plaisir, de donner deux conférences. L'une au Carrefour de l'Horloge d'Henry de Lesquen, sur le sujet « L'Etat contre le peuple », et une autre avec Renaud Camus, aux journées de la Dissidence de Jean-Yves Le Gallou, sur l'immigration et l'identité. Je crois aussi que je dois en faire une devant l'Action Française, au sujet du communautarisme, bien que la date n'a pas encore été fixée.

 

Je vais aussi paraître dans l'hebdomadaire allemand « Junge Freiheit ». Je dois répondre à une longue interview, dont une grande part porte sur le Front National. Mais là, j'ai accepté, car ça me fait marrer de faire un coucou à des allemands, comme ça m'a fait marrer de paraître dans le journal hollandais de mon ami Thierry Baudet. Peut-être mettrais-je le texte de mes réponses en Français sur ce blog.

 

Je ne suis pas inquiet pour l'avenir, le mien et celui de ma communauté. Les choses arrivent lorsqu'elles le doivent.

 

Il suffit de garder le regard lointain, et une confiance de fer dans le destin.

 

A bientôt donc !

A bientôt donc !

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Publié le 14 Septembre 2015

NOTA BENE : Des internautes (qui plus est journalistes) sympathiques se sont proposés de traduire mon texte à la jeune fille Allemande, en allemand. Je mets donc ici la traduction.
Merci à eux.  
 
Vor einem Monat geschah es, daß ein kleines deutsches Mädchen von sieben Jahren in Chemnitz (Sachsen) von einem Migranten vergewaltigt wurde. Seine Mutter hatte es in einem Park spielen lassen, das dem Gedenken an die Opfer des Faschismus gewidmet ist, wie es davon viele in Deutschland gibt.
 
Die Meldung davon schlug keine hohen Wellen, und erst einen Monat später erfahren wir davon.
 
Ich wollte ihr etwas schreiben.
 
***
 
Mein liebe kleine Europäerin,
 
Meine kleine Schwester,
 
Du weißt ja nicht.
 
Mein Engelchen, sicherlich verstehst Du nicht was Dir widerfahren ist. Daher erlaube mir es Dir zu erklären, für später vielleicht.
 
Damit Du verstehen kannst, werde ich Dir zuerst ein bisschen Geschichte erzählen müssen. Siehst Du, im letzten Jahrhundert fanden zwei große Kriege statt, die die Europäer traumatisierten. Der zweite, der aus dem ersten folgte, erschütterte die Gemüter ganz besonders. Ein Mann war es gewillt, sein Land wieder aufzurichten und Europa und seine Völker am Höhepunkt ihrer Macht zu bringen, ohne Rücksicht auf alle andere Menschen und alle andere Völker. Viele Verbrechen beging er. Oh, er war kaum der einzige! Jedoch behielten die Leute nur die seinigen im Gedächtnis. “Der Faschismus”, so nannten sie das.
 
Dann kam es, daß dieser Mann, der deutsch war so wie Du, den Krieg verlor. Die USA fassten Fuß in Europa und übernahmen zum großen Teil die Politik und die Kultur der Länder Europas. Was die Europäer betraf, traten sie nach und nach in einem ungeheueren Gefühl der Reue gegenüber der Vergangenheit ein. Sie fingen an sich selbst zu verabscheuen. Zu denken, daß sie böse Menschen waren. Und weißt Du, mein Schatz, wer sich selbst verabscheut, der will sterben, so einfach ist das. Wenn Du Dich für Philosophie interessieren wirst, wirst du auch ein bisschen verstehen können was sich “europäischer Nihilismus”, oder “Krisis Europas” nennt, von großen Herren ins Auge gefasst wie Husserl und Nietzsche. In der Zwischenzeit brauchst Du nur Eines zu wissen : Du bist an einem Zeitpunkt geboren in dem die Erwachsenen um Dich in einem Gefühl der Schuld leben, und im Zustand der sogenannten “Schizophrenie”. Das heißt, sie fühlen sich gleichzeitig froh darüber, daß sie in fortgeschrittenen Gesellschaften leben, aber auch etwas beschämt, das zu sein, was sie sind. Außerdem denken sie, daß ihre Vergangenheit, und die Identität, die aus ihr folgt, keinen Grund zum Stolz geben.
 
Darum, mein Schatz, bauen sie Parks wie denjenigen, in dem Du spieltest. Parks, damit sie daran erinnert seien, wie sehr sie schlechte Personen sind. Sie sind sogar darüber zufrieden, sie sind stolz davon, sich so viele Vorwürfe zu machen. Wenn Du ein bisschen Psychologie an der Uni studieren wirst, wirst du wissen, daß sich so etwas ein perverser Zustand nennt, ein krankhafter Stolz. Du musst wissen, daß dieser Zustand viele Europäer kennzeichnet.
 
Wegen dieses Zustandes, das sie zum Selbstmord treibt, stell Dir sowas vor, haben die Erwachsenen entschieden, Millionen und Abermillionen von Leuten zu holen, die von anderen Ländern als Deins kommen. Warum? wirst Du mich fragen. Nun ja, weil sie Lust haben sich mit Leuten zu mischen, die von ihnen wirklich unterschieden sind, damit sie selber verschwinden. Und auch, weil das den Interessen großer Mächtigen dient, die Völker manipulieren. Ich werde nicht darauf eingehen, Du wirst dich bald selber darüber erkundigen und wirst es schnell kapieren.
 
Inmitten von all dem, mein Schatz, gibt es kleine Mädchen wie Du. Kleine europäische Engel, Träger jeder Menge von Versprechen, wie es Deine Vorfahren waren, die so ungefähr alles erfunden haben auf diesem Planeten. Jedoch muss ich mit Dir ehrlich sein, mein kleiner Schatz : wegen all dem soeben Erzählten, mein Herz, halten die Erwachsenen Dich ein bisschen zum Narren. Den Leuten, die millionenzählig aus Afrika kommen, wirst Du untergeordnet. An der Reihe kommst Du erst nach Leuten wie denjenigen, der Dir wehgetan hat, weil es an solchen Leuten ist, das die Erwachsenen Anteil nehmen. Zudem verbirgt man Tragödien wie die, die Du erlitten hast. Den Leuten lässt man so etwas nicht wissen. Andererseits, wisse, daß es in die Schlagzeilen gekommen wäre, wenn dein großer Bruder jemandem wie diesem Migranten, der Dir wehgetan hat, wehgetan hätte. Man hätte es “dem Faschismus” zugeschrieben. So stehen die Dinge, mein Engel. 
 
Insgesamt fasst sich diese Geschichte so zusammen: während die Erwachsenen über die “Bosheiten” ihrer Vorfahren weinen, wird ihre kleine Tochter von einem Fremden vergewaltigt.
 
Das alles wusstest Du nicht, kleiner Schatz, dafür kannst Du nichts, Du trägst weder die Schuld für die Taten Deiner Vorfahren, noch für die Dummheit der Erwachsenen. Aber Du wirst aufwachsen, und dazu kommen es zu verstehen. Den Schaden wirst du einigermaßen sehen, den die Erwachsenen angerichtet haben, teilweise mit guten Absichten, jedoch oft ihre eigene seelische Ermüdung mit Humanismus und Großzügigkeit verwechselnd, wie Stendhal sagte, ein anderer großer Herr, der unter Deinen europäischen Vorfahren zählt. 
 
Mein Schatz, andererseits will ich Dir ein letztes Ding sagen: trotz des Anscheins und der schrecklichen Welt in der Du geboren bist, bist Du nicht allein. Es gibt mehr und mehr Leute für die Du zählst, und die dazu bereit wären, für eine kleine Europäerin wie Du ihr Leben zu geben. Und diese Leute werden nicht vergessen, was Dir passiert ist.
 
Meine kleine Schwester in Europa, ich umarme Dich.

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